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Mort du chef d’Al-Qaïda : l’organisation terroriste est-elle toujours une menace ?

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02 août 2022 à 15:40 - mise à jour 02 août 2022 à 18:10Temps de lecture3 min
Par Blandine Rans

Al-Qaïda a perdu son chef dans la nuit de samedi à dimanche. Ayman al-Zawahiri a été tué par une frappe de drone américain en Afghanistan. Un nouveau coup dur pour l’organisation djihadiste, en difficulté depuis le décès d’Oussama Ben Laden en 2011 et l’essor de l’État islamique. 

Al-Qaïda en reconstruction en Afghanistan est une menace sur le long terme

Le retour des Talibans au pouvoir en Afghanistan offre une forme de protection à Al-Qaïda. C’est donc là que l’organisation djihadiste se reconstruit puisqu’elle est affaiblie, avec notamment moins de membres qu'il y a 20 ans.

Selon Thomas Renard, le directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme, elle reste une menace globale mais sur le long terme : "Al-Qaïda n’est pas aujourd’hui dans une phase offensive. Elle ne va pas chercher à commettre des attentats spectaculaires qui pourraient attirer l’attention et faire revenir une coalition internationale pour les chasser, elle et les Talibans, d’Afghanistan" explique-t-il.

Aujourd’hui, l’État islamique a davantage de capacités, de force de frappe et d’intention de nuire qu’Al-Qaïda

"Al-Qaïda est sans doute à court terme une menace moins grande que l’État islamique. Aujourd’hui, l’État islamique a davantage de capacités, de force de frappe et d’intention de nuire qu’Al-Qaïda" complète le chercheur associé à l’Institut Egmont.

Pour Didier Leroy, chercheur au centre d’études de sécurité et de défense, la menace du djihadisme global pour l'Occident et le monde reste très importante : "On est à un moment où on a l'impression qu'Al-Qaïda ne représente plus grand chose mais il faut garder à l'esprit que la pandémie et la guerre en Ukraine ont largement ombragé l'actualité liée au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord. Pourtant, ces acteurs sont toujours bel et bien présents." nuance-t-il.  

D’autres branches d’Al-Qaïda sont elles aussi en phase de reconstruction. Elles sont relativement actives mais représentent davantage un défi à l’échelon local ou régional : "Nous avons l’exemple avec Al-Qaïda en Somalie ou au Yemen par exemple. Ce sont des menaces à l’échelle locale, potentiellement régionale mais ce ne sont pas ces branches là qui représentent une menace réelle et sérieuse pour l’Occident. Mais cela implique évidemment que les Américains et les Européens continuent de les surveiller" complète Thomas Renard.

L’assassinat d’al-Zawahiri rend l’avenir d’Al-Qaïda incertain

Il est difficile de présager de l’avenir d’Al-Qaïda. L’assassinat de son chef n’est pas anodin.

"Au travers de sa neutralisation, on a une des figures susceptibles d'avoir un rôle de coordination des différences organisations locales qui disparait. Mais al-Zawahiri n'était pas non plus un leader très important. Il n'a pas su créer un grand engouement au sein d'Al-Qaïda" analyse Didier Leroy.

La transition dans un leadership est toujours compliquée : "Le futur chef va devoir s’affirmer auprès des membres d’Al-Qaïda en Afghanistan mais aussi par rapport à toutes les franchises d’Al-Qaïda partout dans le monde. Or, elles ont prêté allégeance à al-Zawahiri et non à Al-Qaïda. Ces organisations devront donc confirmer leur allégeance à l’organisation", indique Thomas Renard, le directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme.

Ce changement de chef pourrait donc affaiblir l’organisation ou, au contraire, la renforcer si le prochain leader est plus charismatique que son prédécesseur et reconstruit plus vite l’organisation.

C’est probablement le numéro 2 d’Al-Qaïda qui devrait succéder à al-Zawahiri. "C’est un homme relativement discret. On pourrait donc plutôt imaginer une continuité qu’une réorientation majeure", juge Thomas Renard.

Al-Qaïda protégée par les Talibans depuis leur retour au pouvoir

La mort d’al-Zawahiri est symbolique pour les Américains puisqu’il était impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001.

C’est aussi un signal envoyé aux Talibans : "Les Américains leur montrent qu’ils savent que les Talibans protègent certains leaders d’Al-Qaïda, que ce n’est pas acceptable selon les termes de l’accord de Doha, et que d’autres mesures pourraient être prises si les Talibans continuent de protéger des terroristes " affirme Thomas Renard.

Le chercheur fait remarquer que le retrait militaire d'Afghanistan l'été dernier laisse le champs libre à Al-Qaïda : "C'était prévisible. Il va falloir surveiller de très près voire accroître la pression sur les Talibans pour tenter de limiter cette recrudescence d'Al-Qaïda protégée par les Talibans".  

Sur le même sujet, au JT de 19h30 (2 août 2022) :

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