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Marius Gilbert, larmes aux yeux et voix cassée : "La rupture est totale"

Marius Gilbert, larmes aux yeux et voix cassée : "La rupture est totale"

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23 déc. 2021 à 08:02 - mise à jour 23 déc. 2021 à 09:04Temps de lecture3 min
Par Marie-Laure Mathot avec François Heureux

Il est venu sur nos antennes, comme à son habitude, pour essayer de décrypter les mesures du dernier Comité de concertation. Mais pour la première fois, l’épidémiologiste de l'ULB Marius Gibert a eu du mal à contenir ses larmes et son bouleversement.

"La rupture de confiance est totale", a-t-il exprimé à propos des règles fermant une grande partie du secteur culturel. "Elle est totale à un moment où, justement, on en a besoin (de cette confiance) parce qu’Omicron est à nos portes", dit-il avant de s’interrompre, la voix cassée par l’émotion, sortant de sa réserve habituelle.

"Je suis ému parce que je ne pense pas qu’ils se rendent compte. Je ne pense pas qu’ils se rendent compte du marchandage politique qui a lieu lors des Codeco."

Des conséquences délétères sur la cohésion sociale

Pour le chercheur de l’ULB, le gouvernement doit revoir sa copie au risque de mettre en place le terreau fertile aux extrémismes. "Il faut peut-être réfléchir à une autre manière de penser cette crise. (Le comité de concertation) est occupé à avoir des conséquences délétères sur la confiance et au final, sur la cohésion sociale."

Aux côtés de l'extrême-droite, des acteurs du culturel, du personnel soignant

"Il ne faudra pas être étonné dans une semaine, si aux côtés de l'extrême-droite, on retrouve les acteurs du culturel, du personnel soignant, tous les secteurs de la population qui se sentent maltraités par la manière dont la crise est gérée."

Des propos tenus avec émotions. Une posture inhabituelle pour le scientifique qui a toujours analysé cette crise avec une certaine réserve mais aussi  clairvoyance et humanisme. 

L'apparence de l'arbitraire complet

À l'écoute de la colère du secteur culturel, Marius Gilbert réagit : "On se retrouve dans une mesure qui a toute l'apparence de l'arbitraire complet. Je ne suis donc pas étonné que, dans le billet qu'on entend juste avant, on considère qu'on est face à un gouvernement maltraitant, qui ne joue plus son rôle et qui, je trouve, perd de semaine en semaine, de sa légitimité dans la gestion rationnelle de cette crise."

Des absurdités dont tout le monde a conscience

"La rupture de confiance est marquée par rapport au citoyen mais aussi par rapport aux experts. De semaine en semaine, les experts essayent de dessiner une politique sanitaire cohérente avec un ensemble de mesures cohérentes. De semaine en semaine, leurs rapports sont détricotés par du marchandage politique qui aboutit à des absurdités dont tout le monde a conscience.

D’un point de vue épidémiologique, Marius Gilbert pointe Omicron. "Le Gems (ndlr : groupe d’experts Stratégie de gestion) avait fait des recommandations qui étaient de se tenir prêt et avait prévu toute une série de dispositions qui concernent l’Horeca, la culture, à peu près tous les secteurs au cas où les transmissions remontraient avec Omicron. Mais ils ne parlaient pas de mettre en place la fermeture du secteur culturel à cette étape."

Ni nécessaire ni proportionné

Les mesures prises ce mercredi 22 décembre 2021 sont disproportionnées selon l’épidémiologiste, ce qui rompt le contrat implicite entre les citoyens et leurs dirigeants. "Je comprends très bien la colère car pour moi, il y a vraiment ici une rupture de confiance par rapport à un contrat implicite qui est passé entre les citoyens et le gouvernement. Contrat qui est que les mesures qui leur sont imposées, qui ont un impact sur leur vie soient nécessaires et proportionnées."

"Sur la nécessité ? Le Gems dit : cette mesure n’est pas nécessaire. Elle pourrait l’être dans une semaine ou dans 10 jours avec un ensemble d’autres mesures avec l’Horeca et d’autres secteurs."

"Sur la proportionnalité ? C’était déjà le cas dans les semaines précédentes, cette uniformité de la jauge de 200 personnes n’a pas beaucoup de sens non plus."

Et de conclure: "Il est clair qu'il faut prendre des mesures face à Omicron mais c'est la manière de les prendre que l'on peut questionner."

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