MSF annonce la fermeture de son centre d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés

Le 15 juillet prochain, le centre d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés de Médecins sans Frontières (MSF) fermera ses portes. Situé à Bruxelles, ce centre a été créé pour répondre aux besoins urgents de ces mineurs qui transitent durant des semaines en Belgique. En partenariat avec la Plateforme citoyenne, SOS Jeunes et Caritas, l’ONG indique que la fermeture est actée, faute d’une reprise immédiate des pouvoirs publics.

En moins d’un an, le centre a accueilli 270 mineurs

Créé au mois d’octobre 2021, ce centre d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés a permis de mettre à l’abri environ 270 jeunes migrants âgés de 13 à 18 ans. Majoritairement originaires de la Corne d’Afrique, ces enfants ont eu un parcours migratoire extrêmement difficile.

Nés bénéficiant d’aucune aide spécifique des autorités publiques, ils sont de plus en plus nombreux à être livrés à eux-mêmes dans des conditions plus que pénibles lors de leur transit de plusieurs mois en Belgique.

Julien Buha Colette, responsable des projets de MSF Belgique, constate que le nombre de mineurs non-accompagnés dans la capitale ne fait que s'accroître: "On voyait une augmentation du nombre de jeunes en rue, en particulier les mineurs étrangers non accompagnés en transit. C’est pourquoi on a lancé ce projet au mois d’octobre dernier avec différents partenaires associatifs. L’idée était de pouvoir offrir un abri pour ces jeunes pendant la durée hivernale, de leur proposer une prise en charge complète, comprenant l’hébergement, la nourriture, l’accès aux douches mais également une prise en charge au niveau médical, sociolégale et au niveau de la santé mentale."

RTBF

L’idée était dans un premier temps de répondre à un besoin immédiat

Alors que ce centre ne devait les accueillir que durant l’hiver, Médecins sans Frontières a continué de financer totalement le fonctionnement du projet avec l’espoir d’une reprise par les autorités publiques.

Julien Buha, responsable de projets de l’ONG, nous explique pourquoi le centre fermera ses portes dans une dizaine de jours : "MSF ne touche pas de fonds publics et n’a pas vocation à devenir un acteur d’hébergement d’urgence. L’idée était dans un premier temps de répondre à un besoin immédiat. Je ne pense pas qu’il y ait de reprise possible de ce centre tel quel. Effectivement, c’est problématique. Dans le futur, on souhaite avoir une solution qui soit prise en charge par les autorités qui doivent prendre leurs responsabilités. Ce qui est important pour MSF, c’est qu’on a pu montrer que ces jeunes existent à Bruxelles et de pouvoir proposer ce modèle de prise en charge. Il est extrêmement important que ces jeunes ne redeviennent pas invisibles et qu’on puisse continuer de proposer des solutions sur le long terme. "

Dans l’attente d’un nouveau bâtiment

L’ONG a également su mobiliser à la fois le milieu associatif et le milieu institutionnel pour bien mettre en lumière les besoins de ces mineurs non accompagnés. Si l’utilité de ce type de centre adapté est unanimement reconnue et que de réelles avancées ont été réalisées afin que les autorités reprennent le projet, force est de constater que le centre fermera le 15 juillet.

Nicole de Moor (CD&V), la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, assure que le gouvernement va reprendre la main dans l’attente d’une solution en ce qui concerne le bâtiment : "On veut continuer ce beau projet, mais malheureusement le bâtiment n’est plus disponible pour nous. On est en concertation avec la Région bruxelloise pour trouver une solution. Le gouvernement fédéral va financer la suite, mais on va travailler ensemble aussi avec les ONG parce que c’est un groupe cible de jeunes très difficiles à approcher. Ils ne font pas confiance aux autorités parce qu’ils sont en contact avec des passeurs criminels qui leur racontent des faussetés. Donc on va travailler ensemble pour diriger ce groupe de jeunes vers le réseau d’accueil de Fedasil."

Il était entendu que ce centre ne serait pas fermé

Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard de Vos a eu l’occasion de participer à plusieurs réunions sur la question avec des représentants de Fedasil et des représentants du cabinet de Sammy Mahdi, secrétaire d’Etat CD&V de l’époque.

A l’annonce de la fermeture programmée du centre d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés, il dénonce un certain immobilisme : "J’ai participé à plusieurs réunions officielles dans lequel il était entendu que ce centre ne serait pas fermé. J’ai entendu Fedasil dire clairement qu’on soutiendra la poursuite de ce projet parce qu’il a du sens, et qu’il faut le prolonger. J’ai entendu la représentante du cabinet de monsieur le (ex) secrétaire d’État dire exactement pareil. Que les budgets étaient prêts et que tout était fait. Malheureusement, je ne suis pas surpris parce que j’ai pris l’habitude. C’est terriblement lamentable mais c’est comme ça. Je suis déçu et outré. "

Si le gouvernement confirme bien sa volonté de reprendre le projet, aucune date de reprise n’est pour le moment fixée faute de bâtiment. En attendant qu’une solution soit trouvée, les mineurs non accompagnés seront accueillis par des partenaires associatifs.

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