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Michael Jackson et la science du clip !

Michael Jackson et la science du clip !

25 nov. 2021 à 23:00Temps de lecture5 min
Par Frédéric Vandecasserie

    S’il n’est pas l’album le plus vendu de Michael Jackson (avec 32 millions d’exemplaires pour 42 à Bad et 86 à Thriller), Dangerous a par contre établi le record du disque dont ont été extraits le plus de singles, et donc de clips, avec 9 sorties sur 14 morceaux. Mais surtout, la plupart de ces vidéos ont fait école. Parce qu’elles ont été confiées à de grands réalisateurs, qu’elles ont fixés de nouveaux standards technologiques ou qu’elles ont invité de toutes grandes célébrités… voire, parfois, les trois à la fois !

    Des clips toujours novateurs

    Depuis la sortie du clip de " Thriller ", issu de l’album du même nom arrivé neuf ans avant Dangerous, on sait que le Sieur Jackson entretient une relation particulière avec le support vidéo, et ce pour le plus grand plaisir de la chaîne musicale MTV lancée en 1981, et qui diffusera ces clips jusqu’à plus soif. Les ingrédients du véritable court-métrage " Thriller " sont connus : une durée record pour ce genre d’initiative (la version longue de " Thriller " dure 13 minutes), un réalisateur qui a fait ses preuves aux commandes (là, c’était John Landis qui avait par exemple signé Les Blues Brothers), des effets spéciaux à gogo et des stars à tous les étages (Jam avec Michael Jordan, par exemple…). Bref, les nouveaux opus de Michael Jackson sont au moins aussi attendus pour leur musique que pour leurs images, faisant de Michael ce que certains ont nommé " l’artiste total".

     

    Un artiste total !

    Michael dans ses œuvres
    Michael dans ses œuvres Gie Knaeps/Getty Images

    Illustration parfaite de ce concept de l’" artiste total " avec le morceau qui annonce l’album : un " Black or White " qui coche toutes les cases ? Musicalement, ce mélange de rock, pop et rap percute immédiatement les oreilles chastes et les autres. Mais, plus que la musique, c’est le clip qui marque les esprits !

    Michael est partout!

    Réalisé par le cinéaste John Landis (qui a donc signé des films genre Les Blues Brothers mais qui a surtout commis le film phénoménal Thriller quelques années auparavant), le clip se décline en trois versions, en fait ! La " courte " dure 6 minutes, tandis que les deux " versions longues " culminent à 11 minutes chacune. Le clip sera diffusé pour la première fois (une des versions longues sera choisie !) simultanément dans 27 pays du globe le 14 novembre 1991. Bilan : une audience globale d’environ 500 millions de gens et la mise en avant d’une technique d’effets spéciaux toute neuve pour l’époque : le morphing. Puisque le clip réalise un véritable tour du monde en modifiant des visages de personnes de sexe, de couleur et d’origines différents.

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    La technique du morphing n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’elle avait déjà utilisée dans le film Terminator 2 quelques mois plus tôt. Par contre, c’est la première fois que l’on s’en sert dans une vidéo musicale. C’est sans doute cette utilisation technologique qui justifie en partie le budget du clip (1,5 million de dollars), l’autre partie de cette manne allant sans doute au défraiement du réalisateur-star mais surtout à celui de la star du casting en la personne de Macaulay Culkin (en pleine période de gloire vu que le carton Maman J’ai Raté l’Avion, où il tient le rôle principal, était sorti l’année d’avant) dans le rôle d’un jeune fan de Michael bien décidé à exploser les murs de la maison familiale à coups de décibels.

    Enfin, Michel lui-même et sa garde marketing rapprochée savent bien qu’un petit parfum de scandale vaut mieux que toutes les campagnes publicitaires du monde ! C’est ainsi que la version longue du clip montre M.J. danser en suggérant un acte ouvertement sexuel à la fin, et casser des vitrines de magasin comportant des tags signés par le Ku Kux Klan, par exemple. "Ça me bouleverse de penser que "Black or White" pourrait amener un adulte ou un enfant à adopter un comportement destructeur, sexuel ou violent. J’ai toujours essayé de jouer un rôle de modèle. Je regrette profondément toute conséquence néfaste qu’a pu avoir la partie finale du clip sur les enfants, les parents ou les téléspectateurs," déclare Michael un rien plus tard, avant de sortir une version du clip amputée du passage des graffitis (mais pas des allusions sexuelles) qui, elle, passera partout et tout le temps.

