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Métiers méconnus de la Monnaie : "L’objectif, c’est de rapprocher deux mondes" pour Mirjam Zomersztajn

Mirjam Zomersztajn, la responsable du programme social de la Monnaie, il est impossible ne pas l’apprécier.

Dès le premier contact, son sourire bienveillant irradie la pièce, fait prendre conscience à son interlocuteur qu’avec elle, il n’y aura pas de chichis. Et qu’il n’est pas non plus question de parler de différences, quelles qu’elles soient. Responsable d’"Un pont entre deux mondes", le programme social de la Monnaie, cette jeune femme dynamique ne ménage pas ses efforts pour permettre à tout le monde d’avoir accès à la culture.

"Mon travail est multiple, commence-t-elle. Le programme social dont je m’occupe recense toutes les activités que réalise la Monnaie en faveur d’un public dit 'fragilisé' et qui est souvent très éloigné du monde de la culture. L’objectif de base, c’est donc de rapprocher ces deux mondes, d’ouvrir le spectre d’action afin de toucher un maximum de gens. Pour donner une idée très simple, assez schématique, il s’agit de mettre le public de la place de la Monnaie à l’intérieur de la Monnaie. Le programme existe depuis 1999. Dès que l’on parle d’opéra, il y a beaucoup de préjugés parce qu’on a le sentiment qu’il s’agit d’un art élitiste exclusivement réservé à certaines franges plus aisées de la population. Rien n’est plus faux : il suffit de venir à une représentation pour se rendre compte qu’il y a aujourd’hui un public très varié, que ce soit en âge ou en origines sociales."

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« Plus accessible que le théâtre »

Concrètement, les actions mises en œuvre par "Un pont entre deux mondes" sont à la fois multiples et particulièrement appréciées par celles et ceux qui en bénéficient de manière récurrente. "Durant le récent confinement, on a reçu énormément de SMS, de mails, de lettres manuscrites ou d’appels téléphoniques de personnes qu’on essaie de fidéliser dans la durée. C’est durant cette période difficile pour tout le monde qu’on s’est encore mieux rendu compte que le pont dont on parle est un pont qui se traverse dans les deux sens. On reçoit énormément et même beaucoup plus que ce que l’on donne aux gens. Quand tout s’est arrêté, on a davantage pris conscience que la culture n’était pas accessoire du tout, qu’elle est non seulement importante mais essentielle au bien-être de tous. Cela nous a fait chaud au cœur. De manière générale, je dirais que l’opéra est accessible par son contenu. C’est une histoire qui est racontée en musique avec ses décors, avec le chant, la voix. Je le trouve même parfois plus accessible au grand public que le théâtre par exemple, parce qu’on se laisse enchanter. C’est très intuitif cela procure d’intenses émotions."

L’importance de se sentir à l’aise

Et pour parvenir à toucher les gens, tous les gens, le programme social "Un pont entre deux mondes" n’hésite jamais à mettre les petits plats dans les grands, offrant à ses bénéficiaires une expérience à la fois unique et exceptionnelle. "On essaie de fidéliser notre public en travaillant énormément en amont avec différentes associations pour lui offrir les codes de l’opéra, pour permettre à chacun de se sentir à l’aise, poursuit Mirjam Zomersztajn. Pour ce faire, il y a trois axes de travail pour rendre cette culture accessible à un public qui peut être fragilisé médicalement, socialement et/ou économiquement."

Le premier axe concerne l’organisation d’une vingtaine d’ateliers de chant qui peuvent avoir lieu à la Monnaie même, dans des maisons de repos dépendant du CPAS, dans des centres de jour pour seniors ou même en prison. "A la prison de Louvain, par exemple, on est actifs depuis 2006 et même si cela peut paraître étrange, on y rencontre un certain succès. On a donc des prisonniers qui assistent à nos ateliers depuis une quinzaine d’années…"

Le second axe concerne l’accès à la programmation centrale de la Monnaie, essentiellement lors des pré-générales ou avant-premières, avec l’avantage de pouvoir installer les personnes fragilisées à de bonnes places, gratuitement. Cela représente tout de même un quota de 5000 places par an, qui trouve facilement leurs destinataires via un réseau de partenaires sociaux fixes et fidèles. "Le but n’est évidemment pas de les placer au 4e étage pour qu’ils se sentent à nouveau exclus. On veut leur donner de magnifiques conditions d’accueil et cela, on ne peut le faire qu’à ces moments-là puisque ces places (ndlr : qui peuvent atteindre 140 euros l’unité) sont réservées aux abonnés lors des représentations classiques."

Une institution fédérale qui appartient à tout le monde

Enfin le 3e et dernier axe consiste en une collaboration avec des ensembles de musiques de chambre ou de solistes de l’orchestre, des chœurs ou de l’académie des jeunes de la Monnaie, qui proposent des concerts très accessibles dans des maisons de repos, en prison ou parfois même à la Monnaie elle-même, au grand foyer. Dans ce cas-là, les personnes bénéficiaires sont traitées de la même manière que les spectateurs habituels puisqu’ils reçoivent un ticket sont accueillis par le personnel de salle en costume. "Dans ce cas comme dans les autres, chaque personne compte, il n’y a pas de différence entre les gens, ponctue Mirjam Zomersztajn. Le public ne sait pas qui est qui, ceux qui ont payé ou ceux qui sont invités. Le but, c’est de soigner leur intégration sociale par le prisme de la culture. Ce qui rend ce travail magique, c’est de voir le sourire des gens avant, pendant et après les représentations. On ressent une émotion incroyable quand on rentre dans la salle. La Monnaie est une institution fédérale et en ce sens, elle appartient à tout le monde…"

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