Tendances Première

Motiver les jeunes, c’est d’abord leur donner du feed-back constructif

Catherine Vanham publie 'Dis-moi comment apprendre', aux Editions Mardaga

© Editions Mardaga

06 déc. 2021 à 12:50Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

Les examens sont souvent une épreuve, tant pour les parents que pour les enfants. Certains jeunes ont des difficultés à gérer leur stress, d’autres ont des pensées négatives qui nuisent à leur concentration, quand ils ne se sentent pas désemparés face à la matière. L’attitude adoptée et la planification peuvent aider l’enfant à se détendre et à traverser cette période avec confiance. En tant que parent, comment l’aider à y arriver ? Comment le remotiver ?


Deux livres vous donnent des conseils avisés :
Du primaire au secondaire, les outils pour un passage réussi (Ed. La boîte à Pandore), de Sophie Vanden Plas, spécialisée en méthodologie d’apprentissage et organisatrice du festival Out of the books.

Dis-moi comment apprendre (Ed. Mardaga), de Catherine Vanham, orthophoniste-logopède et spécialisée en troubles neurodéveloppementaux.


 

Expliciter l’utilité de l’apprentissage

Tous les enfants ne naissent pas sous la même étoile au niveau des apprentissages, explique Catherine Vanham. Il y a des 'Obélix', des enfants qui sont tombés dans la marmite de potion magique scolaire quand ils étaient bébés, et qui, intuitivement, comprennent les implicites scolaires. Et puis, il y a les autres, les 'Astérix', tous ces enfants intelligents mais qui ont besoin d’autre chose, qui ont besoin de comprendre ce qu’ils font, pourquoi, comment, et à qui on doit expliciter les implicites.

"Relis, étudie, concentre-toi, sois attentif, essaie de comprendre, réfléchis, ce n’est pas compliqué, un peu d’imagination et ça ira : on leur flanque à la figure ces gestes mentaux, à longueur d’année, qui ne sont absolument pas explicités. L’accompagnement, c’est notamment l’explicitation, avec des moyens très familiaux, très simples, dans le langage de tous les jours, à mettre en place pour aider l’enfant à apprendre."

Dans la mémorisation, il y a trois grands projets de sens : redire à l’identique, mémoriser pour utiliser et mémoriser pour une réflexion ultérieure, ce qui est le plus compliqué. Il est très important de prendre le temps d’expliciter à l’enfant ce qu’on attend de lui dans cette mémorisation et de ne pas laisser systématiquement ce travail se faire à la maison. Au risque que l’enfant soit démotivé parce qu’il ne voit pas l’utilité, le sens de l’apprentissage.

Réapprendre l’attention

Les enseignants sont de plus en plus attentifs à expliquer les objectifs de savoir, de savoir faire, de savoir être. L’échange enfants-parents, la discussion pour trouver du sens, sont également essentiels lorsque l’enfant se pose la question : à quoi ça sert.

Le problème de l’apprentissage est qu’on est dans une société qui nous happe sans arrêt, au niveau attentionnel, par des stimuli extérieurs - c’est l’attention exogène-. Les jeunes ont désappris à être attentifs avec cette attention endogène, c’est-à-dire : moi je décide, avec mon intention mentale, que cette info externe à moi devienne interne à moi.

"Il faut leur réapprendre ce geste mental d’attention, sinon ils attendent que ça rentre et ils sont paumés. Cela commence par les mettre en projet. Le projet est l’un des concepts essentiels de tout ce qui est métacognitif."

Traiter activement la matière

Il est important pour le parent de guider son enfant, d’élargir les possibilités et les outils, plutôt que d’imposer une manière de faire, souligne Sophie Vanden Plas. Plusieurs stratégies doivent être respectées pour effectuer le traitement actif de la matière, c’est-à-dire structurer l’information, la réorganiser. En utilisant le mindmapping par exemple ou les mots-clés, le sketchnoting, pour favoriser la mémoire visuelle. Faire un résumé, c’est une tâche complexe !

"Les jeunes ont tendance à vouloir aller vite, il faut qu’ils comprennent tout de suite. Mais la difficulté est vraiment souhaitable car elle est favorable à l’apprentissage. Elle oblige à trouver des stratégies pour la résoudre, qui font que, véritablement, on apprend."

Quelles stratégies mettre en place ?

Sur internet, une multitude de vidéos d’apprentissage peuvent aider les jeunes à aborder la matière d’une façon différente. On peut les comparer entre elles et avec le cours, pour en extraire l’essentiel. Catherine Vanham recommande souvent des vidéos canadiennes, pour l’accent savoureux. Dès qu’il y a de l’humour, on mémorise mieux.

Forest est une application intéressante sur les stratégies volitionnelles, c’est-à-dire sur les manières d’aller chercher la volonté, de se mettre au travail et de maintenir l’effort. Forest aide l’élève à se définir un timing de travail. On définit par exemple un timing de 40' et, pendant ce temps, un arbre pousse. Et si le jeune cède entretemps à la tentation de Facebook ou de TikTok, l’arbre meurt. L’appli aide ainsi les étudiants en secondaire ou en haute école à se cadrer et à se motiver. Au bout des 40', le travail est fini avec, comme récompense, un bel arbre dont on est responsable. Au bout du blocus ou des examens, une belle forêt a poussé !

Lever les yeux et regarder par la fenêtre est essentiel aussi pour entrer dans une dimension plus mentale, plus introspective, pour rentrer en réflexion. Il est important aussi de soigner son cadre de travail.

Avant tout, du feed-back constructif !

Un des premiers critères en motivation, c’est de mettre en avant ce qui va bien, la compétence. Cela va générer de la motivation et donner l’envie de poursuivre, de se réengager dans une tâche.

Les mauvaises notes, les remarques de bulletin pointent au contraire ce qui ne va pas, ce qui doit être transformé. Or, il est important de donner du feed-back constructif : trois choses positives pour une chose à améliorer. On met en valeur les succès, les réussites, le potentiel, pour générer chez le jeune le sentiment qu’il est capable de le faire.

"Attention à ce qu’on dit ! Parfois, dans les petites paroles, on peut générer un sentiment d’efficacité personnelle très faible. On m’a souvent dit : toi, tu n’es pas une matheuse. […] Cette parole a été très néfaste parce que je me suis dit : donc moi, je ne suis pas compétente en math. Et clairement, je me suis moins investie. […] Je n’étais pas moins matheuse que mon frère, mais à force de me l’entendre répéter, j’en ai été convaincue moi-même", explique Sophie Vanden Plas. Maintenant, elle part du principe que personne n’est pas matheux ! Le cerveau est plastique, on peut apprendre, à tout âge, tout ce qu’on souhaite, moyennant un peu d’effort.

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