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Chroniques

Meurtre de Dean, la Belgique récidive avec les récidivistes

Les coulisses du pouvoir

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19 janv. 2022 à 07:04Temps de lecture3 min
Par Bertand Henne

L’affaire du petit Dean, quatre ans, tué par un récidiviste, endeuille la Flandre et la Belgique. Pour le politique c’est une affaire très sensible à gérer, car elle démontre une nouvelle fois toutes les faiblesses de notre système judiciaire.

Récidiviste

Le titre du quotidien le plus lu de Belgique résume bien le sentiment général : Het drama dat nooit had mogen gebeuren, le drame qui n’aurait pas dû se produire.

Dave De Kock, le kidnappeur et assassin présumé de Dean 4 ans, avait déjà été condamné pour coups et blessures ayant entraîné la mort d’un enfant de deux ans en 2010. Les sévices qu’il a fait subir à l’enfant et son absence de remords l’ont conduit à purger 10 ans de prison. Il n’a pas bénéficié d’une libération conditionnelle. Il est allé au bout de sa peine. Il a demandé plusieurs fois à être suivi par un psychiatre, mais faute de place et donc de moyens, il n’a pas été interné.

Ce que cette histoire met en lumière c’est une nouvelle fois le suivi des personnes condamnées après leur passage en prison. Le drame étant que si Dave De Kock avait pu bénéficier d’une libération conditionnelle, le tribunal d’application des peines aurait pu lui imposer un suivi psy. Mais quand on va à fond de peine, rien n’est prévu. Nous avons d’énormes problèmes à penser un système de justice au-delà de la prison.

Politique et Justice

Le ministre de la justice Vincent Van Quickenborne est dans une situation très inconfortable. Même s’il n’est ministre de la justice que depuis deux ans, le voilà comptable de son administration. Il souligne que depuis 2012, la mise à disposition du tribunal d’application des peines a été étendue, elle permet d’imposer des conditions de suivi après la peine de manière beaucoup plus large, par exemple ne plus entrer en contact avec des enfants, ou un suivi psychiatrique régulier. Dans certains cas, le tribunal d’application des peines peut même décider de la poursuite de la peine. Mais Dave de Kock a été condamné en 2010. Ce type de suivi ne pouvait donc lui être imposé rétroactivement.

Cette affaire sonne donc comme un nouvel échec pour le système judiciaire belge. L’écho est très puissant avec d’autres affaires du même genre qui ont profondément marqué la société belge. L’affaire Julie Van Espen, violée et tuée en 2019 le long du canal Albert à Anvers par un récidiviste qui attendait, libre, son procès en appel pour une affaire de viol. Un procès reporté faute de magistrats en nombre suffisant et faute de certaines pièces manquantes dans une justice qui n’était pas numérisée.

Le meurtre de Julie Van Espen, est intervenu à trois semaines des élections de 2019. Il avait pesé sur la campagne et sans doute poussé le score du Vlaams Belang.

En chien de faïence

Plusieurs responsables politiques avaient pointé des erreurs de la part du système judiciaire, en particulier le fait que le tribunal ne l’ait pas placé en détention préventive. Mais du point de vue du public la responsabilité du politique est engagée. Notamment quand le monde judiciaire hurle depuis des années à ne pas centrer toute la politique répressive autour de la prison. Quand il hurle aussi au manque de moyens. On se souviendra de l’interview de Jan de Codt, en 2016, président de la Cour de cassation qui déclarait craindre que la Belgique devienne un "Etat Voyou".

Dans cette fameuse interview il disait : "La Justice et l’Etat, c’est comme une feuille de papier", on ne peut pas déchirer un côté sans déchirer l’autre. En d’autres termes, "en disloquant sa Justice […], l’État perd sa légitimité". A près le meurtre de Julie Van Espen, dans les coulisses du pouvoir, on écrivait ceci : Qu’un pays comme la Belgique, qui a été à ce point bouleversée par l’Affaire Dutroux, puisse encore hésiter à tout mettre en œuvre pour que la Justice soit à la hauteur des attentes citoyennes est incompréhensible. Près de trois ans plus tard, c’est toujours aussi incompréhensible.

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