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Manifestations en Iran : pourquoi la mort de Mahsa Amini suscite un mouvement de protestation ?

On n'a pas fini d'en parler - Où va le monde ?

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30 sept. 2022 à 13:11Temps de lecture3 min
Par Aurélie Didier et Julien Roba

Cela fait deux semaines que des manifestations ont lieu chaque soir en Iran, manifestations très fortement réprimées par le pouvoir iranien, et qui ont déjà fait de nombreuses victimes et des milliers d’arrestations. Ces mouvements de protestation ont démarré à l’annonce de la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre dernier. La jeune femme kurde de 22 ans avait été arrêtée 3 jours plus tôt par la police des mœurs.

Que s’est-il passé le jour de l’arrestation ?

Le 13 septembre dernier, Mahsa Amini est arrêtée par la police des mœurs à Téhéran. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas bien respecté les règles vestimentaires imposées aux femmes iraniennes : ses cheveux dépassaient de son voile.

Selon un des cousins de la jeune femme, elle a été frappée par la police lors de son arrestation et a reçu un coup violent sur la tête. Trois jours plus tard, le 16 septembre, son décès est annoncé. La famille de Mahsa Amini porte plainte car elle considère que la police est responsable du décès.

Les autorités iraniennes, elles, nient toute implication, mais affirment qu’une enquête est en cours.

Photo de Mahsa Amini, lors d’un hommage à la jeune femme à Los Angeles.
Photo de Mahsa Amini, lors d’un hommage à la jeune femme à Los Angeles. © AFP or licensors

C’est donc le décès de la jeune femme qui a déclenché ces manifestations ?

Oui, et des manifestations ont lieu tous les soirs depuis le 16 septembre dans plusieurs villes, selon les médias d’opposition iraniens (pour la plupart basés à l’étranger). Mais il est très compliqué d’avoir des informations précises sur ces manifestations car les autorités limitent fortement l’accès à internet et aux réseaux sociaux…

Pour replacer le contexte, quel est le régime en place en Iran ? Qui est le président et comment réagit-il ?

Face aux manifestations, le régime se montre très ferme. Le régime iranien, c’est donc une république islamique. À la tête du pays, on retrouve le président Ebrahim Raïssi. Le gouvernement dépend de lui. Mais celui qui en réalité commande tout, au-dessus du président, c’est le guide suprême, l’autorité religieuse suprême. C’est lui qui commande l’armée et le côté religieux.

Et donc pour ce régime autoritaire, cette révolte, c’est un chaos inacceptable. Le régime réprime les manifestants, avec tirs de plombs et tirs à balles réelles selon les défenseurs des droits de l’homme. Conséquence : 60 morts selon les autorités, 300 morts selon des ONG.

 

L’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême de la révolution, l’autorité suprême du pays.
L’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême de la révolution, l’autorité suprême du pays. © AFP

Qui est celle "police des mœurs", qui a arrêté Mahsa Amani ?

La police des mœurs a été créée en 2005 par le régime. Objectif ? Mieux contrôler les tenues des femmes : pas question de laisser un cheveu dépasser, les manteaux doivent être assez longs, les manches aussi, les couleurs des habits ne doivent pas être trop vives, interdiction de porter du vernis. Et si les femmes ne respectent pas ces règles, elles sont arrêtées, frappées et emprisonnées.

Pourtant, il y a une époque où les femmes ne portaient pas le voile en Iran…

En fait, pendant tout le 20e siècle, il y a eu des alternances : tantôt les femmes ont été obligées de porter le voile, tantôt interdites de le porter. Le dernier grand changement, ça a été en 1979, au moment de la révolution qui a transformé le pays en république islamique. À ce moment-là, beaucoup de femmes ont porté le voile par solidarité avec les révolutionnaires islamiques. Conséquence selon les spécialistes de l’Iran : les islamistes ont considéré que les femmes étaient d’accord de porter le voile tout le temps. Le régime a donc imposé ce voile aux femmes.

 

Alors la situation s’est globalement dégradée ces dernières années. Le régime ajoute comme punition des coups de fouets et des jours de prison pour contraindre les femmes. Et puis en 2005, les autorités ont donc créé la police des mœurs. L’actuel président, Ebrahim Raïssi, est lui-même un conservateur très attaché au contrôle des femmes…

Ebrahim Raïssi, condamnant les manifestants en direct à la télévision le 28 septembre.
Ebrahim Raïssi, condamnant les manifestants en direct à la télévision le 28 septembre. © AFP

Finalement, que réclament les femmes qui manifestent ?

 

Plus de liberté pour les femmes, évidemment. Les manifestants et manifestants (car il y a aussi des hommes) contestent le régime. Tout ça dans un contexte économique très compliqué, avec une inflation qui affecte durement la population. Mais il faut bien le dire aussi, il est difficile de dégager des revendications claires, des leaders ou des idéaux. Et c’est ce qui fait que ce mouvement semble être une révolte, pas (ou pas encore) une vraie révolution.

Et est-ce que le régime pourrait plier ?

Ce n’est pas ce qu’on observe pour l’instant. Il faut dire que les autorités iraniennes savent y faire pour réprimer des manifestants, elles sont rodées. Mais si le régime cède, s’il dissout la police des mœurs par exemple, cela remet en question tout le régime, dont une des bases fondatrice : la domination des femmes.

 

Retrouvez chaque vendredi de 17h à 19h Sébastien Pierret et Patrick Weber dans "On n’a pas fini d’en parler" sur VivaCité.

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