Belgique

Météo caniculaire de cet été : 2022 à l’extrême opposée de 2021 et pourtant, ce sont "les deux faces d’une même pièce"

Photo aérienne de l’étang de l’Ilé à Virton, en province de Luxembourg, affecté par la sécheresse (photo prise le 12 août 2022).

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La Belgique comme l’Europe a connu un été chaud. Un été 2022 qui contraste complètement avec celui de 2021 et ses inondations. Et pourtant, ces deux phénomènes extrêmes sont liés, "ce sont les deux faces d’une même pièce", selon François Massonnet, chercheur qualifié FNRS et climatologue à l’UCLouvain, car tous les deux sont dus à un phénomène de blocage accentué par la hausse des températures observée depuis ces 30 dernières années.

Un phénomène de blocage

"Le temps est dicté par la circulation atmosphérique générale, c’est-à-dire la configuration des basses pressions, des hautes pressions, où elles se trouvent et à quel moment. Ce qui s’est passé cet été, c’est qu’une zone de haute pression (un anticyclone, celui qui nous apporte un temps chaud et sec, ndlr) a été bloquée pendant assez longtemps sur nos régions et la conséquence de ça, c’est que toutes les dépressions (qui nous apportent un temps plus frais et plus humide, ndlr) qui arrivent par l’ouest et qui devraient normalement nous apporter de la pluie, sont renvoyées ailleurs par l’anticyclone. On parle alors de situation de blocage", explique François Massonnet. "Et donc, quand cet anticyclone reste pendant très longtemps au même endroit, on n'a plus de précipitations, il commence à faire vraiment sec et chaud (car la couverture nuageuse est très faible avec un anticyclone) et c’est cette persistance qui fait qu’on a un été très chaud et très sec."

À contrario, "en 2021, c’est une grosse dépression qui est restée calée sur nos régions. On a donc aussi une situation atmosphérique qui a été bloquée, mais qui a apporté une zone de précipitations intenses qui ne bouge pas. Elle est restée 3-4 jours sur notre pays et elle a commence à déverser toute l’humidité qui se trouve dans la colonne d’air."

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À quoi est-ce dû ?

Ces situations de blocage ne sont pas nouvelles, précise François Massonnet : "On en a depuis longtemps et on en aura toujours."

"En Arctique, il fait froid ; en moyennes latitudes, il fait beaucoup plus chaud ; et comme l’Arctique se réchauffe beaucoup plus vite que nos régions, ça ramollit, quelque part, la pression atmosphérique qui peut devenir plus sinueuse et venir piéger des parties de l’Europe, soit dans une zone plus chaude (quand c’est un anticyclone qui est bloqué, ndlr) soit dans une zone plus froide (quand c’est une dépression qui est bloquée, ndlr)", explique-t-il.

Quant à savoir pourquoi c’est un anticyclone qui est bloqué plutôt qu’une dépression ou inversement, "c’est complètement lié au hasard parce que la circulation atmosphérique est très chaotique, très variable".

Les conséquences de la hausse des températures

Le problème est qu’avec le réchauffement climatique (et donc la hausse des températures observée depuis ces 30 dernières années), "on remarque qu’il y a une répétition de ces phénomènes de blocage qui ont tendance à durer plus longtemps dans le temps", nous expliquait dans l’émission Déclic du 18 mai dernier Pascal Morman, climatologue à l’IRM.

Un phénomène "très inquiétant", nous disait-il : "En Belgique, ce qui caractérise vraiment notre climat, c’est qu’on est dans un climat relativement océanique, tempéré. Donc très variable, avec alternance de temps pluvieux et temps plus ensoleillé. Mais on observe une tendance à perdre ce flux zonal, donc ce flux océanique qui amène traditionnellement des pluies au niveau d’un flux du sud-ouest. On est plus souvent confronté à des flux méridiens (sud-nord ou nord-sud). Mais ces flux, lorsqu’ils se mettent en place, peuvent donner des températures très élevées qui vont rester plus longtemps en place sur les mêmes régions. Ce qui n’était pas nécessairement le cas auparavant."

Autrement dit, l’air, plus frais et plus variable qui nous vient habituellement de l’océan, a tendance aujourd’hui à venir plus souvent de la Méditerranée où l’air est plus chaud.

 

"Jusqu’en 1990 environ, on avait autant de vagues de chaleur que de vagues de froid. Mais depuis 30 ans, on a eu 20 vagues de chaleur et seulement deux vagues de froid ", fait d’ailleurs remarquer le climatologue de l’IRM.

Les fortes précipitations de 2021, une conséquence du réchauffement

Cette hausse des températures a aussi un effet lorsque c’est une dépression qui reste calée sur nos régions : "Une colonne d’air plus chaude peut faire rentrer plus de vapeur d’eau. En gros, par degré supplémentaire, vous pouvez mettre 6 à 7% de vapeur d’eau en plus. Donc, si on compare la situation d’aujourd’hui à celle d’il y a 100 ans, on a pu mettre jusqu’à 14-15% de vapeur d’eau en plus dans une colonne d’air, et donc 14 à 15% de précipitations en plus qui peuvent arriver jusqu’au sol."

Autrement dit, "si à l’été 2021, on avait eu le même système dépressionnaire qu’il y a 100 ans, on n’aurait probablement pas eu les mêmes précipitations puisqu’à l’époque, il y avait deux degrés en moins, et donc 15% de vapeur d’eau en moins. Et donc, les dégâts auraient été sans doute moindres…"

Que nous réserve le futur ?

Avec ce climat qui se réchauffe, est-ce que cela veut dire que l’on va effectivement aller vers des situations de blocage plus fréquentes et avoir des étés soit extrêmement pluvieux soit extrêmement secs ?

"Les projections des modèles climatiques indiquent que pour l’été, ce n’est pas si clair que ça. C’est plutôt oui que non parce qu’on a une poussée de zone sèche qui nous vient de la Méditerranée et qui pourrait remonter jusque chez nous", explique François Massonnet.

"Ce dont on est sûr, c’est que la Méditerranée va devenir de plus en plus sèche avec des situations de blocage comme cela de plus en plus fréquentes. Mais la question est de savoir si cela va arriver jusque chez nous. À ce stade-ci, c’est encore compliqué de le dire." Ce qui est sûr, c’est que dans un monde plus chaud on va vers des records de températures (parce qu’on a ces 2 degrés en plus) mais on va aussi vers des records de précipitations extrêmes parce que l’air chaud peut contenir plus de vapeur d’eau.

Mais ces extrêmes n’empêchent pas que nous ayons tout de même une alternance avec des étés plus "normaux" dans le futur, souligne le chercheur qualifié FNRS.

L’Homme arrivera-t-il à inverser la vapeur ?

Reste à savoir jusqu’où les températures vont augmenter et si l’Homme prendra les mesures nécessaires pour éviter le pire de la catastrophe climatique prédite par le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Ce qui ne pourra pas se faire sans un changement radical de nos modes de vie, de consommation et de production, peut-on lire dans son dernier rapport publié avril dernier.

Et ceci est d’autant plus pressant qu'"on est largement en avance par rapport au scénario le plus préoccupant", selon Pascal Mormal, météorologue à l’Institut royal de Belgique.

"Depuis 2015, on a connu dix vagues de chaleur en Belgique. On est dans une séquence tout à fait exceptionnelle puisqu’on a plus connu plus d’une vague de chaleur par été. Et ce scénario, on l’envisageait seulement à l’horizon 2050 précisément", nous a-t-il déclarés le 13 août dernier.

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