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Mons : la médecine digitale enseignée sur les bancs de l’université

Des étudiants inscrits dans ce nouveau cursus

© Charlotte Legrand

23 sept. 2022 à 16:10Temps de lecture4 min
Par Charlotte Legrand

C’est une première en Belgique : une Chaire en Intelligence Artificielle et en Médecine Digitale. Elle est accessible aux bacheliers de l’UMons, inscrits en 3e année. L’occasion de sensibiliser les futurs médecins et leur ouvrir une "fenêtre sur demain". Sur quoi portent ces cours en intelligence artificielle ? Quelles applications concrètes peut-on en attendre ? Tentatives de réponse.

C’est avec pas mal d’espoirs, et tout autant d’interrogations, que les étudiants ont pris place dans l’auditoire, pour assister à leur tout premier cours d’intelligence artificielle et de médecine digitale. "En tant que futur médecin, on pense à ce que cela peut amener", nous explique Héléna. "Je crois que ce sera un complément : une aide dans les scanners, les radios, les diagnostics..." Ce qui motive Adam, c’est la perspective de repousser les limites de la médecine. "Malgré tout le bon vouloir du médecin, il existe encore des domaines dans lesquels il est impuissant. Inventer des techniques plus précises de chirurgie, pouvoir traiter des données en un temps réduit, ce sont des perspectives très intéressantes ! On y doit être sensibilisé le plus tôt possible car les médecins qui sauront utiliser ce genre d’outils seront plus à même d’offrir un diagnostic pour les patients, les autres risquent d’être largués".

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"Moi je rêve d’un outil très polyvalent pour tous les médecins", explique Charlotte. "Je veux devenir généraliste: je me dis que l’intelligence artificielle, ça pourrait aider les patients à trouver un généraliste, savoir où il y a encore de la place, quel temps d’attente il y a chez tel ou tel médecin. Je vois ça comme un outil, mais pour moi le médecin restera irremplaçable". De son côté, Naël n’a pas envie de "faire de la paperasse" à longueur de journée. C’est pourtant une des réalités du métier, poursuit Amandine. Durant son stage, elle a constaté à quel point les tâches administratives engloutissaient le temps des médecins. "Il faut tout justifier, remplir un tas de documents… Quelle perte de temps !" Leur rêve : qu’à l’avenir, cela se fasse automatiquement, via l’intelligence artificielle. 

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Installé au pupitre, le Docteur Giovanni Briganti (titulaire de cette nouvelle Chaire) expose aux étudiants les perspectives qu’offre l’intelligence artificielle aux médecins de demain. Non, elle ne remplacera pas les médecins. Mais oui, elle pourra être une aide au diagnostic. "Cela pourra faciliter le travail des radiologues, par exemple, qui doivent analyser de très nombreuses images par jour". Le monitoring, à distance, de patients plus "à risque": voilà une autre application qu’il met en avant. "Imaginons un service d’urgence avec un médecin urgentiste de garde la nuit, qui peut monitorer des centaines de patients qui se trouvent dans des homes à proximité, et détecter quand l’état de l’un d’entre eux se dégrade et qu’il faut envoyer une ambulance pour ramener ce patient à l’hôpital". L’aide "à la paperasse" est mise en avant, elle aussi. "L’intelligence artificielle pourrait aider les médecins en leur amenant directement les antécédents des patients, aider à la préparation des prescriptions, des certificats, rapports…"

Le Dr Giovanni Briganti
Le Dr Giovanni Briganti © Charlotte Legrand

Il sait que c’est une véritable plaie, à l’heure actuelle, pour le monde médical. "Le travail peut être extrêmement monotone ! Nous sommes quasi à l’opposé de l’image que renvoient les séries médicales comme Greys Anatomy ou Docteur House. Des études américaines montrent qu’au jour le jour, jusque 70-80% du temps est passé auprès d’un ordinateur, et non au chevet des patients. Cela mène à des burn-outs administratifs car c’est très frustrant pour les médecins". Pour lui, pas de risque de "remplacement" des médecins par des ordinateurs ou des robots : "au contraire, l’intelligence artificielle devrait permettre d’offrir plus de temps au médecin avec son patient. Le but est de rapprocher médecins et patients, en leur permettant de se rencontrer au bon moment, et pour la bonne tâche". Le jeune docteur y croit dur comme fer : en matière d’intelligence artificielle au service de la médecine, "nous avons le pouvoir d’être leader au monde !".

Le secrétaire d’Etat Mathieu Michel
Le secrétaire d’Etat Mathieu Michel © Charlotte Legrand

Présent au lancement de la Chaire, le secrétaire d’Etat à la Digitalisation abonde dans le même sens : "Il est primordial que la médecine embrasse la révolution digitale et l’intègre dans l’ensemble de ses applications. Pour notre pays, je veux que n’importe qui dans le monde sache que, s’il veut être le meilleur en santé digitale, la Belgique est l’endroit où aller. Aujourd’hui, dans le classement européen de digitalisation, la Belgique a une lacune : on ne forme pas assez de personnes à la pointe en digitalisation. Au plus on forme de personnes dans ce domaine, au mieux c’est !". Dans le secteur médical, la question de la digitalisation suscite toujours des réticences. "Les données médicales sont des données sensibles, au même titre que les données bancaires. Mais si on arrive à bien les protéger et à garantir la vie privée des gens, ces données peuvent avoir un impact immense : sur la santé des gens mais également sur notre système économique. Si on sait détecter des maladies, des cancers de façon beaucoup plus précoce, les coûts de prise en charge seront aussi moins élevés. Cela a un impact sociétal et économique", conclut le secrétaire d’Etat.

Ce projet de Chaire sera actif durant 5 ans. Il a été mis sur pied en partenariat avec RMN, un groupe de presse médicale. La Chaire coordonne également un certificat interuniversitaire, organisé en commun par l’ULB et l’UMons. Il s’adresse aux professionnels de la santé, qui souhaitent se former aux bases du numérique dans le domaine médical (inscriptions clôturées).

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