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Littérature

"Matriarchie", une histoire érotique de Flore Cherry dans laquelle les femmes prennent le pouvoir

Nous sommes en 2100. À la tête de la France, le parti féministe Matriarchie. Voici le scénario du roman d’anticipation érotique "Matriarchie", écrit par la journaliste Flore Cherry et paru le 13 janvier aux Éditions La Musardine.
01 févr. 2022 à 16:07Temps de lecture4 min
Par AFP

Imaginez une France dans laquelle les violences sexuelles et le harcèlement de rue auraient presque disparu. C’est dans cette société, hélas imaginaire, qu’évoluent les personnages du roman d’anticipation féministe "Matriarchie". Une histoire inventée par la journaliste Flore Cherry, passionnée de politique et spécialiste des sujets qui gravitent autour de la sexualité.

Nous sommes en 2100. À la tête de la France, le parti féministe Matriarchie. Sa mesure politique phare ? Proposer aux hommes de devenir des "matriors", autrement dit renoncer à leurs droits civiques (y compris le droit de vote) pour se mettre au service de l’État. En contrepartie, ces matriors bénéficient d’un accès (sous réserve de bonne conduite) aux "maisons des plaisirs", des temples du sexe dirigés par des courtisanes.

Une politique régie par la gestion de l’intime, qui a pour effet d’avoir vidé les prisons et de rendre les violences faites aux femmes quasi inexistantes. "Mais, si Matriarchie pensait contrôler le sexe dans ses programmes, il en est autrement dans la vie…"

Voici le scénario du roman d’anticipation érotique "Matriarchie", écrit par la journaliste Flore Cherry, paru le 13 janvier aux Éditions La Musardine. 

Entretien avec Flore Cherry

Vous qualifiez votre roman de "dystopique". Mais dans "Matriarchie", la domination patriarcale et les violences faites aux femmes sont révolues. Pourquoi dans ces cas-là ne pas parler d’utopie ?

"Parce que la société que j’ai imaginée est loin d’être parfaite ou égalitaire. J’ai d’ailleurs choisi de faire parler plusieurs personnages, qui incarnent des pensées différentes et qui se répondent entre eux, à travers la remise en question du système politique de cette France.

J’ai voulu présenter des portes de sortie, plutôt que de me limiter aux témoignages de femmes, rabaissées et violentées. L’idée n’est pas vraiment de proposer des solutions, mais plutôt d’aborder le sujet des violences faites aux femmes de manière différente. Par exemple montrer comment les femmes peuvent imposer le principe de coopération, afin de réduire les violences perpétrées par les hommes." 

Comment vous est venue l’idée d’imaginer une politique fondée sur un système de "matriors" ?

"Je suis partie du principe féministe (auquel j’adhère totalement) que l’intime est politique et que, dans ces conditions, nos politiques doivent gérer l’intime. Laisser l’intimité à la charge des femmes et des hommes dans un monde inégalitaire me semble compliqué, voire dangereux. Il n’est pas toujours facile par exemple de placer le curseur pour enrayer des violences au sein du couple.
 
On n’a pas forcément les armes nécessaires, ce ne sont pas des choses que l’on nous apprend à l’école. Les lois et les mesures politiques nous aident justement à définir ce cadre. Mais cela va très loin dans mon roman, j’ai poussé l’idée jusqu’au bout !"

Dans quelle mesure les élections françaises de 2022 vous ont-elles inspirée dans l’écriture de votre roman ?

"J’ai écrit ce livre il y a deux ans, mais je voulais en effet que sa sortie colle à l’actualité et donc aux élections présidentielles. Le message simple que je souhaite faire passer à travers ce roman pourrait être le suivant : allez voter ! Car plus vous irez voter, plus les politiques s’intéresseront à vos problématiques."

Pourtant, le parti "Matriarchie" serait né à la suite d’une émission télé créée en 2022 qui proposait des orgies gratuites, justement dans le but d’empêcher les hommes de voter !

"Oui, car je voulais rappeler aux femmes que leur voix compte ! La manière dont on vote en France requiert une disponibilité physique (même si on peut le faire par procuration), cela m’a donc amusée d’imaginer une militante féministe parasiter cette procédure.

Mais l’idée, qui est d’ailleurs l’un des fils rouges du roman, est aussi de répondre à la question : à quel prix les hommes veulent-ils du sexe ? On peut supposer que, du moins pour une certaine partie de la population, se voir offrir une nuit de sexe au lieu d’aller voter pourrait être perçu comme un "sacrifice" convenable. D’ailleurs, on a déjà entendu des motifs encore plus légers pour ne pas aller voter !"

Comme dans tout bon roman, il faut un obstacle. Vous avez choisi celui de l’histoire d’amour entre Diane Maurepas, digne héritière du parti Matriarchie, et Fernand Fuego, "homme libre" affilié au parti politique opposé…

"Ce qui me plaît dans cette histoire d’amour compliquée, c’est que l’on a deux visions qui s’affrontent. D’un côté, le discours pro-matriarchie (celui de Diane) qui considère que les hommes et les femmes ne peuvent s’entendre que lorsque les relations sont très explicites, sans remous et gérées par les femmes. De l’autre, un discours beaucoup plus traditionnel axé autour de la famille (celui de Fernand), selon lequel les hommes et les femmes ont une complémentarité naturelle, que leurs rapports sont harmonieux, etc. Soit une idée que l’on nous sert beaucoup actuellement !

D’ailleurs, les deux personnages féminins (Diane et Athéna) sont toutes les deux aux prises à un conflit intérieur, précisément parce qu’elles tombent amoureuses. Elles font des erreurs, elles doutent. Diane voit par exemple le mariage hétérosexuel comme un enfermement, mais on ne sait pas exactement si c’est sa conviction propre ou simplement le discours pro-matriarcat qu’on lui a inculqué depuis sa petite enfance.

Cela me tenait à cœur d’avoir des personnages féminins qui questionnent le mariage dans une société imaginaire matriarcale. Ça l’est d’autant plus, je trouve, qu’il y a une réelle interrogation et remise en question du mariage dans notre société actuelle, notamment autour de la liberté au sein du couple ou encore de la répartition des tâches ménagères."

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