Déclic

Manœuvres militaires conjointes entre la Russie et la Chine : l’Occident doit-il s’inquiéter ?

L'invité actu : Nicolas Gosset

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Les exercices militaires conjoints entre la Russie et d’autres pays, dont la Chine, doivent-ils inquiéter l’Europe et les États-Unis ? Nicolas Gosset, chercheur au Centre d’études de sécurité et défense de l’IRSD, a nuancé la situation dans Déclic.

Le rapprochement entre la Russie et la Chine se confirme, cette fois sur le plan militaire. Il y a quelques jours, le ministre de la Défense chinois annonçait l’envoi de militaires chinois en Russie pour "approfondir la coopération" entre les deux armées.

En effet, du 1 au 7 septembre, l’armée russe lance des exercices à grande échelle avec différents 'partenaires' dont la Chine, et dans une moindre mesure, l’Inde, la Syrie, le Nicaragua, et les États membres de l’Organisation du traité de sécurité collective. 50.000 soldats, 140 avions et hélicoptères, 60 navires de guerre seraient mobilisés.

Une tentative de démonstration de force malgré les pertes en Ukraine

Ces manœuvres doivent-elles être prises au sérieux par les Européens ?

"Depuis une décennie, la Russie de Vladimir Poutine nous a habitués à des manœuvres de très grande ampleur […] Depuis 2010, les plus larges exercices étaient ceux de 2018, qui avaient rassemblé plus de 300.000 hommes. C’était même à ce moment les plus grandes manœuvres depuis l’Union Soviétique" tempère Nicolas Gosset.

Ces exercices s’inscrivent cependant dans un contexte belliqueux avec la guerre en Ukraine et la menace d’invasion qui pèse sur Taïwan. "Le fait même que ces exercices se déroulent maintenant et dans cette zone de la mer du Japon, largement au nord de Taïwan mais dans un contexte qui concerne l’île, aussi largement le Japon, contribue à ce complexe de la tension autour de la région" ajoute le chercheur.

Pour Nicolas Gosset, ces manœuvres restent plus routinières qu’une véritable démonstration de force, d’autant plus que la différence entre le rassemblement militaire de 2022 et de 2018 est significative. "Même si la Russie, par le maintien de ces exercices, veut démontrer aux Occidentaux qu’elle garde des capacités suffisantes pour d’aussi larges manœuvres, on a quand même 50.000 hommes, six fois moins, et beaucoup moins de véhicules : 36.000 en 2018, on est aujourd’hui à 5000 (NDLR : et 1000 avions il y a 4 ans au lieu de 140 en 2022). On voit donc à quel point l’effort de la guerre en Ukraine pèse sur la capacité russe de mobiliser pour des exercices de très large ampleur, mais malgré tout le bombement de torse continue. Et il est évident que la Chine a intérêt aussi à démontrer la force de sa solidarité avec la Russie dans ce type de coopération".

Une faible coopération militaire de la Chine

L’implication de Pékin dans ces exercices conjoints reste malgré tout préoccupante. Est-ce le signe de la fin d’une neutralité chinoise ?

"La Chine n’est pas vraiment neutre puisqu’elle a marqué une compréhension très forte pour les motivations de la Russie. Elle a blâmé les responsabilités de la guerre sur les États-Unis et les Occidentaux mais jusqu’à présent, force est de constater que malgré les cris d’alliance de Moscou et Pékin, la Chine est d’abord vigilante de ne pas se laisser pointer comme un état responsable de briser les sanctions. Elle ne livre donc pas d’armement démontré. Même les Américains qui scrutent les possibilités de transfert militaire ne sont pas parvenus à mettre cela en évidence, à tel point que les Russes sont contraints de demander des renforts de drones iraniens qui ne fonctionnent pas parce que les Chinois ne leur livrent pas les pièces détachées" nuance Nicolas Gosset. Mais dans ce contexte de montée des tensions internationales et de l’antagonisme entre les États-Unis et la Russie et la Chine, "il y a la nécessité de montrer une forme de coopération militaire très forte".

Au point de voir un front sino-russe éclore face au pays de l’Oncle Sam ?

"Je crois que la crainte est ambivalente car les États-Unis sont bien conscients qu’on n’est pas dans un Axe au sens où on l’entendait à la veille de la Seconde Guerre mondiale. On a une coopération militaire qui a ses limites, on peut d’ailleurs fortement douter que Moscou se laisse entraîner dans le cas d’une invasion taïwanaise. Mais la Russie apporte son soutien aux velléités chinoises en Asie Pacifique de manière encore plus marquée que le fait la Chine dans le cas Ukrainien".

La Chine reste donc réticente à soutenir son partenaire russe dans sa guerre en Europe. Par ailleurs, pour revenir sur les chiffres, côté effectif chinois, ils étaient 3500 en 2018, ils sont 2000 dans ces manœuvres en 2022.

L’ambiguïté de l’Inde

Enfin, pour Nicolas Gosset, ce rassemblement militaire "démontre la volonté de la Russie de mettre en scène un monde alternatif", plus que le signe d’un renversement de l’hégémonie de l’Occident.

"Pour la Chine, dont acte, depuis 2005, on voit cette coopération militaire qui croit. La participation de l’Inde est très limitée et démontre aussi toute l’ambiguïté de la politique de Modi en Inde. Au mois de mai, il y avait cette réunion avec Biden à Tokyo où ils étaient avec le Japon, l’Australie, les Etats Unis dans une sorte d’Axe de containment antichinois […] Et ici, l’Inde procède au balancier inverse, en participant de manière assez limitée à ces exercices avec les Russes. Plus que l’émergence d’un ordre mondial alternatif, cela démontre, dans le cas de l’Inde, la volonté de mettre en scène son autonomie stratégique : […] nous sommes capables à la fois de travailler avec les Américains quand notre intérêt s’y trouve, et de travailler avec les Russes et les Chinois".

iStock / Getty Images Plus

Sur le même sujet

La Chine approuve un vaccin anti-Covid inhalable, une première mondiale

Coronavirus

Articles recommandés pour vous