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Politique

Marie-Hélène Ska (CSC) "Il n’est pas normal de payer de sa poche pour aller travailler"

20 juin 2022 à 09:04 - mise à jour 20 juin 2022 à 09:04Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

C’est dans la rue que les syndicats mettent aujourd’hui la pression sur le gouvernement, en manifestant contre la vie chère et pour de meilleurs salaires, alors que de plus en plus de gens ont des difficultés à boucler les fins de mois.

 

Pour Marie-Hélène Ska, invitée de La Première, ce lundi, "Il n’est pas normal de payer aujourd’hui de sa poche pour aller travailler. Donc, il faut des solutions pour des frais de déplacement", pointe Marie-Hélène Ska, la Secrétaire générale de la CSC. "On avait quasi oublié que ça pouvait faire mal au portefeuille de devoir faire le plein pour pouvoir aller simplement travailler, gagner sa vie", ajoute-t-elle.

 

Changer la loi sur la compétitivité

La syndicaliste CSC fait passer un deuxième message : "Laissez-nous de la négociation, rendez-nous de la négociation avec les employeurs, nous devons sortir et sortir vite d’une logique de chèques – un chèque corona, un chèque mazout, un petit chèque sur la TVA – et donc, laissez la négociation se dérouler". Les syndicats revendiquent en effet de pouvoir sortir de la loi de 1996 sur la norme salariale. Ils veulent pouvoir négocier des augmentations de salaire là où c’est possible. "Nous allons montrer la semaine prochaine au Parlement à quel point un certain nombre d’entreprises aujourd’hui réalisent des bénéfices importants. Et ces mêmes entreprises refusent d’augmenter les salaires de leurs travailleurs", explique Marie-Hélène Ska.

 

Donc, ajoute la responsable de la CSC, "nous allons leur demander aussi qu’il y ait enfin de la solidarité entre les entreprises. Ça n’existe pas. Donc, il y a aujourd’hui des entreprises qui souffrent, qui sont en difficulté, mais la vraie raison de leurs difficultés, c’est que d’autres ne souffrent pas et se portent plutôt extrêmement bien et qu’il n’y a aucune solidarité entre les deux".

Un débat au parlement à la demande des syndicats

C’est aussi vers le Parlement que les syndicats se tournent. Ils ont enregistré 90.000 signatures de personnes qui, comme le prévoit désormais la loi, demandent l’ouverture au parlement d’une discussion sur le sujet. Les syndicats comptent enclencher une réflexion sur la loi de 1996 sur la compétitivité et viennent avec des propositions. Pourtant, la révision de cette loi de 1996 n’est pas dans l’accord de gouvernement.

 

"Ce n’est pas juste", réagit Marie-Hélène Ska. "La plupart des partis reconnaissent qu’il y a un vrai problème. La plupart des partis reconnaissent que c’est une des causes importantes de difficultés aujourd’hui", précise-t-elle. Pour elle, depuis l’accord de gouvernement, la situation a changé, il y a eu "la pandémie de Covid", "la guerre en Ukraine", "l’explosion des prix de l’énergie". "Donc, le rôle du Parlement, de chaque parlementaire, c’est aussi d’entendre les difficultés de ses concitoyens, de prendre en compte le fait qu’il ou elle est élu.e par ses concitoyens, et donc que son premier devoir est de répondre à ses inquiétudes en n’ajoutant pas de l’angoisse du lendemain, mais en ouvrant des perspectives", estime Marie-Hélève Ska, pour justifier l’ouverture d’un débat parlementaire sur le sujet.

 

Les pistes socio-économiques des experts du gouvernement

La semaine dernière, les sept économistes du groupe d’expert désigné par le gouvernement ont présenté leurs propositions de mesures à prendre pour régler les questions du pouvoir d’achat et de la compétitivité des entreprises.

 

"Ils ont fait des choses très sensées", estime Marie-Hélène Ska. Elle épingle par exemple la réflexion sur la Commission paritaire 200. "Une grosse commission paritaire dans laquelle il y a plusieurs centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs, les mécanismes d’indexation tels qui sont prévus aujourd’hui arrivent trop tard. Et donc, il faut pouvoir les anticiper. Ça n’a l’air de rien, mais avec une inflation qui est proche de 10%, ça fait potentiellement une grosse différence à la fin du mois pour les travailleuses et les travailleurs qui sont concernés", explique Marie-Hélèn Ska. Autre réflexion des experts qui inspire la responsable de la CSC, celle de l’adaptation des barèmes fiscaux au moment de l’indexation. "Ça n’a l’air de rien, mais je peux vous dire que quand vous êtes dans des tranches d’imposition intermédiaires, ça évite qu’une partie de l’indexation de votre salaire ne soit remangée automatiquement" Marie-Hélène Ska voit dans ces exemples "des propositions qui, à première vue, ont l’air un peu techniques, mais qui ont un effet de levier qui est un effet de levier important et qui sont simplement des mesures de justice sociale".

Le dialogue entre partenaires sociaux est difficile

De plus en plus, il apparaît que les négociations entre le patronat et les syndicats sont difficiles. Il n’y a, par exemple, pas eu d’entente sur le dernier accord interprofessionnel. D’autres sujets de discussion ont aussi été renvoyés par les partenaires sociaux au gouvernement, laissant à ce dernier la charge de décider.

 

Pour Marie-Hélène Ska, une des raisons pour lesquelles la discussion entre patrons et syndicats est difficile, ce sont les marges de manœuvre qui sont limitées. "Quand vous pouvez au maximum négocier 0,4% d’augmentation pour deux ans, c’est extrêmement faible. Donc, nous voulons retrouver de la vraie marge de négociation partout là où c’est possible. Nous ne sommes ni sourds ni aveugles aux difficultés des entreprises", explique Marie-Hélène Ska.

 

Autre raison avancée par la responsable de la CSC, la difficulté de préparer l’avenir lors de ces discussions entre partenaires sociaux. "Nous voulons préparer l’avenir. Et lorsque j’entends certaines déclarations de la FEB, on nous refait des leçons de morale sur l’histoire. L’histoire, nous la connaissons, nous l’avons bien vécue, et donc c’est sur base de l’histoire que nous devons préparer l’avenir", explique Marie-Hélène Ska. Et elle envoie un message aux entreprises : "Regardez un petit peu ce qui se passe, arrêtez de geindre de manière générale, alors qu’il y a des entreprises en difficulté, nous le savons, mais il y en a d’autres qui ne le sont pas du tout. Et il n’y a ni de solidarité entre les grandes et les petites entreprises, ni à l’intérieur d’un secteur, ni à l’intérieur d’une chaîne de valeur ajoutée".

 

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