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Multiplication des vagues de chaleur : comment le réchauffement climatique met la biodiversité en danger ?

25 août 2022 à 10:00 - mise à jour 25 août 2022 à 12:55Temps de lecture4 min
Par Céline Biourge avec les interviews de Clara Weerts

"Depuis 2015, on a connu dix vagues de chaleur en Belgique. On est dans une séquence tout à fait exceptionnelle puisqu’on a connu plus d’une vague de chaleur par été. Et ce scénario, on l’envisageait seulement à l’horizon 2050 ", nous expliquait Pascal Mormal, météorologue à l’Institut royal de Belgique, le 13 août dernier.

Ce réchauffement n’est évidemment pas sans conséquences pour la biodiversité.

De plus en plus de mammifères marins en perdition

On l’a notamment vu cet été avec ce béluga égaré dans la Seine (et qui est finalement mort lors de la tentative de sauvetage), alors qu’il vit normalement dans l’océan Arctique et dans l’estuaire du Saint-Laurent au Canada.

L’année dernière, c’est une baleine grise qui a été aperçue pour la première fois en Méditerranée (avant de mourir au large des côtes de Majorque) alors qu’elle ne vit normalement que dans le Pacifique.

 

Le réchauffement climatique actuel a surtout un impact sur les proies dont ils se nourrissent

Ces exemples sont malheureusement de plus en plus fréquents, selon Thierry Jauniaux, professeur en médecine vétérinaire à l’ULiège, qui tente de comprendre les raisons des déplacements de ces animaux.

Pour ce spécialiste des mammifères marins, il y a plusieurs hypothèses qui expliquent ce phénomène. Mais il semble que le réchauffement climatique actuel a surtout un impact sur les proies dont ils se nourrissent. Ce qui pousse ces cétacés à "aller dans d’autres zones pensant qu’ils vont trouver d’autres proies et c’est comme ça qu’ils se perdent."

"Une autre hypothèse est que ce sont des populations en expansion qui vont occuper d’autres territoires, mais qui sont des territoires qui ne leur conviennent pas du tout. C’est pour ça que ces animaux, comme le béluga, par exemple, sont dans des états de maigreur extrême parce qu’ils ne trouvent pas assez à manger pour eux."

Pour la baleine grise, "c’est simplement parce que la couche de glace autour du pôle a fortement diminué et a laissé le passage ouvert entre le Canada et le Pôle", explique-t-il. "Donc on pense que certaines baleines grises passent maintenant dans l’Atlantique et viennent se perdre dans nos régions. Leur mort est ainsi assurée parce que leur environnement ne correspond pas à leur biotope habituel pour s’alimenter, il y a peut-être de la nourriture mais qui ne leur convient pas."

Si certains meurent, d’autres s’adaptent comme le marsouin (qui ressemble au dauphin) : "Il y a 30 ans, à la Côte belge, on n’avait quasiment pas de marsouins (qui sont le plus petit des cétacés que l’on peut rencontrer chez nous). Et depuis une vingtaine d’années, la population de marsouins augmente de manière très significative. Simplement parce que le marsouin s’est déplacé en Mer du Nord parce qu’il n’avait plus assez de proies." Et ce déplacement est maintenant définitif, "ils ne vont pas remonter vers le nord."

Reste que ces mammifères marins "sont véritablement des indicateurs de la qualité de l’environnement", selon Thierry Jauniaux. "Parce qu’on partage la même alimentation".

D'autres espèces sont menacées

Ces mammifères marins ne sont pas les seuls à faire les frais du réchauffement climatique. Cela a un impact sur l’ensemble des êtres vivants que comptent cette Terre et des écosystèmes dans lesquels ils vivent.

Nicolas Schtickzelle, maître de recherche FNRS et professeur en biologie à l’UCLouvain, nous donne un exemple chez les oiseaux : "Comme il fait plus chaud, les plantes et les insectes vont se développer plus vite au cours de l’année, plus vite au cours du printemps. Mais certains oiseaux qui sont migrateurs ne suivent pas l’indication de température pour décider quand ils vont revenir en Europe à partir de l’Afrique. Ils suivent la photopériode, donc la longueur du jour, et elle n’a pas changé. Donc on a des décalages comme ça avec des espèces qui reviennent d’Afrique trop tard parce que les insectes qui se nourrissent ont déjà dépassé leur pic d’abondance."

Comme ça va trop vite, les espèces n’arrivent pas à suivre

Aujourd'hui, beaucoup d’espèces se sont déjà éteintes, beaucoup d’autres sont en voies d’extinction.

Si l’on peut penser que cela suit le cours de l’évolution, il y a pour Nicolas Schtickzelle un changement notable : "La nature est dynamique, le climat a toujours changé. Mais cela se fait à des vitesses relativement lentes, normalement. Ce qui permet à toutes ces espèces de s’adapter petit à petit. Mais ici, cela va tellement vite que certains arrivent à suivre, d’autres pas. Donc ils meurent. C’est comme ça que toute une série d’espèces disparaissent."

Avec le réchauffement climatique, les espèces se déplacent aussi et cela pose également un problème pour ce spécialiste en écologie et conservation de la biodiversité : "Cela crée des problèmes parce que dans un écosystème toutes les espèces sont liées. On pourrait avoir une vision simple qui est de dire si on réchauffe, tout le monde va remonter vers le nord. Le problème, c’est que certaines espèces remontent beaucoup plus facilement que d’autres et donc, il va y avoir des absents dans les nouveaux écosystèmes." En d’autres termes, "il va manquer des joueurs dans l’équipe et l’équipe ne fonctionnera pas correctement."

"Imaginez, en simplifiant, que vous avez un prédateur qui a la capacité de remonter, mais pas sa proie. Finalement il pourrait se retrouver ici sans avoir rien à manger !", ajoute-t-il.

Place aux espèces invasives

"A côté de cela, il y a des espèces envahissantes qui n’arrivaient pas à s’établir en Belgique parce qu’il faisait trop froid en hiver. Et bien, maintenant avec le réchauffement climatique, elles vont pouvoir rester, entrer en compétition et pousser éventuellement à l’extinction les espèces locales d’ici."

C’est le cas avec le frelon asiatique : "Le frelon asiatique a été introduit tout à fait par hasard dans une cargaison de poterie qui venait de Chine. Et puis, finalement, il s’y est bien plus. Les conditions climatiques et environnementales lui convenaient. Et il se fait qu’il est très performant par rapport aux espèces locales et donc il se développe de plus en plus."

C’est aussi la raison pour laquelle on a pu apercevoir cet été, pour la première fois, la guêpe "poignard" qui vient du sud de l’Europe et qui est la plus grande d’Europe.

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