    Michael et Murphy sont dans un bateau…

    Avec son ami Eddie
    Avec son ami Eddie Jeff Kravitz/FilmMagic / Getty Images

    La technique du people façon tête de gondole sera réutilisée dans le deuxième morceau extrait de l’album deux mois plus tard. Cette fois, pas de Culkin mais un couple Eddie Murphy/Iman (madame David Bowie, donc !). Murphy campe un pharaon (Iman étant donc épouse) que Michael est censé divertir. Ce "Remember the Time" se joue dans des décors rappelant l’Egypte ancienne à coups d’incrustation d’images et d’effets spéciaux, une fois de plus, jamais vus pour l’époque. Un extrait des coulisses du tournage est diffusé par MTV, où l’on voit Eddie Murphy demandant à Jackson ce qu’il pense de Prince. Et Michael de répondre placidement : " Il est très fort mais je peux le battre. ". On ne saura jamais si cette scène a été théâtralisée ou si elle a vraiment été captée sur le vif, mais il est en tout cas très clair qu’elle marque bien la compétition qui régnait à l’époque entre le Roi de la Pop et Sa Majesté Pourpre.

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    Guéguerre princière

    Sur scène avec Slash
    Sur scène avec Slash Gene Shaw/ Getty Images

    Et s’il y a une chose de laquelle Jackson a toujours été un brin jaloux de Prince, c’est l’apparente facilité de ce dernier à s’entourer en permanence des plus belles filles de la planète. Raison, visiblement, pour laquelle Jackson apparaît avec le mannequin Naomi Campbell dans le troisième clip extrait du disque : " In The Closet ", où il entraîne la dame dans une danse pour le moins sensuelle dans une hacienda sur fond de région aride, le tout filmé par Herb Ritts, surtout photographe devenu célébrissime pour ses portraits de stars (de Cindy Crawford à Madonna en passant par Mylène Farmer). Loin des effets spéciaux et du kitsch affichés par le clip précédent, ici, tout n’est que langueur et esthétique. Jackson prouvant à la terre entière qu’il savait aussi faire dans le (très) beau et le simple sans en rajouter des tonnes.

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    La technique consistant à s’entourer de vip’s devant (" Give In To Me " avec Slash) et/ou derrière la caméra (" Who Is It " clippé par le cinéaste David Fincher qui termine Alien 3 en même temps), à multiplier les effets spéciaux ("Jam" où Jackson apprend l’art du Moonwalk à la star de la NBA Michael Jordan et où ce dernier l’initie au basket à coups de "dunks" vertigineux et trop bien exécutés pour être honnêtes), ou à rajouter un soupçon de guimauve ("Heal the World") servira de fil conducteur aux 9 titres extraits de Dangerous.

    A la sortie du "toaster"
    A la sortie du "toaster" Pete Still/Redferns

    Ground control to Michael…

    La tournée qui suivra, le " Dangerous World Tour ", s’étendra de juin 1992 à novembre 1993 (avec un arrêt à Werchter le 22 juillet 1992). Là aussi, les effets spéciaux sont rois, dont, surtout, le " toaster " ainsi baptisé par Jackson lui-même, à savoir le système lui permettant de faire son entrée en étant propulsé depuis le dessous de scène. De plus, chaque chanson ayant fait l’objet d’une vidéo donne à voir des extraits ou des évocations des clips en question. " Après "Thriller", nous avons vu les vidéos devenir plus sophistiquées – avec plus de scénarios et une chorégraphie beaucoup plus complexe. Dans ce registre, les clips issus de Dangerous n’ont pas dérogé à la règle, loin de là ", a ainsi déclaré l’ancienne dirigeante de MTV, Nina Blackwood, à " Rock & Folk ".

    John Landis, qui a donc souvent collaboré avec Jackson, expliquait, lui, à " BFM TV " en 2018 : " Sur Black or White, j’étais là pour protéger Michael. Il voulait faire des choses qui étaient juste trop bizarres. Il voulait – et il l’a fait plus tard d’ailleurs – construire cette énorme statue de lui. Je lui ai dit : " Tu te prends pour Mussolini ? C’est quoi ces conneries ? " Il avait des idées tordues. " Mais souvent des idées en avance sur leur temps ! Faisant de ses clips de beaux films à regarder et non pas de simples outils promotionnels. " D’ailleurs, disait souvent Landis, s’il voyait ce que le clip est généralement devenu, il irait pleurer dans son coin… "

     

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