Jam

Moogisha : Toutes les routes mènent au Mont des Arts sur un air de guitare

© Moogisha

12 sept. 2022 à 11:26Temps de lecture6 min
Par Rémy Nakhla

Quelques riffs de guitare électrique maîtrisés à la perfection, une envie de création et de partage avec celles et ceux qui aiment sa musique, voilà comment introduire le monde de Moogisha. Après avoir montré ses talents dans de nombreuses covers, c’est, depuis cet été, sous forme d’un premier EP que l’on peut profiter de la musique de Moogisha. "Every Road" se compose de quatre titres entre néo-soul, hip hop et influences rock. À cette occasion, Jam a reçu Axel alias Moogisha en studio.

Loading...

Salut Moogisha, comment introduire ton univers, ton parcours ?

Alors, moi c’est Moogisha, originaire du Rwanda, je suis arrivé en Belgique il y a 10 ans. J’étais arrivé pour faire des études à Louvain-la-Neuve et quand j’ai terminé (même si ça a été long), je suis rentré au Rwanda pour travailler mais je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais. Du coup, j’ai décidé de tout plaquer, recommencer des études d’ingénieur du son et de me lancer à fond dans la musique. Et là maintenant, ça fait 3 ans que je suis très actif sur la scène bruxelloise, une ville que j’adore et j’espère pouvoir continuer à faire ça le plus possible.

Comment tu es arrivé à créer tes propres sons, à faire pousser un EP ?

Le truc c’est que moi, comme tu le sais, je suis guitariste et à la base je m’amusais à faire que des covers. Ça allait de Nirvana à Coldplay en passant par System of à Down, tous les grands classiques. Puis je suis arrivé à un stade où j’étais lassé par le fait de faire que des reprises donc j’ai voulu composer. Je n’avais pas assez la confiance pour me dire "aller je vais pouvoir composer de la musique à moi" mais je me suis lancé. Ma première composition était très simple mais j’en étais très fier puis j’ai commencé à adorer ça. Je me suis un peu renseigné sur la meilleure façon de me lancer et beaucoup m’ont conseillé de passer par l’EP. Ça m’a pris du temps car j’étais trop perfectionniste, des années avec les études entre tout ça. Mais là je me suis dit qu’il fallait que je sorte un EP sinon ça n’allait jamais commencer et voilà je suis très fier d "Every Road".

Loading...

Tu es guitariste, tu as fait beaucoup de covers d’un certain Tom Mish et pour rentrer dans la découverte de ton EP, on peut dire que l’on sent pas mal d’influences de cet artiste anglais. Est-ce que ça a été une sorte de modèle pour toi ?

Totalement ! Franchement, ce n’est pas la seule inspiration mais sur les 3 dernières années ça a été la principale. Pendant le confinement il a sorti un album que j’ai poncé vu que j’avais du temps. J’ai appris tous ses accords et j’ai pas mal regardé les vidéos qu’il faisait où il donnait des conseils. Si je joue comme je joue aujourd’hui, c’est grâce à lui en partie.

Loading...

Comment tu décrirais cet EP, "Every Road" musicalement, sur ses influences, sur l’image qu’il reflète ?

En fait c’est très simple, pour décrire ce premier EP, tu pourrais te référer à son titre, "Every Road". Quand les gens vont l’écouter, ils doivent se dire, "ok, il y a plusieurs influences, il y a de la soul, du jazz, du RNB, du rock". Ce que j’ai voulu faire, c’est explorer ces différentes routes mais en faisant en sorte qu’elles soient reliées entre elles. L’élément qui les lies entre elles, ce sont ces petites notes de guitare que je place à gauche, à droite.

Pour parler du titre éponyme à l’EP, tu peux me raconter un peu son histoire ?

J’étais posé en studio avec un ami producteur, Carlos (d’ailleurs bonjour à lui s’il lit ceci). Je traversais une période personnelle assez compliquée et à côté de ça, ça n’avançait pas très bien musicalement parlant. Un jour je reçois un message de Carlos justement, que je ne connaissais pas encore à l’époque qui me demande si j’étais chaud d’aller en studio. Il s’est trouvé que ça a été la meilleure session studio de ma vie. Quand ça ne va pas je plonge dans la musique et là j’ai commencé à sortir des mélodies, des riffs de guitare et tout, incroyables que je n’avais jamais sorti. On a fait vraiment différents styles dans cette session, différents univers et c’est là que m’est venue l’idée d'"Every Road", d’un premier titre pour donner un EP. Le titre vient d’une boucle que j’ai faite avec lui, qu’on n’a pas poussé plus loin mais à la maison je la réécoutais et je me disais qu’il fallait en faire quelque chose, "c’est une putain de boucle" !

