Belgique

Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC : face à l’envolée des prix de l’énergie, "personne ne s’en sortira seul"

L'invitée de Matin Première

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

03 oct. 2022 à 06:37 - mise à jour 03 oct. 2022 à 06:54Temps de lecture3 min
Par Ambroise Carton sur la base d'une interview menée par Danielle Welter et François Heureux

Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), était ce lundi matin l’invitée de La Première. Elle a réagi à la hausse des prix de l’énergie et à l’annonce d’une taxe sur les surprofits qui pourrait rapporter plusieurs milliards d’euros à l’Etat belge.

"Ça ne tourne plus rond du tout, déplore Marie-Hélène Ska en évoquant les factures énergétiques qui s’envolent. Ce n’est pas normal qu’il y ait autant d’imprévisibilité."

Pour elle, "il était plus que temps" de taxer les surprofits des entreprises du secteur. "Quand on veut faire contribuer ceux qui se sont enrichis pendant toute cette crise, c’est que c’est possible." Reste cet espoir de la secrétaire générale de la CSC : "Que l’ensemble des partis politiques ne commencent pas à pinailler" face à la proposition de Tinne Van der Straeten (Groen), la ministre de l’Énergie.

"Il faut que cette somme serve à plafonner les prix du gaz et de l’électricité, à rendre des perspectives aux indépendants, qui sont des travailleurs comme les autres, et aux entreprises parce que l’hiver est à nos portes", alerte-t-elle.

Et d’ajouter : "Personne ne sait ou s’arrêtera la flambée des prix. Au niveau européen, il faut continuer à plaider pour un plafonnement des prix du gaz et de l’électricité et pour un découplage des prix du gaz et de l’électricité."

Marie-Hélène Ska estime en effet que le blocage des prix doit se négocier au niveau européen. "Les pays qui le font, le font en fonction de moyens qui leur sont propres […] Ce n’est pas normal que les autres pays se retrouvent livrés à eux-mêmes parce que l’un ou l’autre pays ne veut pas jouer la solidarité européenne."

Si on ne fait rien, on aura plusieurs années avec des prix de l’énergie élevés

Et au niveau belge, "il revient au gouvernement belge d’utiliser les 4,8 milliards mis sur la table [selon nos informations, ce chiffre serait de 4,7 milliards] et d’autres moyens si nécessaire pour sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui". Car l’énergie est un "bien essentiel".

Dès lors, les milliards d’euros sur la table "sont une première étape. Si on ne fait rien, on aura plusieurs années avec des prix de l’énergie élevés. Si nous n’investissons pas en parallèle dans l’isolation des habitations, des écoles, nous continuerons à dépenser beaucoup d’argent pour ces frais d’énergie. Aujourd’hui, on isole et on rénove les bâtiments à un rythme beaucoup trop faible que pour pouvoir garantir à chacun de vivre dans une habitation qui soit aux normes actuelles".

A l’heure où des conclaves budgétaires se tiennent à différents niveaux de pouvoir, quelle est l’urgence ? "L’urgence, c’est d’aider l’ensemble des familles qui en ont besoin. Et tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, répond la secrétaire générale de la CSC. Lorsqu’on a une habitation payée, plus d’enfants à charge et qu’on est en bonne santé, on n’est objectivement pas dans la même situation – même à revenu égal – que quelqu’un qui élève seul ses enfants et qui a des problèmes de santé ou vit dans une habitation avec un loyer ou un remboursement de prêt élevé."

Elle ajoute : "La situation ne dépend pas uniquement de votre niveau de revenu. Elle dépend aussi du fait que vous ayez des charges importantes ou que vous n’en ayez pas. C’est ce qui rend le ciblage sans doute un peu plus complexe à réaliser, mais c’est ce qui le rend plus nécessaire que jamais. Celles et ceux qui consomment de l’électricité et ne voient pas l’impact sur leur facture parce qu’ils sont producteurs d’électricité ne sont pas dans la même situation que des locataires qui n’ont aucun pouvoir sur leur facture."

Dans ce contexte, "il faut continuer à aider des indépendants et des entreprises là où c’est nécessaire. De manière que tout le monde sorte de cette situation en ne laissant personne sans solution. C’est un des grands défis et des grands enjeux, personne ne s’en sortira seul. Nous avons besoin de nous serrer les coudes", insiste Marie-Hélène Ska.

Inquiétude et "colère légitime"

Elle souhaite que les dépenses annoncées ne s’arrêtent pas là. "Il va falloir investir dans la transition écologique" et "se rendre autonome des producteurs d’énergie", complète Marie-Hélène Ska. "Sur une période assez courte, on peut identifier 4,8 milliards de surprofits. Ça veut dire qu’il y a encore des possibilités de faire contribuer un certain nombre de revenus qui ne contribuent pas aujourd’hui."

Face à cette flambée des prix, certaines entreprises peinent à suivre le rythme. Au point d’envisager de mettre leurs employés au chômage temporaire. Pour la syndicaliste, ce n’est pas une bonne solution. "Quelqu’un qui est en chômage temporaire va toucher 70% d’un salaire plafonné, alors qu’aujourd’hui on n’y arrive pas avec un salaire temps plein. Donc c’est loin d’être la solution, surtout qu’on manque de bras dans toute une série de secteurs."

Marie-Hélène Ska se dit "inquiète" de la situation dans laquelle se trouvent les travailleurs, qu’ils soient indépendants ou salariés. Face à une "colère légitime" qui monte, "c’est maintenant qu’il faut prendre des mesures claires et lisibles. Et surtout pas des mesures qui valent uniquement pour novembre et pour décembre".

Sur le même sujet

Syndicalisme : la CSC annonce elle aussi jour de grève générale et d’actions le 9 novembre

Belgique

Crise énergétique : la FEF et la VVS appellent à des mesures pour aider les étudiants

Prix de l'énergie

Articles recommandés pour vous