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Moscou n'envahira pas l'Ukraine "sauf si on nous provoque" mais voit encore une chance de compromis avec l'Occident

Le président russe Vladimir Poutine (D) et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en réunion à Moscou le 14 février 2022

© Alexei NIKOLSKY

14 févr. 2022 à 18:51 - mise à jour 14 févr. 2022 à 20:30Temps de lecture5 min
Par AFP

La Russie a jugé possible lundi un règlement diplomatique de la crise russo-occidentale autour de l'Ukraine et annoncé la fin de certaines manœuvres militaires. Entre-temps, dans un entretien au quotidien britannique The Guardian, l'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne a déclaré que la Russie "n'envahira pas l'Ukraine sauf si on nous provoque".

Signe que la situation reste explosive, le Pentagone a affirmé lundi que Moscou avait renforcé pendant le week-end son dispositif militaire aux frontières de l'Ukraine, où plus de 100.000 soldats sont massés depuis des semaines.

Alors que les craintes d'une invasion de l'Ukraine montent, le chancelier allemand Olaf Scholz a exhorté la Russie à saisir les "offres de dialogue" pour désamorcer cette crise qui a réveillé en Europe le spectre d'une guerre. En déplacement lundi à Kiev, il doit rencontrer Vladimir Poutine mardi à Moscou.

S'éloignant des déclarations offensives de ces derniers jours, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé lundi qu'il y avait "toujours une chance" de trouver un compromis.

"Nos possibilités sont loin d'être épuisées", a affirmé M. Lavrov lors d'une réunion avec M. Poutine retransmise à la télévision, proposant même de "prolonger et d'élargir" le dialogue.

"Bien", lui a laconiquement répondu le président russe, dont les intentions restent pour l'instant indéchiffrables pour les capitales occidentales.

Les Etats-Unis ne cessent de répéter qu'une invasion de l'Ukraine pourrait être imminente, mais Kiev s'est efforcé ces derniers jours de relativiser la menace.

Comme pour donner l'impression d'un d'apaisement, le ministre russe de la Défense a également annoncé lundi la fin de certaines manœuvres militaires, alors que les exercices aux frontières russo-ukrainiennes et au Bélarus nourrissent les craintes d'une escalade militaire.

"Des exercices ont lieu, une partie est terminée, une autre partie est en train de se terminer. D'autres se font encore étant donné (leur) taille", a dit Sergueï Choïgou à M. Poutine.

"Sauf si on nous provoque"

Malgré ces tentatives de calmer le jeu, le ton de l'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne ce lundi était très différent. Dans un entretien au journal britannique The Guardian, Vladimir Tchizhov a déclaré : "Nous n'envahirons pas l'Ukraine sauf si on nous provoque à le faire."

"Si les Ukrainiens lancent une attaque contre la Russie, vous ne devriez pas être surpris si nous contre-attaquons. Ou s'ils commencent à tuer de manière éhontée des citoyens russes de n'importe où - au Donbass ou ailleurs", a-t-il ajouté, en référence à cette région de l'est de l'Ukraine où les séparatistes pro-russes combattent les forces ukrainiennes depuis huit ans.

M. Tchizhov a averti qu'une "provocation" ukrainienne pourrait pousser le Kremlin à agir.

"Ce que je veux dire par provocation, c'est qu'ils peuvent organiser un incident contre les républiques autoproclamées du Donbass, les provoquer, puis les frapper de toutes leurs forces, provoquant ainsi une réaction de la Russie afin d'éviter une catastrophe humanitaire à ses frontières", a-t-il déclaré.

La Russie, qui a déjà annexé la Crimée en 2014 et soutient des séparatistes prorusses dans l'Est de l'Ukraine, a constamment nié toute velléité agressive.

Elle se dit à l'inverse menacée par l'expansion des moyens de l'Otan en Europe de l'Est et réclame des "garanties de sécurité", notamment l'assurance que l'Ukraine n'adhérera jamais à l'Otan.

Biden et Johnson pensent qu'il reste a une "opportunité pour la diplomatie"

"Il reste une opportunité cruciale pour la diplomatie" dans la crise actuelle autour de l'Ukraine, estiment le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Joe Biden qui se sont entretenus lundi par téléphone.

