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Jam

Mild Orange, une dream pop nomade et sans artifices

19 févr. 2022 à 10:50Temps de lecture7 min
Par Diane Theunissen

Dès la première écoute, certains albums coulent de source et vous emmènent exactement là où vous aviez envie d’aller. C’est le cas de Looking for Space, le troisième opus nostalgique et décomplexé du quatuor néo-zélandais Mild Orange : se moquant des normes et de toute trace de conformité, Josh Mehrtens (chant, guitare et production), Josh Reid (guitare), Tom Kelk (basse) et Jack Ferguson (batterie) nous invitent à les rejoindre dans une balade introspective, un voyage contant les différentes phases de leurs vies de jeunes adultes et les réflexions qui en découlent. Rencontre.

Salut les gars ! Félicitations pour la sortie de votre troisième album. Comment est-ce que vous vous sentez par rapport à cet événement ?

JM : Super ! Ça fait du bien d’enfin partager l’album avec le public, et de voir que ça leur plait. On a reçu de très bons feedbacks, c’est cool.

Dans quelles conditions avez-vous écrit et enregistré ce projet ?

JM : On a travaillé dans six endroits différents, dont l'un était un studio professionnel, oui. On a aussi eu la chance de se retrouver dans des résidences secondaires, des maisons de vacances que nous transformions en studio d'enregistrement pour un mois ou plus et où nous vivons. On est très influencés par l'environnement dans lequel on se trouve, les paysages qui nous entourent et ce qui se passe dans nos vies. Avec la pandémie, on a essayé de prendre notre temps et d’identifier la direction que nos vies allaient prendre. On avait 25 ans quand on a écrit l'album, on avait la liberté de se poser des questions, de se demander ce qu'on allait faire de nos vies. Une grande partie de l'album est consacrée à cette prise de conscience, à toute une énergie qui nous a explosé au visage quand on s’est enfin retrouvés tous les quatre. Évidemment il y a eu beaucoup de moments où nous ne pouvions pas être ensemble, mais nous nous sommes retrouvés pour ces sessions d'écriture. En arrivant au Roundhead Studio, on s’est rendu compte qu’on devenait un peu trop grands pour ce son "bedroom", et qu’on devait abattre les murs pour être en mesure d'obtenir les spécifications de l'album.

Kenzie Pigman

Pour la première fois, vous avez enregistré une partie de l’album dans un studio professionnel, Roundhead Studio à Auckland. Quel a été l’impact de cette démarche sur votre musique ?

JR : La principale différence est que ça a rendu notre son beaucoup plus conséquent, beaucoup plus dense. Les enregistrements sont plus complets, et ont changé la direction de la production de Merth pour que l'album sonne vraiment plein, chaud et luxuriant. La batterie, en particulier, sonne beaucoup plus fort, ce qui contribue peut-être à rendre l'album plus dynamique. Il y a quelques titres comme "What's Your Fire" et “Aurora” où ça se ressent beaucoup.

JM : Dans le mixage, nous avons trouvé plus d'espace et c'est un peu ironique par rapport au titre de l'album, mais dans ces chansons, nous avons trouvé l’espace qu’il nous fallait pour nous adapter les uns aux autres. Évidemment, on a tous des influences différentes mais on a réussi à chacun trouver notre espace pour exister musicalement.

Cette approche nomade a-t-elle eu un impact sur votre musique ?

JM : Bien sûr. Comme nous n'allons pas toujours dans le même studio, l’environnement évolue et nous sommes alors confrontés à de nouveaux défis et de nouvelles surprises.

JR : Même dans la pièce en elle-même, il y a des sons différents, des équipements différents, je pense que l'endroit dans lequel on écrit a un rôle crucial dans notre musique et ce qui en ressort. Les premiers morceaux qu’on a enregistrés, “Aurora” et “What’s Your Fire?” – qui sont peut-être les morceaux les plus secs et énergiques – sont nés en hiver. Ensuite, sur la côte, on a travaillé sur “Oh Yeah” et “Hollywood Dreams”, donc des morceaux plus détendus qui reflètent une sorte de sensation côtière. Clairement, l’environnement dans lequel nous sommes joue un rôle très important.

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Il semble aussi qu'il y ait une très bonne cohérence tout au long de l’album, comme une chronologie musicale, mais aussi au niveau des thèmes abordés. Quel a été votre chemin de réflection ? Quel message aviez-vous envie de faire passer au public ?

JM : L’album est comme une photographie de différents moments de nos vies. Des hauts et des bas, des défis, des petites victoires, des bonnes choses qui se passent et aussi quelques moments difficiles. Je suis tombé gravement malade à la moitié de la conception de l’album et cela a également eu une influence sur quelques chansons. Cette période m'a emmené dans des endroits sombres, mais j'ai toujours essayé de rester optimiste et avec ce projet en particulier, j'essayais de m'élever et de me trouver dans ces moments sombres. Je pense qu'en ce moment, on vit une période assez difficile, la plupart des gens sont confrontés à des défis qui sortent de tous les côtés. Cet album arrive à un bon moment parce qu'il est édifiant et qu'il essaie de rendre le monde plus beau.

Vous aviez environ 25 ans lorsque vous avez commencé à travailler sur l'album. Pensez-vous que les chansons reflètent également votre transition vers l'âge adulte ?