Dans l’EP il y a aussi une chanson en featuring avec Dalliance au chant, comment tu partages ta musique avec une autre artiste, comment tu gères les featurings ?

Là en l’occurrence c’est elle qui est venue avec l’idée de base du titre "I Took Too Long" parce qu’elle est chanteuse mais elle joue aussi du piano. Elle avait déjà une suite d’accords. Même si j’ai fait la prod, j’ai peaufiné sa maquette. Sinon, c’est vrai que je n’ai pas encore beaucoup de collaborations, au début je voulais vraiment me concentrer sur moi-même et ce que j’étais capable de faire. Maintenant, j’ai passé beaucoup de temps à faire de la musique tout seul donc là j’enchaîne les sessions studio avec beaucoup de monde. D’ailleurs, une idée de projet que j’ai en tête c’est de faire un album collaboratif avec plein d’artistes, un peu à l’image de ce qu’a fait Calvin Harris dans un tout autre style.

Et pour rêver un peu, ma collaboration magique, de rêve, la collaboration ultime ce serait, vu ce que je sais faire, ce qui me compléterait le mieux, ce serait Di Angelo. C’est un chanteur qui m’a marqué. Le voir poser sa voix sur mes accords de guitare ce serait ultime.

Loading...

Avant de penser à la suite, de te demander comment tu vois le futur, je voulais revenir sur un élément qui te colle à la peau, un endroit, le Mont des Arts. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

Il représente tout, vraiment ! Si vraiment, tu me disais "quel est le lieu où tu voudrais aller une dernière fois avant de quitter Bruxelles ?" ce serait là, au Mont des Arts, je passerais toute ma soirée là-bas à contempler. En arrivant à Bruxelles je n’avais pas de notoriété et en voyant un artiste de rue en passant là, je me suis dit qu’il fallait que je fasse ça aussi. J’ai commencé à y faire beaucoup de concerts et c’est comme ça que beaucoup de gens me connaissent. Je suis aussi allé beaucoup à la place Poelaert, c’est deux lieux que je chéris énormément. C’est là que j’ai rencontré tous les musiciens que je connais maintenant. Et c’est un lieu de rencontres en général même d’amis.

Est-ce que justement tu as une anecdote qui t’a marqué là-bas ?

En tête j’en ai une dont je vais me souvenir toute ma vie. Un jour j’étais en train de jouer comme d’habitude, beaucoup de cover à l’époque. Une dame était venue et est restée super longtemps. J’ai joué une heure et demie et elle est restée hyper longtemps. Pendant tout le temps que je jouais elle m’encourageait, m’applaudissait, à fond dedans. A la fin elle vient et me tend un billet de 20€ en me disant, "franchement merci pour le moment que tu viens de me faire passer. Si je suis restée aussi longtemps c’est parce que j’avais un mari qui était guitariste aussi, qui adorait le rock classique comme toi et je suis sûre que s’il était ici à mes côtés, il aurait adoré t’écouter également". Et là elle a commencé à fondre en larmes, on s’est serré dans nos bras et c’était un moment très émouvant. Malheureusement je n’ai pas gardé son contact et je ne sais pas ce qu’elle est devenue. Tu vois vraiment le pouvoir de la musique, ça rapproche.

Après j’ai plein de moments de gens qui passaient une mauvaise journée et que j’ai pu aider un peu avec la musique, qu’ils viennent me dire ça. Aussi quelques cadeaux insolites, des choses marrantes comme du vin, des substances, une capote avec un numéro dessus… Mais c’était un faux numéro -rires- j’ai essayé. Il y a plein de moments sympa.

Après ces concerts de rue, mes endroits de rêve pour jouer ma musique ce serait au Botanique dans la rotonde à Bruxelles, chez moi et à Dour parce que mon public, ma communauté s’y retrouve et l’important c’est de partager avec eux.

Loading...

Pour la suite, qu’est-ce qu’il va se passer ? Un deuxième EP ?

Je suis très content du premier EP que je viens de sortir mais moi les sons que je sors comme ça, c’est un peu comme une photo. C’est une image du musicien que j’étais au moment de sortir le projet mais entre-temps je continue d’évoluer et même s’il y a des similitudes, j’ai d’autres approches, d’autres influences donc je ne suis pas à l’aise de laisser une "photo" de moi d’il y a quelques semaines. J’ai envie de montrer que ça bouge tout le temps donc j’ai hâte de ressortir des choses. La suite va être encore plus axée sur la guitare, j’aimerais lui donner une place encore plus centrale. Je prévois aussi des collaborations.

Sur le même sujet

Vieux Farka Touré & Khruangbin: Sous le soleil du Sahel

Jam

Articles recommandés pour vous