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Belgique

"Maladies de longue durée : le parcours de réintégration est une machine à licencier" estime François Perl, directeur chez Solidaris

"Maladies de longue durée : le parcours de réintégration est une machine à licencier" estime François Perl, directeur chez Solidaris
18 oct. 2021 à 21:12 - mise à jour 19 oct. 2021 à 08:003 min
Par Hugues Angot

On dénombre près de 500.000 malades de longue durée en Belgique. Un nombre qui dépasse celui des personnes au chômage. Le gouvernement fédéral a pour objectif de remettre au travail une partie de ces malades de longue durée, et de parvenir à atteindre 80% de taux d’emploi. QR l’actu fait le point sur le sujet avec Clarisse Ramackers, directrice générale d’Agoria Wallonie, et François Perl, le directeur du pôle Acteur social et citoyen de Solidaris.

Selon le droit du travail et le droit de la sécurité sociale, un congé de maladie est considéré de longue durée si sa durée est supérieure à un an, mais le processus de réintégration au travail pourrait débuter à partir du 4e mois d’absence.

Faire un tri entre "faux" et "vrai" malade

Pour Clarisse Ramackers, il faut faire un examen au cas par cas. "On ne peut pas mettre dans le même panier une personne qui combat un cancer, quelqu’un qui souffre d’une maladie liée à son activité professionnelle et quelqu’un qui subit des difficultés d’ordre privé. Dans tous les cas, l’employeur en pâtit de la même manière mais le travail n’est pas forcément à l’origine du problème".

Cet examen est bien la règle, explique François Perl, puisque chaque malade est vu par un médecin-conseil, qui va définir la durée de l’incapacité de travail en fonction du certificat médical de base. "Bien entendu, on sait que tout système génère des abus… Mais dans l’immense majorité des cas, les personnes qui se trouvent en incapacité sont lourdement malades. Les "profiteurs" finissent toujours par être débusqués par le médecin-conseil".

Le travail de nuit en cause ?

Le gouvernement pourrait sanctionner le travailleur et l’employeur en cas de non-reprise du travail. Selon certains, il s’agirait d’une sanction qui s’attaque aux symptômes mais pas aux causes du problème. En effet, le gouvernement devrait alors se garder de faciliter le travail de nuit ou de favoriser une semaine de travail plus courte mais avec le même nombre d’heures à prester… Pour la directrice générale d’Agoria Wallonie, la sanction n’est effectivement pas une stratégie pertinente, il s’agirait plutôt d’accompagner le travailleur au changement : "On sait que le milieu du travail est en perpétuelle mutation. Chez Agoria, nous avons fait une étude sur les perspectives des emplois à l’horizon 2030, de manière à accompagner et former au mieux les travailleurs et les employeurs à intégrer cette modification du travail. Notre monde bouge de plus en plus vite, et ce, de manière imprévisible. En faisant ce type d’exercice, nous jouons pleinement notre rôle sociétal".

Pour François Perl, il faut effectivement bien plus travailler sur les causes de l’incapacité de travail et sur la prévention. Quant au travail de nuit, il est considéré comme extrêmement pathogène : "On sait qu’une femme qui travaille de nuit voit son risque d’être victime d’un cancer du sein augmenter de 40%."

Certificats de complaisance ?

Le directeur de Solidaris balaie l’idée reçue qu’on assiste à d’importants volumes de certificats de complaisance. "L’Inami avait étudié la question et révélé que 1 voire 2% des médecins prescrivait des incapacités supérieures à la moyenne, mais il est question ici d’incapacités de courte durée. En cas d’absence prolongée, il est bien plus difficile de tricher, dans la mesure où le médecin-conseil est impliqué".

Trop de burn-out ?

Le stress est souvent cité comme le facteur principal de la souffrance au travail. Un stress qui peut, dans certains cas, mener au burnout et à de longues incapacités de travail. Clarisse Ramackers est d’avis que le stress ne peut pas être uniquement imputé au milieu du travail. "Nos vies sont de plus en plus chargées, que ce soit en tant que parents qu’en tant que citoyens. La pression est constamment présente, de manière générale. Le milieu du travail se transforme et cette transition est énergivore… Il y a lieu d’accompagner ces processus de changement dans les entreprises".

François Perl relativise ce phénomène de burn-out. "Les certificats médicaux pour burn-out ne représentent que 7 à 8% de l’ensemble des arrêts de travail supérieurs à 1 an. Ils concernent des personnes qui peuvent donc reprendre le travail relativement facilement, ou alors ils basculent dans des dépressions longues".

Revoir le trajet de réintégration ?

"A l’heure actuelle, le parcours de réintégration après une maladie de longue durée n’est autre qu’une machine à licencier" estime François Perl. Par exemple, les employeurs ne sont pas obligés de reprendre un employé à mi-temps après une longue maladie. De facto, c’est une manière de faciliter les licenciements puisqu’il n’y a pas d’indemnité versée.

Pour Clarisse Ramackers, l’employeur assume des fonctions sociétales. Il y a tout le volet des formations mais aussi de réintégration des travailleurs. Il ne faut pas sous-estimer la difficulté à réintégrer un travailleur après une longue absence, pendant laquelle l’entreprise peut avoir fortement changé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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