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"L’Union, c’est la famille": à la découverte d’un public atypique, entre esprit brusseleir et nouvelle vague bobo

Union 22: la folle saison des Jaune et Bleu

Episode 2: L’Union, c’est la famille

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"Quand tu arrives au stade pour la première fois, tu te rends compte que tu es dans un club spécial", raconte Guillaume François dans cette interview. "Tu es au milieu de la ville, il y a une seule tribune avec un toit. Tu as ces supporters qui mettent une ambiance de dingue. Quand tu entends ça dans ton dos au coup d’envoi, l’adrénaline monte, tu as juste envie de courir quinze kilomètres sur ton match ", sourit le latéral droit de l’Union.

Cette ferveur, c’est celle du stade Joseph Marien. L’assistance y est modeste – un gros 8000 personnes – mais le public y chante de la première à la 90e minute.

Belga

►►► Cet article est issu de la série de podcasts Union 22 qui vous raconte et décortique la folle saison des Jaune et Bleu.

C’est jour de match à l’Union. Se balader dans la chaussée de Bruxelles qui borde le stade, c’est faire un plongeon dans le temps pour retourner à l’époque du "football de papa".

On croise d’abord Salva et ses deux amis qui rient aux éclats à chaque fin de phrase. "Lui c’est le Flamand, lui le Brusseleir et moi l’Espagnol. On mange des saucisses polonaises ou brésilien ou portugais. Un vrai melting-pot. C’est ça Saint-Gilles."

Fernando se joint spontanément à la discussion : "l’Union, c’est familial. Famille, respect et zwanze. On s’amuse, on rigole." Difficile de lui donner tort : les blagues fusent dans tous les sens.

Stoemp ou pâtes au pesto ?

Un symbole de cet esprit familial, c’est sans conteste Ignazio Cocchiere, un ancien joueur de l’Union. Nous le rencontrons alors qu’il s’apprête à rentrer dans le stade, un sac rempli des cadeaux que les supporters lui offrent à chaque fois qu’il vient soutenir son ancien club.

Un ciao par là, un selfie par ici : Ignazio a un mot ou une attention pour chaque supporter qui l’accoste. Son histoire n’est pas banale. En 2012, ce jeune Italien venu à Bruxelles pour travailler dans les institutions européennes est engagé par l’Union un peu par hasard.

Aujourd’hui, il continue sa carrière de footballeur à Overijse quelques échelons plus bas, mais les supporters ne l’ont pas oublié. Ils ont même créé une chanson en son honneur, qu’ils entonnent encore en tribune six ans après son départ : "la chanson dit que je préfère le stoemp aux pâtes au pesto", rit Ignazio Cocchiere. "Cela résume mon lien avec l’Union et Bruxelles. Pour différentes raisons, je suis resté un joueur emblématique de l’Union et je suis moi-même resté très attaché au club et à ses supporters."

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Des valeurs à l’épreuve de la croissance du public

Respect de l’adversaire, pas d’insulte en tribune, pas de bagarre, positionnement antifasciste : l’Union saint-gilloise a sans doute le public le plus atypique de Belgique. Depuis quelques années, avec le succès, le public s’élargit. Au risque de faire vaciller des valeurs ancrées dans les travées du parc Duden depuis des décennies ?

"Les groupes de supporters comme les Union Bhoys entourent et cadrent les jeunes qui arrivent", rétorque Philippe Canion, habitué de la butte depuis plus de 50 ans. "Dans nos tribunes, on ne veut pas d’insultes, pas de cris de singe quand un joueur black touche le ballon, comme on entend dans certains stades. L’autre jour, un gamin l’a fait. Je me suis retourné, je lui ai dit que ça ne se faisait pas ici et qu’il pouvait s’en aller si ça ne lui plaisait pas. Il s’est calmé, puis m’a tapé sur l’épaule et s’est excusé."

Les déplacements, c’est à l’image de ce qu’on vivait avant

"On ne reconnaît plus forcément tout le monde en tribune", enchaîne Kostas Péricaud, l’un des deux supporters à lancer les chants lors des matchs. "C’est parfois un peu impersonnel, cela peut être un peu dérangeant quand on a vécu d’autres choses avant et qu’on reste dans une espèce de nostalgie pas super positive. Moi, je ne dis pas que c’était mieux avant. Je dis que c’était différent."

