Maladie de Parkinson : une équipe de l’UCLouvain découvre la mécanique de précision derrière certaines formes génétiques

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17 janv. 2022 à 20:00Temps de lecture3 min
Par Johanne Montay

Cette découverte, c’est de la magnifique mécanique de précision, au niveau de nos cellules. L’affaire se passe au stade où notre belle motorisation intérieure transforme son carburant, le sucre, en énergie : la métabolisation du sucre. Quel rapport avec la maladie de Parkinson ? Patience, vous allez voir, c’est passionnant.

Il y avait ce gène, dont tout le monde parlait au niveau scientifique, et qui, lorsqu’il était inactivé, était responsable de certaines formes de la maladie de Parkinson. Tout le monde en parlait, mais comment ça marchait ? Chacun ou presque avait son explication. Ce qui fait dire avec humour au Professeur Guido Bommer, responsable de l’équipe de cette recherche à l’Institut de Duve (UCLouvain), que ce gène baptisé PARK7 en avait déjà vu de toutes les couleurs.

Si on croit les publications, PARK7 faisait tout dans la vie, sauf faire le café le matin

A l’examen microscopique, la maladie de Parkinson se caractérise par une perte de neurones dans une région située dans la partie haute du tronc cérébral, baptisée "la substance noire". Mais pourquoi ces neurones meurent-ils ? "Cette maladie de Parkinson est assez énigmatique", explique le Professeur Guido Bommer, qui a conduit la recherche à l’Institut de Duve (UCLouvain). "Parce qu’on n’a aucune idée de la raison pour laquelle elle se développe chez la plupart des patients. Il y a très peu de cas qui sont liés à des changements dans notre génome. Un de ces changements est lié à un gène qu’on appelle PARK7."

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A propos de ce mystérieux gène, "on n’était pas content avec ce qui n’était pas compris", poursuit le Professeur Bommer. "Quand on a commencé notre recherche, il y avait déjà 1500 publications sur ce gène, mais on trouvait presque toutes les fonctions qu’on pouvait imaginer à PARK7". Sauf celui de la machine à café, vous avez déjà lu la blague.


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Frustrée de ne pas comprendre, l’équipe s’est dit que ce n’était pas possible. Il fallait en savoir plus sur l’énigmatique rôle de PARK7. "On s’est dit, on doit être plus simple. Regarder s’il n’y a pas des changements dans des minuscules molécules qui existent dans nos cellules".

C’est ainsi que l’équipe de recherche de l’Institut de Duve (UCLouvain) a trouvé des dégâts, des dommages au niveau des métabolites, des petits composés nécessaires pour lier nos nutriments ingérés et l’énergie absorbée dans nos cellules.

On a trouvé un gardien qui empêche les dommages qui se produisent à cause du métabolisme du sucre

Notre cerveau a besoin de sucre. Il en consomme 150 grammes par jour. Sans métabolisme du sucre, le cerveau ne fonctionnerait pas. L’évolution a trouvé un moyen d’éviter que ce métabolisme ne produise des dégâts, grâce à PARK7, le gardien.

PARK7, le pompier

Cette enzyme, possédée par tous les êtres vivants, peut détruire ce composé réactif et empêcher les dégâts. C’est un peu le pompier de l’incendie de notre métabolisation du sucre. L’équipe de recherche a pu observer qu’il suffisait d’inactiver PARK7 pour provoquer une accumulation de dégâts dans des cellules humaines, chez des souris ou des mouches. Elle a découvert un lien étroit entre le métabolisme des sucres et ce nouveau type de dégât cellulaire qui semble jouer un rôle dans certains cas de la maladie de Parkinson.


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"La surprise", raconte le professeur Bommer, "c’était finalement que le composé qui se forme quand nos cellules prennent le sucre et le convertissent étape par étape, dans des choses plus simples, en extrayant l’énergie, endommage à la fois de la même façon les protéines et ces petits métabolites. Quand on métabolise le sucre, il y a toujours des dommages qui se forment par un mécanisme, qui n’était autrefois pas connu. Ce qui est extraordinaire, c’est que ces dommages se forment très peu dans notre corps, normalement, parce que cette enzyme PARK7 empêche la formation de ces dommages". Sauf quand PARK7 est hors service… En d’autres termes, on connaissait le coup de la panne de PARK7, dans certains Parkinson, mais on ne savait pas en quoi ça abîmait le moteur.

Perspectives thérapeutiques ?

La maladie de Parkinson touche environ 40.000 Belges. Avec le vieillissement de la population, on estime que ce nombre devrait doubler lors des 25 prochaines années. Chaque année, on diagnostique 2000 nouveaux cas en Belgique.

L’âge moyen du début de cette maladie neurologique, dégénérative et évolutive se situe entre 50 et 55 ans. Mais plus de 10% des personnes atteintes développent la maladie à un stade précoce (avant 40 ans).

L’espoir, pour le futur, serait de développer des traitements, qui ne cibleraient plus seulement les symptômes mais les causes de la maladie. On en est encore loin.

L’étude est parue dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Elle a été réalisée avec le soutien de WELBIO et du Conseil européen de la recherche (ERC).

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