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Lucile Boulanger, violiste : " Une note gagne parfois à ne pas être jouée ! "

Puisque vous avez du talent

Lucile Boulanger, violiste : ' Une note gagne parfois à ne pas être jouée ! '

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Lucile Boulanger est âgée de 5 ans lorsqu’elle commence l’apprentissage de la viole de gambe avec Christine Plubeau. Et c’est alors qu’elle sait encore à peine marcher, qu’on l’emmène déjà au concert !

A la différence de ses aînés, elle n’est jamais passée par la case "violoncelle moderne", avant d’aborder l’apprentissage de la viole.

Et si cet élément peut paraître singulier pour certains, plonger sans préambule dans cet univers a toujours paru excessivement normal aux yeux de notre invitée qui a grandi dans une famille dans laquelle on jouait et écoutait de la Musique Ancienne.

Un univers de musique ancienne qui a donc toujours été omniprésent dans sa vie. Fort de cet univers familial, — auquel il est pertinent d’ajouter que son père est musicien et sa mère comédienne et musicienne amateur —, faire le choix de la viole de gambe lui a par conséquent semblé presque… "banal" !

Elle poursuivra ensuite ses études auprès d’Ariane Maurette, Jérôme Hantaï et enfin de Christophe Coin au Conservatoire national supérieur de Paris.

"Dès la fin de mes études", nous confiera Lucile Boulanger, "J’ai pu me produire en concert, enregistrer, voyager. Grâce aux concours entre autres (ndlr. : et son talent aussi), j’ai pu être en contact avec de nombreux musiciens très différents, et "voyager" musicalement : jouer en solo, en duo clavier, viole, en consort de violes, ou bien encore en tant que continuiste dans de plus grandes formations. "

Forte d’une belle réputation, acquise au cours d’une dizaine d’années de pratique professionnelle parmi les plus grands et de nombreux enregistrements discographiques, Lucile Boulanger publie en ce moment son premier disque pour viole solo " Solo Bach – Abel " chez ALPHA.

Elle le consacre à la musique de Jean-Sébastien Bach et à celle de Karl Friedrich Abel (1723 - 1787), ami de la famille Bach, né près de 40 ans après Jean-Sébastien, et dont il était le filleul.

KF Abel était aussi le fils du violiste Christian Ferdinand Abel (ndlr. : ami de JS Bach), Karl Friedrich Abel qui fut lui-même un virtuose de la viole de gambe. Et si Bach fut un repère pour son filleul Karl Friedrich, l’on a aussi de bonnes raisons de penser qu’Abel père (surtout) et fils ont pu à leur tour influencer JS Bach.

Sur cette nouvelle production, on découvre donc, tour à tour, des œuvres de JS Bach et des œuvres de KF Abel, mais c'est aussi à la relation musicale entre ces deux compositeurs, que s'intéresse Lucile Boulanger dans cette passionnante production.

Concernant celles de JS Bach, il s’agit pour une série d’entre elles de transcriptions, réalisées par Lucile Boulanger, d’œuvres tantôt pour violoncelle, violon ou flûte. La raison de ces transcriptions est ludique, certes, mais aussi pratique, dans la mesure où Bach a peu écrit pour la viole solo. En revanche, en tant que violiste, Karl Friedrich Abel a écrit de nombreuses pages pour la viole de gambe.

Gambiste, ou violiste ? Lucile Boulanger nous en dit davantage : " Le terme de "gambiste" a ceci d’explicite qu’il désigne nommément la viole de gambe. Mais nous jouons d’autres violes que la viole de gambe, et dans le milieu, nous nous appelons des "violistes".

Quant au fait de savoir si la viole de gambe est l’ancêtre du violoncelle, et bien non ! Les deux familles : celles des violes, -dont celle de gambe-, et la famille des "violons", -incluant les instruments du quatuor et la contrebasse- ces deux familles sont apparues au même moment, mais sont de familles différentes, même si elles sont proches.