Membre active des Bhoys, Natacha Dantinne abonde dans ce sens : "c’est là que les déplacements sont importants. On retrouve l’ambiance familiale, cette énergie très particulière. On rencontre des gens beaucoup plus facilement. Les déplacements, c’est à l’image de ce qu’on vivait avant."

"Certains sont nostalgiques", confirme pour sa part Robert Derissen, alias Bob, un pilier de la tribune est."C’est vrai qu’on a vécu des moments terribles. C’est chouette d’aller à 50 supporters à Hamoir un samedi soir de novembre sous la pluie. Il faut être un peu fêlé, mais c’est super. Tu vois le vrai foot."

Robert Derissen, alias Bob
Philippe Canion et Anne Van Hoofstadt
Natacha Dantinne et Kostas Péricaud

Une nouvelle vague "intello, écolo, bobo"

Ces dernières années, et avant même que l’Union ne devienne une machine à gagner, le parc Duden a connu une autre évolution. Comme un symptôme de la gentrification de cette partie de Bruxelles, le profil sociologique des supporters se diversifie. Au public populaire et brusseleir d’autrefois s’ajoute désormais un public plus écolo, intello, bobo, qui est parfois moqué dans le milieu du foot.

"Je le vis bien, ça ne me dérange pas parce que c’est vrai", analyse Kostas. "Pour moi, le public de l’Union ressemble à la ville. A Bruxelles, il y a des quartiers plus populaires, d’autres plus huppés. A l’Union, c’est la même chose."

Certains viennent au stade comme ils vont au café Belga

Si la "cohabitation" ne pose pas de problèmes à nos interlocuteurs, le sujet maintes fois ressassé dans les médias en irrite certains, Philippe le premier : "On entend ça tout le temps : l’Union, ce sont les bobos'. Merde quoi ! On s’en fout des bobos. Il y a des supporters, et point, terminé. Maintenant, il faut reconnaître une chose : il y en a qui viennent au stade comme ils vont au café Belga, Place Flagey."

"C’est devenu the place to be", confirme sa compagne Anne Van Hoofstadt. A tel point que la chanteuse Angèle a assisté à un match cette saison depuis la tribune unioniste. "Si elle prend son pied et qu’elle s’amuse, pourquoi pas", commente Philippe. "Cela doit juste faire chier son père, qui est supporter du RWDM."

Des femmes en tribune, plus qu'ailleurs

Sur Angèle ou sur les bobos, Bob est sur la même ligne que ses camardes de tribune. "On doit juste apprendre la règle du hors-jeu à certains", glisse-t-il en clin d’œil. "Mais il vaut mieux ça que des hooligans. Et puis il y a plein de jolies filles…"

Ce que Bob raconte sur le ton de la rigolade renvoie à un constat. Bien sûr, les hommes restent largement majoritaires en tribune à l’Union, mais les femmes y sont plus nombreuses que dans les autres stades belges. "Cela a toujours été le cas, mais c’est encore plus fort cette saison", affirme même Natacha.

Cet aspect familial, c’est ce qui a conquis Anne il y a une dizaine d’années : "On voit des familles entières. Des mamans, des enfants sur les épaules des papas : c’est ça qui est incroyable. Il faut les voir courir dans la tribune avec leur petit bonnet, leur petite écharpe, c’est trop mignon."

Du parc Astrid au parc Duden

En observant les travées du stade Marien, nous faisons un dernier constat qui ne plaira sans doute pas au voisin anderlechtois. C’est une frange largement minoritaire du public unioniste, certes, mais certains supporters des Mauves, déçus par l’ambiance du parc Astrid ces dernières années, sont devenus des habitués du parc Duden.

Anderlecht, c’est mon épouse ; l’Union, c’est ma maîtresse

"J’étais abonné pendant des années à Anderlecht", admet sans mal Thomas, la trentaine. "Beaucoup sont dans mon cas mais l’assument un peu moins. J’ai débarqué ici il y a sept ans avec un copain complètement par hasard. Je suis tombé amoureux de cette atmosphère hyperfamiliale, hyperconviviale de l’Union. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle revienne aussi vite en D1A. Là, effectivement, je suis un peu mal pris. Mais comme me le dit mon copain : 'Anderlecht, c’est ton épouse. L’Union, c’est ta maîtresse'. Et on ne va pas se mentir: c’est un peu ça", rigole Thomas.

Si Thomas a l’air au clair avec ses affaires de cœur, nombreux sont ceux qui devront régler un conflit de loyauté, dans l’optique où l’Union continue à concurrencer le grand frère anderlechtois sur le long terme.

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