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« Métis, les enfants cachés de la colonisation » : témoignages de l’histoire sombre de la colonisation belge

Métis, les enfants cachés de la colonisation

Durant la colonisation belge, des milliers d’enfants métis furent victimes d’une ségrégation ciblée. Ils ont été cachés, enlevés à leur famille et exilés. Ce film raconte le parcours de plusieurs d'entre eux. Marqués à jamais, ils poursuivent la quête de leurs racines et de leur identité pour tenter de refermer les blessures d’enfance.

Métis, les enfants cachés de la colonisation : un documentaire poignant de Dominique Regueme à voir absolument dans Retour aux sources ce samedi 25 juin à 20h35 sur La Trois et à revoir sur Auvio

Témoins du documentaire "Métis, les enfants cachés de la colonisation"
Témoins du documentaire "Métis, les enfants cachés de la colonisation" Luna Blue Film

Le film s’ouvre par un discours de Charles Michel à la Chambre, alors premier ministre, présentant ses excuses au nom du gouvernement fédéral belge aux enfants métis et à leur famille pour les injustices et les souffrances endurées durant les années de colonisation. C’était en avril 2019. Ainsi, pour la première fois, un premier ministre belge adressait ses excuses à ces plusieurs milliers d’enfants nés dans les années 40 et 50 au Congo, au Rwanda ou au Burundi et arrachés à leur mère et à leur famille.

Un moment historique et un pas important même si les excuses n’effacent pas tout. Pour les témoins de ce film en tout cas, c’est le début d’une reconnaissance, d’une guérison peut-être. Ce film raconte le parcours d’Evariste et Lena, de Charles, François, Luc et Eveline. Soixante ans après les faits, toutes et tous racontent cette même douleur d’une enfance brisée par la séparation brutale, du même manque d’une mère tant aimée, de l’absence d’un père.  

Pour pouvoir faire son deuil, il faut accepter de retourner en arrière et de comprendre ce qu’il s’est passé " dit l’un d’eux.  Nés au Congo, au Rwanda ou au Burundi d’un père belge et d’une mère africaine, Lena, Charles et les autres ont été cachés et isolés par l’Etat, enlevés à leur famille, puis placés dans des pensionnats spécialisés. A la veille de l’indépendance, ils ont été exilés de force et arrachés ainsi définitivement à leur mère, à leur culture et à leurs racines, pour être expatriés vers la Belgique et adoptés dans des familles d’accueil. Tout au long du film, des récits bouleversants s’entremêlent et révèlent l’ampleur et les conséquences de cette ségrégation violente aujourd’hui encore si peu racontée.

Des témoins du documentaire "Métis, les enfants cachés de la colonisation"
Des témoins du documentaire "Métis, les enfants cachés de la colonisation" Luna Blue Film

Les récits commencent par les souvenirs de leur vie au pays d’origine. Une vie cachée pour ne pas porter un coup au prestige du colonisateur. Au fil des années, le pouvoir colonial a ordonné le placement de ses enfants. " Ma mère avait très peur que ses enfants lui soient arrachés. Tous les enfants métis devraient savoir ça : leur maman ne les a jamais abandonnés " raconte Lina. " Quand on est arrivé à l’orphelinat, j’ai pleuré pendant des semaines après ma mère avant de comprendre que je ne la verrais plus". Viennent ensuite les souvenirs d’une vie dure dans les orphelinats régnait une discipline de fer imposée par les soeurs à l’encontre de ceux qu’elles appelaient " les enfants du péché ".  Puis vint le moment de l’arrivée en Belgique, des familles éclatées et des fratries séparés, l’autorité coloniale ayant obligé les mères à signer un document autorisant leurs enfants à partir. 

Des années plus tard, ils racontent cette difficulté qu’ils ont eu à transmettre leur histoire à leurs propres enfants. Au fil des minutes, on sent toute l’importance et la puissance de ce film qui libère peu à peu une parole longtemps enfouie: le devoir de mémoire, casser le silence si douloureux d’une enfance brisée qu’il a fallu taire. Impossible de sortir indemne de ce documentaire nécessaire qui sort de l’ombre ces histoires volontairement effacées pendant si longtemps.   

Une production Luna Blue Film et Supermouches Production en coproduction avec la RTBF, Vosges TV, et Pictanovo

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