RTBFPasser au contenu
Rechercher

Jupiler Pro League

Michel Louwagie : "Je n'ai jamais rien touché sur un transfert"

11 sept. 2020 à 06:00 - mise à jour 11 sept. 2020 à 07:10Temps de lecture7 min
Par Erik Libois

Chaque année, il postpose sa retraite… car il faut former les successeurs. Avec Ivan De Witte, le Directeur Général buffalo a redressé La Gantoise pour en faire le plus gros concurrent de Bruges cette année… sur papier, puisque la saison buffalo a bien mal débuté. Il évoque Jonathan David, le Covid-19, Jérémy Doku, les JO de Tokyo, Laszlo Bölöni, le 2e mercato de septembre et Kevin De Bruyne. Mais aussi les 20 briques de Moses Simon, Jess Thorup, ses bonus annuels, Patrick De Koster, la Beneligue et Bryan Ruiz. Et bien sûr son image de requin sans pitié... Michel Louwagie passe " Sur Le Gril ".

Après la trêve internationale, c’est (déjà) un nouveau championnat qui débute : c’est du moins ce que les Gantois espèrent, après une entame complètement loupée. Ce week-end marquera aussi le retour du public dans les stades… tandis que s’est ouverte la deuxième fenêtre mercato, permise par l’irruption du Covid-19.

Si rien ne change d’ici janvier, notamment avec l’attente du fameux vaccin, cette crise sanitaire nous coûtera… 15 millions d’euros ! " calcule rapidement Michel Louwagie, le DG gantois. " Et nous avons de la chance, par rapport à d’autres, d’avoir une très bonne trésorerie… Nous, on n'a pas d'actionnaire qui va directement au portefeuille pour boucher les trous ! Je ne vous cache pas que, comme tout le monde, je suis inquiet et que je vis l’une des périodes les plus délicates de ma carrière. Mon expérience me permet de garder mon calme, mais ce virus bouleverse tout. Avec le testing, chaque matin on se demande qui va être positif : chez nous, on a eu Niangbo… et maintenant Vadis Odjidja. Et avec ces contaminations en équipe nationale, ça complique aussi les relations entre clubs et sélections… Il y a aussi ce mercato qui vient tout fausser : en fait, cela fait 3 mois que le mercato dure… et en janvier, ça recommence ! Je comprends qu’il faut adapter les calendriers vu tous les retards accumulés… mais là, c’est exagéré ! D’ailleurs on constate qu’il y a très peu de transferts ! Les clubs sont aux abois financièrement… et ce serait la panique si nous avions cette année en Belgique 2 ou 3 clubs relégués : avec un seul descendant direct, les clubs restent finalement sages et prudents. "

" Bölöni est un coach moderne ! "

Avant même ce mercato ouvert jusqu’au 5 octobre, La Gantoise a été le premier club à activer la fameuse guillotine : Jess Thorup, pourtant artisan d’une 2e place et d’un joli parcours en Europaligue, n’a pas survécu au 0 sur 6 initial.

Vous me dites deux défaites… mais ce sont quatre en fait : il avait perdu les deux derniers matches avant l’arrêt du championnat, dont le 1-4 face à Charleroi qui a fait très mal ici. Cela fait des mois que l’on sentait la grinta disparaître dans l’équipe et il fallait réagir. Jess est un gentleman mais il est peut-être allé trop loin : sa porte était toujours ouverte pour les joueurs, mais à un moment donné, il faut serrer la vis. Avec Laszlo Bölöni, nous avons retrouvé cette poigne et cette organisation défensive qui était l’autre handicap de Thorup. Et contrairement à ce qu’on dit, Laszlo n’est pas un coach du passé : il a été champion avec le Standard et le Sporting Lisbonne en développant un jeu chatoyant. Son image est faussée car à l’Antwerp, il dû construire et stabiliser l’équipe : en venant de D1B, il était normal que le Great Old joue plus défensivement. Ses méthodes sont tout à fait modernes : notre préparateur physique, qui enseigne à l’Université de Gand, me l’a encore confirmé cette semaine. "

" Si on n’est pas champion, je ne dormirai pas plus mal… "

Reste à rallier le vestiaire : les déclarations de Roman Yaremchuk (" On pratique un football de 2e division… ") ont jeté un froid dans le bureaux dirigeants de la Ghelamco Arena. Car cette saison, les ambitions sont grandes. Et hautement proclamées.

Qui va être champion ? C’est trop tôt pour le dire… " répond, sibyllin, Louwagie. " Mais c’est vrai, on a recruté pour viser haut : on veut concurrencer Bruges… mais si on n’est pas champion, je ne dormirai pas plus mal pour autant. Et si on l’est, je ferai la fête mais je ne plonge plus dans la Lys comme il y a 5 ans… Je l’ai fait une fois, ça suffit comme ça ! (rires) J’ai dit en début de saison, qu’hormis Bruges, personne ne nous était supérieur, ni Anderlecht, ni le Standard, ni Genk. Je répète ces propos… mais ils sont confirmés par nos résultats depuis 5 ans, au niveau belge comme européen ! Nous ne sommes pas assez reconnus pour nos performances, mais je ne nourris pas pour autant un complexe de frustration. Je reconnais que l’Histoire joue contre nous : Anderlecht, Bruges et le Standard sont les 3 grands clubs traditionnels de chaque Région. Dépasser Bruges dans les 5 ans ? Ca me semble difficile tant le Club a pris de l’avance sur tout le monde… mais pourquoi pas après ? "

" En Belgique, on doit être plus arrogant ! "

Premier chantier à organiser : remplacer efficacement Jonathan David, dont l’ombre plane toujours dans l’effectif buffalo. Et dont surtout les statistiques hallucinantes de l’an passé manquent cruellement au rendement local.

