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Nancy Pelosi à Taïwan : l’histoire tumultueuse entre la démocrate américaine et la Chine

La présidente de la Chambre des Représentants des États-Unis, Nancy Pelosi.

© Getty Images

03 août 2022 à 04:00 - mise à jour 03 août 2022 à 12:35Temps de lecture3 min
Par AFP, édité par Africa Gordillo

Nancy Pelosi n’en est pas à son premier coup d’éclat avec la Chine : la présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, qui a quitté ce mercredi Taïwan, a une histoire tumultueuse avec Pékin, qu’elle dénonce avec véhémence. Le déplacement à Taïwan de Mme Pelosi, 82 ans, jugé par Pékin comme "extrêmement dangereux", provoque des remous à travers le monde y compris aux Etats-Unis où l’habile tacticienne est honnie notamment chez les conservateurs.

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Son propre camp a affiché son embarras vis-à-vis de cette visite, jamais confirmée officiellement avant l’atterrissage, mardi soir, de l’avion militaire américain la transportant dans un aéroport de la capitale Taipei. La Maison Blanche s’est montrée gênée par la situation mais John Kirby, son porte-parole, a affirmé qu’il n’y avait pas de quoi "provoquer une crise ou un conflit". De nombreuses délégations américaines se rendent à Taïwan mais la présidente de la Chambre est la plus haute responsable américaine à visiter l’île depuis son prédécesseur Newt Gingrich en 1997.

Une démocratie menacée

Les Etats-Unis pratiquent à l’égard de Taïwan une diplomatie dite d'"ambiguïté stratégique", consistant à ne reconnaître qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien décisif à Taipei. Washington s’abstient toutefois de dire si les Etats-Unis défendraient ou non militairement l’île en cas d’invasion.

Dans une tribune publiée dans le Washington Post mardi, Nancy Pelosi assure que sa visite à Taïwan a pour objectif d'"être aux côtés de Taïwan […] où la démocratie est menacée".

Sujet dans notre journal télévisé du mardi 2 août :

Sur la place Tiananmen

Ardente critique de la Chine, elle avait déjà provoqué la colère de Pékin en 1991, en se rendant sur la place Tiananmen deux ans après la répression des manifestations pro démocratie. Accompagnée de deux parlementaires, elle s’était rendue sans autorisation sur la place et avait déployé une banderole noire et blanche en hommage aux manifestants tués dans la répression, scandalisant les autorités chinoises. "À ceux qui sont morts pour la démocratie en Chine", disait la banderole. Selon des images tournées à l’époque, on y voit la police, un peu désemparée, vite intervenir. L’image avait marqué les esprits.

Elle s’est aussi liée d’amitié avec le dalaï-lama qu’elle a visité à Dharamsala en 2008 et a rencontré l’archevêque de Shanghai. "Si ceux qui aiment la liberté ne dénoncent pas la répression de la Chine dans son propre pays et au Tibet, nous perdrons alors toute autorité morale pour défendre les droits de l’homme où que ce soit dans le monde", avait-elle alors lancé. Elle a aussi qualifié de "héros" les manifestants pro démocratie à Hong Kong et fortement dénoncé la répression de la communauté ouïghoure en Chine.

"Madam Speaker"

"Madam Speaker", une élue de San Francisco où vit une importante communauté chinoise, arpente le Congrès depuis 1987 et connaît par cœur les arcanes du pouvoir. Elle est deuxième dans l’ordre protocolaire pour la succession du président américain après la vice-présidente.

La députée de Californie, considérée comme une modérée au sein du parti démocrate, a été la première femme à accéder, de 2007 à 2010, au perchoir qu’elle a retrouvé en 2019 en devenant de facto la cheffe de l’opposition à Donald Trump.

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L’histoire retiendra le geste spectaculaire de Nancy Pelosi déchirant en 2020 le discours sur l’état de l’Union que Donald Trump venait de prononcer devant le Congrès. Elle est honnie des conservateurs qui dénoncent son "arrogance" et le niveau de vie hors-sol de cette épouse d’un homme d’affaires millionnaire.

Mère de cinq enfants, Nancy D’Alesandro est née le 26 mars 1940 à Baltimore dans une famille italo-américaine catholique. Elle a gravi les marches du parti démocrate et remporté à 47 ans sa première élection à la Chambre. "Je ne me sens pas forcément haïe. Je me sens respectée. On ne me critiquerait pas si je n’étais pas efficace", avait-elle confié un jour au magazine Elle.

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