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Manifestation contre le traité sur le transfèrement de détenus entre l’Iran et la Belgique : "le risque est d'encourager le régime à prendre plus d'otages"

Des manifestants dénoncent le traité sur l’échange de prisonniers avec l’Iran à Bruxelles
05 juil. 2022 à 15:45 - mise à jour 05 juil. 2022 à 16:50Temps de lecture3 min
Par Agences de presse & Daphné Fanon

La communauté iranienne de Belgique a manifesté ce mardi à Bruxelles. Ils dénoncent un traité entre la Belgique et la République islamique d’Iran sur "le transfèrement de personnes condamnées" qui était examiné ce matin par la commission des affaires extérieures du Parlement. Selon la police de Bruxelles, 350 manifestants étaient présents.

"C’est inacceptable. Si nous faisons cela, nous encourageons le régime à prendre encore plus de personnes en otage."

Les manifestants ont appelé les députés belges à voter contre le projet de loi sur "le transfèrement de personnes condamnées." En d’autres termes, contre un accord qui permettrait l’échange de prisonniers entre la Belgique et l’Iran. Selon les manifestants, ce projet de loi va totalement à l’encontre de l’État de droit. "C’est inacceptable. Si nous faisons cela, nous encourageons le régime à prendre encore plus de personnes en otage. C’est la même chose que de dérouler un tapis rouge pour les terroristes iraniens en Belgique", estime Behzad Nazari du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).

Stéphanie Lepage

Les opposants iraniens redoutent que les condamnés, une fois transférés sur le sol iranien, soient amnistiés de leurs crimes. Selon eux, ce texte ouvre notamment la voie à une possible grâce du diplomate iranien Assadollah Assadi, condamné en Belgique, en février 2021, à 20 ans de prison pour terrorisme.

Le texte est "taillé sur mesure pour M. Assadi", a déclaré à l’AFP le député centriste Georges Dallemagne. D’autres élus d’opposition ont dénoncé "un chantage" de l’Iran, "des pressions inadmissibles", alors que plusieurs Européens sont détenus dans ce pays. Mais les réactions ne se limitent pas au monde politique belge. Des dignitaires américains ont également écrit à la Chambre pour exhorter les députés à rejeter le texte, dont un ancien directeur du FBI et un ancien commandant suprême de l’OTAN en Europe.

Une "diplomatie de la prise d’otage"

Il n’est pas rare que l’Iran pratique une diplomatie dite de "la prise d’otage", utilisant des ressortissants européens comme monnaie d’échange. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé en 2016 au scientifique irano-suédois et conférencier invité de la VUB, Ahmadreza Djalali. Ce dernier, prisonnier en Iran et condamné à mort depuis 2017 pour "espionnage", sert de monnaie d’échange cette fois pour libérer Hamid Noury détenu en Suède. Cet iranien est actuellement jugé à Stockholm pour son implication présumée dans les exécutions en 1988 d’un grand nombre d’opposants en Iran. 

C’est désormais un ressortissant belge qui est pris en "otage" : Olivier Vandecasteele. Cet homme de 41 ans est détenu "arbitrairement" depuis le 24 février à la prison d’Evin, connue pour abriter une section réservée aux prisonniers politiques. Ce nouvel élément dans le dossier pourrait dès lors expliquer la précipitation du Gouvernement à avoir fait examiner ce projet de loi en commission des Relations extérieures, ce mardi matin.

Le traité, signé le 11 mars entre Bruxelles et Téhéran a été soumis en urgence la semaine dernière au Parlement belge. Il est inclus dans un projet de loi avec quatre autres traités internationaux et sera en principe approuvé mercredi matin en commission des Relations extérieures de la Chambre, avant d’être envoyé jeudi en séance plénière. S’il est approuvé, la Belgique deviendrait alors le premier pays occidental à conclure un tel accord avec l’Iran, en vu de libérer Olivier Vandecasteele.

Selon le Ministre Van Quickenborne, il faut donc réagir au plus vite : "Il y a des vies humaines en jeu, ce ne sont pas mes mots, ce sont ceux de nos services de sécurité", a-t-il déclaré. Il se veut toutefois rassurant. Il assure que le texte comporte "des garanties", et "n’oblige en rien" les Etats signataires "à accepter une requête de transfèrement."

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