RTBFPasser au contenu
Rechercher

Maria Malibran et Vincenzo Bellini, une gémellité troublante

Vincenzo Bellini et Maria Malibran
31 déc. 2021 à 08:29Temps de lecture2 min
Par Dominique Corbiau

La cantatrice Maria Malibran et le compositeur Vincenzo Bellini se rencontrent pour la première fois à Londres en 1833. Il est un peu plus âgé qu’elle, aussi blond qu’elle est brune et ils sont tous les deux au sommet de leur gloire.

Charles-Auguste De Beriot

Maria qui a déjà triomphé dans deux opéras de Bellini, "I Capuleti e i Montecchi" et "La Sonnambula" s’est immédiatement sentie transportée par cette musique sublime, si proche de sa sensibilité personnelle. Dès qu’elle aperçoit le compositeur, elle jette ses bras autour de son cou et l’embrasse affectueusement comme si elle l’avait toujours connu. Ils restent un long moment ainsi à se regarder sans parler et Bellini avoue dans une lettre à son ami Francesco Florimo qu’il croyait être au paradis.

S’ensuit une amitié intense mais chaste, Maria brûlant d’amour pour le grand violoniste belge Charles de Beriot, rencontré quelques années plus tôt au Château de Chimay.

Le couple habite à Ixelles, dans l’actuelle maison communale qui était alors une villa entourée de jardins. Charles et Maria ont un fils, Charles Wilfried, qui deviendra un pianiste virtuose et le professeur de piano de Maurice Ravel.

De son côté Bellini n’est manifestement pas insensible aux charmes de Maria, comme il l’écrit à nouveau à son ami Florimo : "Comment faire pour ne pas tomber amoureux de cette diablesse de Malibran ? Dis-le moi Florimetto, toi qui sais combien je suis faible avec les femmes surtout lorsqu’elles sont belles. Et celle-ci est si gracieuse, chante si divinement et possède de si beaux sentiments qu’à la voir et à l’entendre, même l’homme le plus dur de cette planète ne pourrait rester de glace devant un tel miracle."

À Venise, Maria brille à nouveau dans "Norma", le chef-d’œuvre absolu de Bellini. Le compositeur est si inspiré par la manière dont Maria interprète ses œuvres qu’il décide d’adapter son dernier succès, "I Piuritani", pour sa voix. Il songe également à lui écrire un opéra, projet qui ne verra malheureusement jamais le jour, Vincenzo Bellini mourant à 33 ans le 23 septembre 1835, terrassé par une dysenterie foudroyante.

En apprenant la terrible nouvelle, Maria a comme le pressentiment qu’elle ne lui survivra pas longtemps. Et un an jour pour jour après son cher Vincenzo, Maria Malibran décède des suites d’une mauvaise chute de cheval à l’âge de 28 ans.

Elle repose au cimetière de Laeken dans un mausolée que Charles de Bériot fait construire à sa mémoire et sur lequel est gravé en guise épitaphe un petit sonnet du poète Alphonse de Lamartine :

Beauté, génie et amour furent son nom de femme
Écrit dans son regard, dans son cœur, dans sa voix,
Sous trois formes au ciel appartenait cette âme,
Pleurez terre !
Et vous, cieux, accueillez-la trois fois.

Sur le même sujet

Feuilleton à réécouter : Maria Malibran, la grande diva, racontée par Cecilia Bartoli

Musiq3

Un divin "Casta Diva" interprété par Camille Thomas au violoncelle dans la Sainte-Chapelle

Journal du classique

Articles recommandés pour vous