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"Mourir sur scène" de Dalida : que raconte réellement la chanson ?

"Mourir sur scène" de Dalida

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08 juin 2022 à 17:04Temps de lecture3 min
Par Sébastien Ministru

Il y a un mois, on commémorait le 35e anniversaire de la disparition de Dalida, survenue dans la nuit du 2 au 3 mai 1987. La chanteuse annonçait déjà en 1983 vouloir Mourir sur scène. Chronique d’une chanson prémonitoire à la résurrection récente avec Sébastien Ministru.

Mourir sur scène, c’est le chef-d’œuvre drama-queen mais aussi testament d’une chanteuse… Ou plutôt le testament d’une chanteuse qui livrerait ses dernières volontés. Une chanson qui a inspiré pas mal de fantasmes sur la mort de son interprète.

Si Mourir sur scène fait partie des chansons les plus 'parlantes' du répertoire de Dalida, en 1983, la chanson n’est pas un succès. C’est même une face B de 45 tours dont tout le monde a oublié la face A. Pourtant, aujourd’hui, il y a une espèce d’aura autour de cette chanson qui prouverait la profondeur ou la sincérité, voire la vérité d’une artiste longtemps considérée comme légère.

Une chanson qui séduit la nouvelle génération

Cette chanson passionne les foules… et fascine la jeune génération qui, ici et là, témoigne de son adoration.

Camélia Jordana, Angèle, Clara Luciani, Alex Beaupain ou Julien Doré se sont réapproprié la chanson.

Malgré son esthétique kitsch, cette chanson est devenue une obsession sentimentale pour la nouvelle génération.

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Une chanson osée pour l’époque

Mourir sur scène est signé Michel Jouveaux, qui avait déjà donné à Dalida une chanson assez connue qui s’appelle Il pleut sur Bruxelles.

Mourir sur scène est un texte osé dans la variété française à cause de sa dimension lugubre et son contenu sombre. Dans le texte, le personnage, qu’on confond avec Dalida car la chanson a quelques accents autobiographiques, s’adresse à la mort, ici personnifiée.

"Viens, mais ne viens pas quand je serai seule / Quand le rideau un jour tombera / Je veux qu’il tombe derrière moi". D’emblée, on touche à cette mythologie de la scène et du public qui selon ses proches, était le véritable amour de Dalida, celui qui ne la trahissait pas. "Ne viens pas quand je serai seule", ça veut dire "viens quand il y aura une salle pleine".

Elle dit d’ailleurs plus loin : "Choisis plutôt un soir de gala / Si tu veux danser avec moi". Elle imagine un pas de chorégraphie avec la mort, comme une représentation disco de la danse macabre. Elle insiste sur la nécessité de mourir en public, avouant par là que, dans le fond, sa vie n’a jamais été vraiment privée : "Ma vie a brûlé sous trop de lumières. Je ne peux pas partir dans l’ombre".

"Viens, mais ne viens pas quand je serai seule. Moi qui ai tout choisi dans ma vie. Je veux choisir ma mort aussi". On est au début de la chanson, et la chanson est déjà devenue réalité… "Viens, mais ne viens pas quand je serai seule. Tous les deux on se connaît déjà. On s’est vus de près, souviens-toi".

Dans une chanson sur la mort, évoquer sa propre tentative de suicide en 1967 qui avait fait la une des journaux, le tout sur un rythme synthétique allègre et léger, il fallait oser. Cette tentative de suicide avait suivi la disparition de son fiancé, le chanteur Luigi Tenco qui s’est donné la mort après une prestation ratée au Festival de San Remo. Tout, dans cette histoire morbide, mélange la mort, la scène, et la violence d’un métier.

Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images

La naissance d’une vraie mythologie

"Moi je veux mourir fusillée de lasers / Devant une salle comble".

Elle se présente comme une condamnée à mort. En se présentant comme objet sacrificiel, qui donne le pouvoir à son public, Dalida crée toutes les conditions du mythe. Elle pose elle-même la première pierre de sa propre légende. En d’autres termes, dans "Mourir sur scène", Dalida montre ce qu’elle veut devenir après sa mort : un récit.

Alors est-elle morte sur scène ? Si on se fie à la métaphore on peut dire que oui. Mais on oublie que dans la chanson, il y a deux personnages : elle, et la mort.

On sait à l’inverse peu de choses de la réaction de la mort. Son nom a toujours été citée dans tous les journaux. On a même accusé la mort d’être responsable de la disparition de Dalida. La mort a l’habitude d’être montrée du doigt, mais elle ne s’attendait pas à un tel déferlement de tristesse et d’émotion.

La mort a décidé de faire un geste et de mettre en place un système VIP qui permet à certaines personnes décédées de ne jamais vraiment mourir. La mort est une personne coquette, qui aime entretenir le mystère autour d’elle, un peu comme une vedette… Ce qu’on ne sait pas, c’est que la mort et Dalida s’étaient entendues.

La mort et Dalida avaient un deal : "Je veux bien mourir, mais je veux rester vivante". Et ça a marché : Dalida est, quelque part, toujours vivante.

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