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Mouloudji, le gamin de Paris

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25 janv. 2022 à 13:56Temps de lecture4 min
Par Viva+

Le 25 janvier 1969, l’auteur, compositeur, interprète et acteur français, Mouloudji est l’invité de la RTB dans l’émission " Qui êtes-vous ? ". La journaliste, Monique De Lannoy s'entretient avec l’artiste venu à la chanson un peu par hasard. Il a participé à la vie artistique d'après-guerre de Saint-Germain-des-Prés. Il interprète dans des cabarets du Boris Vian, Louis Aragon ou Jacques Prévert, et se fait surtout repérer avec sa chanson "Le petit coquelicot" dans les années 50. Si depuis il a fait du chemin, pour la journaliste cette chanson dont le thème est cette fleur modeste qui lui a valu de nombreuses récompenses est indissociable de l’image que le public se fait de Mouloudji. Ce qui n’a pas l’air d’agacer l'artiste malgré l’insistance de Monique De Lannoy.

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Marcel Mouloudji (1922-1994), French singer.

Marcel Mouloudji est né à Paris le 16 septembre 1922. Son père, Kabylle exilé d'Algérie et sa mère, femme de ménage bretonne offrent à leurs progénitures, Marcel et son frère André, une enfance quelque peu agitée dans les réduits de Belleville. Marcel n'a que 12 ans quand sa mère sujette aux crises de démence est internée. Toutefois, l'artiste gardera de sa jeunesse des souvenirs impérissables, grâce entre autres à l'idéologie transmise par son papa inscrit au Parti communiste. D'ailleurs, Marcel et son frère à la demande de leur paternel, rejoignent les Faucons Rouges, Mouvement de jeunesse s'inspirant des valeurs socialistes. Durant son adolescence, Marcel fréquente plus la rue que les bancs de l'école. Pour se faire un peu d'argent, il vend avec son frère des fruits et des légumes sur les places. Pas d'avenir brillant pour ces gosses? Pas si sûr. Grâce aux Faucons Rouges, Moulidji rencontre le groupe Octobre formé de jeunes talents coachés par Jacques Prévert, notamment. Ainsi, en 1935, repéré par le comédien Sylvain Itkine, il est présenté au metteur en scène Jean-Louis Barrault. Ce dernier l'héberge et lui permet de côtoyer des artistes progressistes comme Robert Desnos, Marcel Duhamel qui vont parfaire son éducation et le former à la culture littéraire. En 1936, Prévert lui confie des rôles au théâtre et au cinéma. Elève de Charles Dullin, Mouloudji entame une carrière dans le 7ème art. Une activité qui sera sa principale source de revenus jusqu'au début des années 50.

 

Les années de guerre

Durant la deuxième guerre mondiale, il se réfugie à Marseille, en zone libre comme la plupart des artistes. Il rencontre le chanteur Francis Lemarque qui l'incite à se mettre à la chanson. Très vite, il rentre à Paris et tout en pratiquant maints petits boulots, il chante au "Boeuf sur le toit". C'est là qu'il découvre les artistes du quartier de Saint-Germain-des-Prés, un monde qui lui inspire un ouvrage de mémoire alors qu'il n'a que 20 ans : "Enrico". En 1943, il épouse Lola, Louise Fouquet qui lui servira d'impressario jusqu'en 1969. Marcel Mouloudji s'intéresse à toutes les formes d'art. Très sollicité par le cinéma, il tourne dans "Boule de suif" de Cristian-Jaque en 1947 et dans "Eaux troubles" d'Henri Calef en 1949. En 1951, il commence à se lancer dans la chanson. Il fait ses premiers pas sur la scène de Bobino et sous l'impulsion de l'agent artistique patron du cabaret "Les trois baudets", Jacques Canetti, il enregistre "Comme un petit coquelicot". Cette chanson entraîne une pluie de récompenses dont le Grand Prix du disque en 1953. Idem pour le titre suivant : "Un jour tu verras", la chanson du film à sketches "Secrets d'alcôve" dans lequel, Mouloudji tient un rôle. 

Pendant la guerre d'Indochine, l'artiste pacifiste s'attire les foudres de la critique et des politiciens. Après la chute de Dien Bien Phu, son interprétation du Déserteur de Boris Vian provoque un scandale. Mouloudji fait l'objet de censures dans les stations radio. Mais tout s'arrange quand il écrit ses propres textes. En 1955, il est à l'affiche de l'Alhambra. C'est parti. La chanson occupe désormais la plus grande partie de son temps même si il apparaît encore au 7ème art, notamment dans le film de Pierre Chenal : "Rafles sur la ville". 

French Singer Marcel Mouloudji
French Singer Marcel Mouloudji © Tous droits réservés

Les années 60 riment avec naissance et renaissance. En 1960, Mouloudji est papa d'un petit garçon, Grégory. Un an après, allergique à la chanson commerciale, il fonde sa propre firme de disques, une coopérative. Hyperactif, Mouloudji se bat sur tous les fronts et si il s'adonne régulièrement à la peinture, il ouvre aussi un salon de coiffure. Il est vrai que l'artiste arbore une chevelure bouclée et abondante. En 1967, un second bébé vient égayer l'équilibre familial. C'est une fille cette fois, Annabelle. Arrive ensuite, mai 68. Mouloudji, comme en 1934, se sent porté par ses opinions de gauche. Il n'a guère envie de sacrifier ses convictions sur l'autel de l'industrie du disque. A partir de là, il commet plusieurs textes engagés, sachant que de toute façon, il sera censuré. Sur la scène aussi, l'artiste est fidèle à ses opinions. Il participe entre autres au gala de soutien à la gauche chilienne en 1974. Malgré cela et à son grand étonnement, le public répond présent. Un enthousiasme qui l'incite et l'invite à écrire encore et encore. En 1975, il est sur la scène de l'Olympia. Il reprend Prévert ou Bruant mais chante aussi ses propres textes : "Merci la vie", "Le bar du temps perdu" ou "Comme une feuille en automne". En 1980, il sort un nouvel album "Inconnus, inconnues" et repart en tournée. Les médias faisant peu de cas de ses concerts, Mouloudji, lassé, laisse de côté la chanson pour ses premières amours, la peinture. Il remonte toutefois sur la scène du festival Chorus en Haute Seine en 1994 et donne un dernier concert à Nancy. L'artiste tire sa révérence le 14 juin 1994 et jouit aujourd'hui encore d'une gloire posthume. On ne le répètera jamais assez : "Aimons-nous vivants". 

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