"Le Premier ministre et le président Biden se sont mutuellement informés de leurs récentes discussions avec leurs collègues dirigeants mondiaux. Ils ont convenu qu'il restait une opportunité cruciale pour la diplomatie et pour que la Russie renonce à ses menaces envers l'Ukraine", a indiqué un porte-parole de Boris Johnson à l'issue de cet appel. 

Les dirigeants ont répété qu'une incursion en Ukraine "entraînerait une crise prolongée pour la Russie, avec des dommages considérables à la fois pour la Russie et le monde". 

Ils ont souligné la nécessité pour les occidentaux de "rester unis face aux menaces russes, notamment en imposant un ensemble important de sanctions en cas d'escalade de l'agression russe", ainsi que "la nécessité pour les pays européens de réduire leur dépendance au gaz russe, une mesure qui, plus que toute autre, toucherait au cœur des intérêts stratégiques de la Russie.

Plus tôt dans la journée, Boris Johnson avait jugé une invasion russe de l'Ukraine possible "dans les 48 heures" et avait appelé le président russe Vladimir Poutine à s'éloigner du "précipice".

Les Etats-Unis pensent toujours que le président russe Vladimir Poutine n'a pas pris sa "décision finale" d'envahir ou non l'Ukraine, a affirmé lundi le Pentagone, à la veille d'un voyage du ministre américain de la Défense Lloyd Austin en Europe.

L'Ukraine veut toujours rejoindre l'OTAN

Du côté ukrainien, le président Volodymyr Zelensky a réitéré lundi que Kiev voulait rejoindre l'Otan afin de "garantir sa sécurité".

Les Occidentaux ont jugé les demandes russes inacceptables, mais ont proposé un dialogue accru sur d'autres sujets, comme le contrôle des armements. Lundi, M. Lavrov a jugé "constructives" certaines des propositions américaines.

En attendant d'hypothétiques progrès sur le front diplomatique, dans le sud-est de l'Ukraine, à proximité de la ligne de front avec des séparatistes prorusses, la population se mobilise dans la perspective d'une attaque.

"Nous creusons des tranchées dans lesquelles les soldats ukrainiens pourront facilement sauter et se défendre", explique ainsi à l'AFP Mikhaïlo Anopa, 15 ans.

Menaces de sanctions

A Kiev, aucun signe de panique n'était visible. Mais Iouri Fedinski, un musicien de 46 ans, a choisi de quitter l'Est ukrainien pour les Etats-Unis avec sa femme enceinte et ses quatre enfants.

"Nous les emmenons apprendre l'anglais dans une école américaine (...), une alternative à ce que Poutine voudrait pour l'Ukraine", a-t-il dit à l'AFP à l'aéroport de Kiev.

Lors de son déplacement dans la capitale ukrainienne, M. Scholz, qui n'a pas commenté les dernières déclarations russes, a mis en garde Moscou. "Personne ne doit douter de la détermination et de la préparation de l'UE" à réagir en cas d'attaque, a-t-il assuré.

"Nous prendrons des mesures de grande envergure qui auront des répercussions importantes sur les possibilités d'évolution économique de la Russie", a-t-il mis en garde. "C'est ce que je soulignerai demain à Moscou".

De son côté, M. Zelensky a estimé que le gazoduc controversé russo-allemand Nord Stream 2, qui permet de contourner le territoire ukrainien pour livrer du gaz russe à l'Europe, était une "arme géopolitique".

"Grosse erreur"

En outre, l'Ukraine a officiellement demandé à Moscou de s'expliquer sur le déploiement de nombreux soldats à ses frontières, conformément aux engagements que la Russie a pris dans le cadre de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dont une réunion est prévue pour mardi.

Les Etats-Unis, quant à eux, martèlent depuis des jours que l'armée russe pourrait envahir l'Ukraine "à tout moment" et nombre de pays ont appelé leurs ressortissants à quitter au plus vite son sol.

A cet égard, M. Zelensky a qualifié de "grosse erreur" la décision de certains pays, dont les Etats-Unis, de déménager leurs ambassades hors de Kiev.

Malgré les tensions, qui sont montées d'un cran la semaine dernière avec le lancement de grandes manoeuvres russo-bélarusses, Kiev s'est félicité lundi de négociations "positives" avec Minsk.

Dans une conversation téléphonique dimanche soir, le président américain Joe Biden et son homologue ukrainien avaient convenu de poursuivre "diplomatie" et "dissuasion" face à Moscou.

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