Santé physique

Manger ses crottes de nez, une habitude répandue chez les primates (et certains humains)

Manger ses crottes de nez, une habitude répandue chez les primates (et les humains)

© airdone

C’est un réflexe puéril que certains grands enfants conservent à l’âge adulte : se curer le nez. Si cette habitude est plus répandue qu’on l’imagine au sein de la population mondiale, elle l’est tout autant chez les animaux. Une équipe internationale de chercheurs a récemment découvert qu’une douzaine d’espèces de primates extraient leurs crottes de nez pour des raisons diverses.

Pas seulement les primates

Parmi elles, les capucins, les macaques, les chimpanzés, les bonobos, les orangs-outans de Sumatra et, bien sûr, les humains. Si certains primates utilisent des outils pour se curer le nez plus efficacement, d’autres comptent sur leurs doigts. C’est le cas de l’aye-aye (Daubentonia madagascariensis), un lémurien natif de Madagascar aux grands yeux et aux oreilles hyper-sensibles.

Cet animal nocturne est également connu pour la taille impressionnante de ses cinq doigts, et plus particulièrement de son majeur. Cet appendice mesure 8 centimètres pour un corps de moins de 40 centimètres. Rien d’étonnant donc à ce qu’il s’en serve pour trouver et attraper les larves xylophages qui se cachent les troncs d'arbres.

L'aye-aye enfonce son doigt jusqu'à la gorge !

L'aye-aye enfonce son doigt jusqu'à la gorge !
L'aye-aye enfonce son doigt jusqu'à la gorge ! © Thorsten Negro

Anne-Claire Fabre, professeure de biologie à l’université de Berne, et cinq autres chercheurs de cinq pays ont toutefois remarqué que ce long doigt griffu s’avère aussi très utile… pour se curer le nez. "Ce faisant, l'animal insère toute la longueur de son majeur extra-long, maigre et très mobile dans ses voies nasales, puis lèche le mucus nasal recueilli", écrivent-ils dans une étude récemment publiée dans le Journal of Zoology.

Mais comment l’aye-aye arrive-t-il à enfoncer un majeur long de 8 centimètres dans ses narines sans se blesser ? Pour répondre à cette question, l’équipe de scientifiques a reproduit l’anatomie de ce drôle de lémurien en 3D. Elle a constaté qu’il enfonce profondément le doigt dans son nez jusqu’à rejoindre le fond de la gorge

Quels bénéfices ?

La raison pour laquelle l’aye-aye et les autres primates ont un penchant pour le curage de nez, ou rhinotillexomanie en langage savant, n’est pas claire. Les chercheurs expliquent que cela pourrait juste être un acte d’auto-nettoyage même si cela n’explique pas pourquoi certains primates mangent leurs crottes de nez après les avoir extraites. 

De précédents travaux scientifiques affirment que les animaux s’adonnant au curage de nez sont tout simplement attirés par la texture, le croquant et le goût salé du mucus nasal. Une étude de 2015 suggère que la consommation de crottes de nez empêcherait les bactéries de se coller aux dents, ce qui contribuerait à l’hygiène bucco-dentaire des animaux.

Une autre étude met en garde sur les risques de diffusion des bactéries nasales dans le pharynx, voire dans le sang.

Quoi qu’il en soit, Anne-Claire Fabre affirme qu’il est grand temps que la communauté scientifique s’intéresse de plus près aux rapports que les animaux entretiennent avec les crottes de nez. "On ne sait jamais quand on étudie ce type de comportement où l'on peut aboutir. Et parfois, on découvre une application à laquelle on ne s'attend pas", a-t-elle déclaré au Guardian.

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