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Macron aux États-Unis pour défendre l'Europe face au protectionnisme américain : l'économie européenne est-elle en danger ?

Le Président français, Emmanuel Macron, aux Etats-Unis avec une délégation XXL. Tensions commerciales, recherches spatiales et l'Ukraine seront au menu des discussions, ces prochains jours.

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Emmanuel Macron est arrivé cette nuit aux Etats-Unis pour une visite d'Etat de trois jours à Washington et à La Nouvelle-Orléans dont le point d'orgue sera une réception solennelle à la Maison Blanche par Joe Biden.

Après avoir atterri à la base militaire d'Andrews en banlieue de Washington, le président français devrait sceller de manière spectaculaire la réconciliation franco-américaine après une grave crise diplomatique entre les deux proches alliés, malgré quelques remous autour du protectionnisme commercial américain.

Et dès son arrivée, le Président français a voulu communiquer au monde entier son intention de sceller la réconciliation avec les Etats-Unis.

"Il s'agit de faire honneur à notre plus vieil allié", a dit à des journalistes français un porte-parole de l'exécutif américain, John Kirby. "La France est littéralement l'un des fils dont est tissée notre nation", a-t-il ajouté, en multipliant les superlatifs à l'égard du "leadership", de "l'expérience" et de "la sagesse" d'Emmanuel Macron.

Le Président français Emmanuel Macron avec sa femme, Brigitte Macron à leur arrivée aux Etats-Unis.
Le Président français Emmanuel Macron avec sa femme, Brigitte Macron à leur arrivée aux Etats-Unis. © AFP or licensors
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Ambiance radicalement différente d’il y a un an. À l’époque, en septembre 2021, les Etats-Unis annonçaient une nouvelle alliance, AUKUS, avec l'Australie et le Royaume-Uni, suscitant l'ire de la France qui se voyait tenue à l'écart de la stratégie américaine pour la région-clé Asie-Pacifique et perdait, au passage, un mégacontrat pour vendre des sous-marins à Canberra.

La douce entrée avant le plat consistant

C'est sur des thèmes d'avenir que porte la journée de mercredi. Emmanuel Macron doit enchaîner les séquences sur la coopération spatiale, avec la vice-présidente Kamala Harris et en présence des astronautes français Thomas Pesquet et Sophie Adenot, sur la biodiversité et le climat avec des parlementaires américains, et sur le nucléaire civil avec des acteurs de la filière.

Le dîner intime des deux couples présidentiels pourrait permettre d'aborder, de manière informelle, les principaux sujets au menu de l'entretien de jeudi dans le Bureau ovale.

Emmanuel Macron sait que la compétitivité, c'est le principal risque de l'Europe.
Emmanuel Macron sait que la compétitivité, c'est le principal risque de l'Europe. © Tous droits réservés

L’« Inflation Reducation Act » au centre des débats

Avant la visite, la France a tenté de faire monter la pression sur le plan massif de soutien à la transition énergétique voulu par Joe Biden, ou Inflation Reduction Act (IRA), qui accorde de généreuses subventions aux véhicules électriques, batteries ou énergies renouvelables à condition qu'ils soient "made in America".

Un généreux crédit d’impôt pouvant aller jusqu’à 7.500 dollars réservé aux acheteurs d’un véhicule électrique fabriqué dans une usine américaine et équipé d'une batterie fabriquée localement. De quoi donner un coup d'accélérateur à l'implantation d'industries durables sur le sol américain et de sérieusement concurrencer la Chine, en pointe dans ce domaine.

Jugeant cette loi "protectionniste", Paris a dit espérer obtenir des "exemptions" pour certaines industries européennes. Mais la Maison Blanche, très attachée à cette pièce maîtresse du bilan de la présidence Biden, n'a pas l'intention d'annoncer des dérogations dans l'immédiat, et encore moins de détricoter sa loi dont elle assure qu'elle bénéficiera, in fine, également à l'économie européenne.

ISA vs BEA ?

L'Elysée met donc davantage l'accent sur l'autre volet de sa parade à l'IRA: la promotion, auprès des autres Européens, de l'adoption d'une arme commerciale comparable, un "Buy European Act" qui donnerait, aussi, la priorité aux produits fabriqués sur le Vieux Continent.

Quels risques pour l’Europe ?

Pour Clément Fontan, professeur en politique économiques européennes à l'UcLouvain et l'Université Saint-Louis Bruxelles : "La grande peur des dirigeant européens, c’est la délocalisation de toute une série d’industries vers les États-Unis. Mais cela me paraît difficile à imaginer tout de suite. En revanche, sur les questions voitures électriques et les capacités technologiques qu’elles demandent, l’Europe est en retard par rapport aux Etats-Unis mais aussi par rapport aux Chinois. La compétitivité, c’est pour moi le principal risque pour l’Europe."

Il poursuit : "Si l’Union européenne veut faire comme les États-Unis, ils vont devoir se mettre d’accord sur un subside européen pour, par exemple, toute la production de voitures électriques. Et ça, ce n’est pas une compétence intégrée. Il va donc falloir obtenir l’unanimité des membres. En revanche, s’ils veulent 'jouer' avec les barrières douanières, ils peuvent le faire sans avoir besoin de l’unanimité. Mais il y a un risque de guerre commerciale qui toucherait d’abord les pays les plus exportateurs. Et on pense à l’Allemagne, notamment", conclut le professeur.

En 2018, le prédécesseur de Joe Biden, le républicain Donald Trump avait lancé les États-Unis dans une guerre commerciale impitoyable avec leurs partenaires commerciaux, dont l'Union européenne, qui avaient durement pénalisé les pays. Berlin avait alors redouté l'imposition de droits de douane punitifs de 20% sur les voitures allemandes.

 

Eviter l’escalade avec Moscou

Au-delà des questions commerciales, le rendez-vous américain doit permettre aux présidents des deux pays alliés d'afficher leur unité dans le soutien à l'Ukraine. Les deux dirigeants devraient d’ailleurs le faire, en promettant de continuer à soutenir Kiev autant que nécessaire tout en expliquant que des négociations avec Moscou ne pourront avoir lieu que lorsque le président ukrainien Volodymyr Zelensky le jugera opportun.

En attendant, John Kirby a accordé sont approbation quant à la volonté d'Emmanuel Macron, parfois controversée, de maintenir le dialogue avec son homologue russe Vladimir Poutine. "Nous pensons que c'est une bonne chose", "nous saluons la capacité du président Macron" de maintenir "la communication avec le président Poutine", a assuré le porte-parole américain.

Trois jours de visite du Président français aux États-Unis. Et des dossiers brûlants. Une visite d’Emmanuel Macron qui lui permettra d’avancer ses pions sur l’échiquier face aux pions américains. Avec l’espoir d’obtenir des avancées, une réconciliation scellée et le soutien, à son retour, d’une majorité de partenaires européens.

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