Ecouter Lucile Boulanger parler de son instrument, c’est être témoin d’une passion qui brûle depuis la petite enfance, elle nous en parle comme on évoque un être cher et aimé, tout en étant détentrice d’un savoir organologique impressionnant concernant sa compagne.

Ecouter Lucile Boulanger à la viole solo, dans cette nouvelle production " Solo Bach – Abel " chez Alpha, c’est partir en voyage. On se retrouve ainsi, en quelques minutes à peine, embarqué par une sonorité voluptueuse et charnue, par un phrasé précis, mais souple, par un discours poétique et volubile, et enfin, par une musique somptueuse !!

Les transcriptions de Lucile Boulanger, présentes sur ce disque, ont aussi la vertu de nous faire redécouvrir sous un autre jour des pièces qu’on croyait connaître par coeur. On pense par exemple à la 6e et dernière Suite pour violoncelle seul BWV 1012.

" Concernant ce disque et son travail de transcription ", nous confiera la violiste, " Lorsque l’on est baroqueux (ndlr. : qu’on joue sur des instruments d’époque), il faut avoir un peu l’âme d’un détective. On doit s’assurer à travers l’écoute des oeuvres originales, des documents, et des recherches que la transcription pour un autre instrument, ne va pas dénaturer l’oeuvre originale. Ce qu’il faut savoir, c’est que les instruments de cette époque avaient des faiblesses. La flûte baroque manque d’homogénéité par exemple : certaines notes sonnent fort, et pleines, et d’autres sonnent creuses. JS Bach joue avec ses faiblesses, et donne ainsi beaucoup d’expression à sa musique. Si vous jouez cette oeuvre sur une flûte moderne, ou sur un autre instrument, toutes ces subtilités passent à la trappe, et vous créez un contresens musical ".

Le premier disque pour viole solo de Lucile Boulanger, " SOLO BACH – ABEL " paraît en ce moment chez Alpha.

C’est une production lumineuse, intelligente, poétique et raffinée, à l’instar de son auteure et interprète Lucile Boulanger.

Bonne écoute !

Réalisation et présentation : Laurent GRAULUS

Ci-dessous, la programmation musicale détaillée de notre entretien :

Louis ALTER - "You turned the tables on me". Sarah Vaughan, voix et le big band de Count Basie. VERVE.

Jean-Sébastien BACH - Bourrée angloise pour flûte BWV 1013 (Transcription L.Boulanger). Lucile Boulanger, viole. ALPHA.

Karl Friedrich ABEL - 22e allegro pour basse de viole en ré mineur WK 207. Lucile Boulanger, viole. ALPHA.

Jean-Sébastien BACH - Sicilienne de la 1ère Sonate pour violon seul BWV 1001 (Transcription L.Boulanger). Lucile Boulanger, viole. ALPHA.

Carl-Philip Emmanuel BACH - Adagio de la Sonate en do mineur pour clavier et viole de gambe Wq 161. Lucile Boulanger, viole et Arnaud De Pasquale, pianoforte Zilbermann. ALPHA.

Jean-Sébastien BACH - 3e mvmt de la Sonate pour violon et clavecin en mi mineur BWV 1023. Lucile Boulanger, viole et Arnaud De Pasquale, clavecin. ALPHA.

Arcangelo CORRELLI - 2e, 4e et 5e mvmts de la 3e Sonate pour violon en Do Majeur opus 5. Lucile Boulanger et Claire Gautrot, violes et Pierre Gallon, clavecin. HARMONIA MUNDI.

Karl Friedrich ABEL - 1er Allegro pour basse de viole en ré majeur WK 186. Lucile Boulanger, viole. ALPHA.

Jean-Sébastien BACH - Allemande de la 6e Sonate pour violoncelle seul BWV 1012 (Transcription L.Boulanger). Lucile Boulanger, viole. ALPHA.

Monsieur DE SAINTE COLOMBE - "Le Rapporté", 48e Concert à deux violes. Philippe Pierlot et Lucile Boulanger, violes de gambe. MIRARE.

Lucile Boulanger, violiste
Lucile Boulanger, violiste Alix Laveau

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