Cela ne sert à rien de parler du passé. En football, hier ne compte pas, seul compte demain… et c’est très bien comme ça : cela permet en permanence de rebâtir. David est forcément le coup le plus juteux de ma carrière à Gand, même s’il était arrivé chez nous en test. Le transfert qui me rend le plus fier est celui de Bryan Ruiz, que je suis allé chercher moi-même au Costa Rica et qui reste mon chouchou… d’autant que j’étais moi-même ailier gauche quand je jouais, ado, au Cercle de Bruges. Puis j’ai arrêté le foot car c’était incompatible avec la natation (NDLA : Louwagie était le meilleur dossiste belge au début des années 70). Pour revenir à David, sa vente à Lille pour 32 millions d’euros est un message pour tous les dirigeants belges : nous avons été fermes… et je trouve que nous devons mieux vendre nos meilleurs joueurs, car notre championnat est de grande qualité. Nous devançons les Pays-Bas avec notre équipe nationale et en Coupes d’Europe… mais les clubs hollandais vendent leurs joueurs plus chers que nous ! Ce n’est pas normal et ça me frustre : en Belgique, nous devons être plus arrogants. Quand j'ai dit que je visais 20 millions pour Moses Simon, tout le monde s'est moqué de moi... mais aujourd'hui nous y sommes ! C'est aussi pour ça que je plaide à fond pour une future Beneligue... mais avec un programme qui n'oublie pas les soi-disant "petits" clubs, via la Coupe de Belgique par exemple. Car on a besoin de tout le monde !"

" Les agents, c’est surtout pour bien vendre "

C’est d’ailleurs la réputation de Michel Louwagie : être un véritable tueur à la table du négoce. Bienvenue dans la jungle, sans foi ni loi, du ballon rond.

On me présente souvent comme un homme d’argent, c’est vrai, mais j’ignore d’où ça vient… Vous savez, à mon âge (NDLA : il a 64 ans), on ne lutte plus contre les réputations. Je me vois plutôt comme un gars jovial, mais c’est vrai que je défends mon club contre vents et marées : après tout, je suis payé pour rentrer un bilan équilibré chaque année ! En fin d’année, je touche des bonus sur mes résultats de fin d’année… mais je n’ai jamais rien pris sur un transfert ! Si j’aimerais avoir un chef comme moi ? Vous savez, je me suis beaucoup assoupli avec les années… et je suis aujourd’hui bien moins dur que je l’étais. Mais ce monde est une jungle et il faut survivre… Je travaille avec tous les agents… mais les bons agents sont rares et c’est la raison pour laquelle on me voit souvent traiter avec les mêmes. Patrick De Koster est en prison, mais je ne connais pas le dossier. Je peux juste vous dire qu’on aurait bien aimé garder Kevin De Bruyne quand il était chez nous (rires). Mais nous n’en avions pas les moyens à l’époque car le club était en plein restructuration. On me taxe aussi souvent de pro-Mogi Bayat : je ne connais pas le fond des dossiers judiciaires à son encontre, mais je n’ai jamais eu de souci. Entre lui et moi, tout est clair ! N’oubliez pas qu’aujourd’hui, le métier d’argent, ce n’est plus tellement amener des joueurs, mais surtout bien les revendre ! Et dans ce domaine, Mogi est très fort. Mais heureusement, une nouvelle génération d’agents est en train d’apparaître : on va clairement vers un assainissement du milieu. "

" Si je perds le vendredi, mon week-end est fichu… "

On lui propose notre petit jeu habituel pour dirigeants : il dispose d’un budget libre, quels sont les 3 joueurs qu’il recrute en Belgique pour sa chère Gantoise ?

Question difficile… (Il réfléchit quelques secondes) Je dirais Jérémy Doku, Zinho Vanheusden et Hans Vanaken. Vanaken est pour moi le prototype du vrai joueur de club : il s’identifie à ses couleurs, il s’inscrit dans la durée et dans la culture du club qui l’emploie et on peut construire une équipe autour de lui. "

On lui demande ce qu’il choisit entre un long parcours en Champions League (La Gantoise reçoit le Rapid Vienne, mardi, au 3e Tour Préliminaire) comme en 2015-16… ou un titre de champion de Belgique en mai 2021 de saison : " Les deux ! " fuse la réponse du gourmand. Et un titre olympique à Tokyo pour un nageur belge ou les lauriers nationaux pour son club de foot ? " Tout pour le foot ! Les piscines, c’est fini pour moi… " (NDLA : récemment, il était encore Président de la Fédération de Natation).

Le 1er janvier prochain, le DG gantois aura 65 ans : l’heure de la retraite va-t-elle sonner ?

Ce n’est pas simple comme situation : Ivan De Witte et moi, on forme un solide duo et il y a 15 ans, on a sauvé ce club de la faillite. Il faut assurer notre succession… mais contrairement à ce que certains disent, je ne m’accroche pas à mon fauteuil. Je serai content de lever le pied, car ce métier use… Ma femme me dit souvent que revenir régulièrement du travail à minuit passé n’est plus de mon âge. Mais je n’ai pas peur de m’ennuyer : mon petit footing, prendre du bon temps, ce sera extra. Aujourd’hui déjà, quand on gagne le vendredi soir, je passe un week-end délicieux… Par contre si on perd, mon week-end est fichu… Je suis un compétiteur dans l’âme, et je ne changerai plus. " (rires)

Articles recommandés pour vous