JR : Ce travail contient beaucoup d’intuition, beaucoup de pensées qu’on va pouvoir emporter avec nous pour la vie et qui grandiront avec nous. En l’écoutant, je pense qu’on parviendra toujours à y trouver de nouveaux éléments, de nouvelles réponses. Tout au long de notre vie, nous serons capables d’écouter ces chansons et de trouver quelque chose de nouveau en fonction de la situation qu’on sera en train de vivre. Il y a eu tellement de moments différents lorsque nous avons enregistré cet album, il s'est étalé sur plusieurs années. Du coup on a eu beaucoup de temps pour la réflexion. Sur le moment, on ne comprend pas toujours ce qui se passe et à l'avenir, on peut y repenser et avoir une nouvelle perspective sur les choses. Avoir cette opportunité de reflexion pendant le processus de création a beaucoup aidé à développer des idées, à essayer de les comprendre et à les faire maturer tous ensemble.

En écoutant votre album, on parvient d’ailleurs à saisir cette atmosphère nostalgique. La musique vous aide-t-elle à vous reconnecter avec le passé ?

JM : Je pense que regarder en arrière vous aide à regarder en avant. Revenir sur les bons moments peut vous donner envie d'aller de l'avant.

JR : C'est quelque chose que beaucoup de gens nous ont dit, que nous avons un son nostalgique. Je ne pense pas que ce soit intentionnel, mais c'est quelque chose que nous faisons. Je ne sais pas trop d’où ça vient, mais c’est quelque chose que nous apprécions tous les quatre.

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Cette nostalgie se retrouve aussi dans vos clips, comme dans celui de “The Time of Our Lives”, où des skateboarders sillonnent les rues de Tokyo. La culture du surf et du skate vous influence-t-elle en tant que musiciens ? Est-ce une part importante de votre identité en tant que groupe ?

JM : Oui ! Je fais du skate et j'écoute beaucoup de musique en faisant du skate. Finalement, tout tourne autour de la ride : une grande partie de l'album parle d'un voyage, d’un chemin à prendre. Quand je me promène dans la baie ou que je fais du skateboard, cela m’influence beaucoup. À l’époque, toutes mes influences musicales venaient des vidéos de skate. Quand on fait du skateboard, on ne peut pas vraiment se permettre de penser à autre chose, parce qu'il faut se concentrer sur le béton, sur la ride, et faire attention à ne pas tomber de sa planche. Je pense que le skate peut t'amener à cet endroit spécial, comme la musique peut le faire.

JR : Jack, le batteur du groupe, est un grand surfeur et je pense que tout le monde en Nouvelle-Zélande a une relation forte avec l'océan. Nous vivons sur une île, donc même les gens qui ne surfent pas sont d'une certaine manière influencés par la culture du surf. C’est une grande partie de la vie de chacun.

Vous dites vous être fortement éloignés de votre son “bedroom”. Comment définiriez-vous votre nouvelle identité sonique ?

JM : On nous définit souvent comme un groupe dream pop ou shoegaze mais nous ne savons pas vraiment ce que nous sommes (rires). Nous faisons ce que nous faisons ! C'est harmonieux, accrocheur, mélodique aussi.

Kenzie Pigman

Quelle est la dynamique au sein du groupe ? Comment vous répartissez-vous les tâches ?

JM : On ne se divide pas vraiment le boulot, les idées viennent assez naturellement. J'écris les paroles et j'ai tendance à écrire les accords, à composer les chansons. Je les présente aux gars et nous les développons tous ensemble. Tout ce que vous entendez sur ce disque est le fruit d'une contribution de chacun d'entre nous. Chacun apporte des idées, il n'y a pas de marche à suivre, de formule ou autre.

Est-ce que vous vivez proches les uns des autres ?

TK : Nous vivons tous assez loin les uns des autres. Merth et Josh vivent ensemble tandis que Jack et moi vivons dans une autre ville. Donc l'idée était d'essayer de se retrouver au moins une fois par mois pour écrire, enregistrer, ou simplement passer un peu de temps ensemble. Ce qui était bien car cela signifiait que nous étions là avec un but, nous étions là pour réaliser certaines choses. Donc c'est comme ça que ça marche pour nous. Mais nous allons bientôt déménager à Londres tous ensemble, et je suppose que cela va changer notre dynamique.

JR : On a été assez proactifs en vivant dans des villes différentes, donc là je pense qu'on va être méga productifs (rires).

Quelles ont été vos inspirations lors de la conception de cet album ?

JR : Radiohead a été une grande inspiration. J'ai beaucoup écouté leur album In Rainbows, et je pense que c'est assez inspirant.

JM : Les environnements ont été très inspirants pour nous aussi. Le fait d'être dans ces maisons où il n'y a personne autour de nous, où nous pouvons faire autant de bruit que nous le voulons, nous ne sommes pas entourés d'autres personnes et nous regardons juste ce magnifique paysage.

Quel serait le cadre idéal pour écouter Looking for Space pour la première fois ?

JM : Je pense qu'il faut aller d'un point A à un point B. Quelque part où vous voyez des choses passer, et où votre environnement change. Donc peut-être dans un train, ou en voiture. Oui, c'est ça : dans une voiture, en arrivant dans la ville, en allant très vite (rires).

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Looking for Space, c’est un album nomade aux allures de caméléon, où chaque endroit, chaque ambiance et chaque souvenir prend tout son sens. À écouter encore et encore !

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