Belgique

Naomi dénonce le manque d'infrastructures pour les personnes à mobilité réduite aux Ardentes : qu'en est-il dans les autres festivals ?

Les Ardentes ont accueilli 210.000 festivaliers sur le nouveau site de Rocourt.

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"Le message qu'ils envoient aux personnes en situation de handicap c'est : venez mais on ne fera rien pour vous!" Naomi Gidéon est dégoutée de son expérience aux Ardentes. Le festival s'est terminé ce dimanche et a rassemblé 210.000 personnes sur son nouveau site de Rocourt. Il y a un mois, Naomi s'est blessée en faisant du sport. Résultat : une entorse à la cheville et une rupture des ligaments croisés. Elle doit donc se déplacer en béquilles. Pas de bol juste avant l'été, d'autant plus qu'elle avait prévu de se rendre à plusieurs festivals, dont les Ardentes. Renseignements pris auprès de l'organisation, elle décide de quand même faire les quatre jours de festival et de dormir au camping. "J'avais vu qu'ils mettaient plein de choses en place pour les personnes à mobilité réduite (PMR). Ils précisaient bien que le camping n'était pas équipé, mais je pensais qu'avec mes copines, on allait se débrouiller", explique Naomi. 

Seules 2 scènes sur 5 étaient équipées d'un podium pour les PMR

Une fois sur le site du festival, c'est la désillusion. "Les bénévoles étaient formidables, mais ils devaient travailler avec zéro moyens". La jeune femme cite plusieurs exemples: "Seules deux scènes sur cinq étaient équipées d'un podium pour les PMR et ils étaient très loin", "L'entrée PMR était la même que l'entrée VIP. On a vu plusieurs navettes circuler pour des VIP. Pas une seule n'était affrétée pour les personnes en situation de handicap". Ou encore : "On pouvait louer des chaises roulantes, mais il n'y avait aucun chemin adapté. Partout, c'était des graviers ou de l'herbe. Plusieurs fois, j'ai failli tomber."

A ce problème, Fanny, aussi présente aux Ardentes, a trouvé une solution. "J'ai acheté un Triride. Il s'agit d'une assistante électrique à fixer sur ma chaise roulante. Grâce à ça, j'ai pu profiter à fond du festival!" Une solution qui a un coût : en moyenne 4000 euros pour un modèle neuf. Fanny, qui a déjà participé à plusieurs festivals en chaise roulante, regrette deux choses : "D'abord, les podiums pour les PMR étaient trop loin de la scène. Ensuite, il n'y avait pas assez de toilettes PMR, seulement trois, et elles étaient utilisées par les personnes valides." Le premier jour, Naomi a pris 2h30 pour sortir du festival et rejoindre le camping. Le lendemain, épuisée, elle décide à regret de partir et de ne pas rester pour le week-end.

Naomi a partagé sa mésaventure sur les réseaux sociaux. Son post a été fort relayé. Malgré ça, pas de réponse du festival, ce qui l'étonne. Sur leur site, Les Ardentes assurent "s'engager à mettre en œuvre différents moyens pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite et porteuses d’handicap". 

Contacté par nos soins, le festival reconnait des manquements. "On va améliorer le dispositif pour l'an prochain. Le nouveau site, nettement plus grand, a rendu les choses plus compliquées. A cause des pénuries liées à la crise, on a manqué de matériel, notamment des plaques pour former un cheminement pour les PMR. On a donc dû se contenter du minimum", regrette Jean-Yves Reumont, responsable presse du festival. Il précise qu'il y avait un cheminement pour les PMR qui reliait un bar, une caisse ticket et une zone food. "Mais c'était insuffisant", admet-il. Concernant l'absence de navettes, il explique que le parking pour les PMR était plus proche de l'entrée que le parking VIP. Et pour les toilettes PMR, il n'y en avait pas trois, mais huit sur l'ensemble du festival. 

Notre but est d'accompagner les organisateurs pour faire en sorte que tout ce que les personnes valides font, les personnes à besoin spécifiques puissent le faire aussi 

Le festival a fait appel à l'ASBL Access-I pour un audit. Cette organisation informe les personnes à besoins spécifiques sur le niveau d'accessibilité des lieux ouverts aux publics, comme les festivals. Sa responsable, Cédrine Delforge, confirme qu'un de leurs experts a bien travaillé avec Les Ardentes et leur a transmis plusieurs recommandations. Suite à cela, l'ASBL a publié sur son site une certification pour le festival listant ses points forts et ses points d'attention. "Le premier jour du festival, notre expert est retourné sur le site et a constaté que plein de choses n'allaient pas. Il manquait par exemple des rampes d'accès et il n'y avait pas assez de toilettes PMR. Nous avons mis en garde les personnes porteuses de handicap face à ces manquements", explique Cédrine Delforge. Elle espère toutefois retravailler avec le festival. "J'espère que ce mauvais signalement provoquera un électrochoc et qu'ils feront mieux l'année prochaine. Des manquements, il y en a toujours. Notre but est d'accompagner les organisateurs pour faire en sorte que tout ce que les personnes valides font, les personnes à besoin spécifiques puissent le faire aussi." 

Penser à l'accessibilité dès le début

Les festivals sont-ils obligés de mettre en place des aménagements pour les personnes en situation de handicap ? S'ils sont subsidiés par l'AVIQ, l'Agence pour une Vie de Qualité, oui. "En fonction des subsides qu'ils reçoivent, ils doivent faire deux choses. Être conseillé par Access-I. Et en plus, pour les montants plus importants, être certifié par Access-I", détaille la responsable de l'ASBL. C'est ce que Les Ardentes ont fait, mais visiblement, ce n'est pas toujours suffisant. 

L'ASBL travaille avec de nombreux festivals : Dour, Ronquières, les Solidarités ou encore les Francofolies. Cette année, le festival de Spa a reçu une certification presque irréprochable. "Dès la première édition, on a développé plusieurs initiatives. On investit beaucoup de temps et d'argent dans l'accessibilité", explique Sébastien Hubert Vassen, délégué à l'accessibilité pour les Francopholies. "Ce n'est pas possible de tout faire, mais c'est une préoccupation constante pour nous. Le plus gros problème, c'est la foule. Car s'il y a des mouvements de foule devant la scène, c'est très compliqué de garantir la sécurité des personnes en chaise roulante."

Tout comme Les Francos, Dour a adapté son camping pour qu'il soit accessible à tous. A quelques heures du début du festival, les organisateurs pensent aux derniers détails. "Tout le monde ne peut pas tout faire et être en autonomie complète, d'autant plus que le festival a lieu dans les champs. Mais là où on ne propose pas la pleine autonomie, on vous accompagne. On travaille avec l'ASBL Inter-actions qui propose un accueil complet aux personnes en situation de handicap", détaille Bénédicte Billon, administratrice de l'ASBL Go go go !, qui coorganise Dour. 

Pour savoir quels sont les aménagements dans les festivals, rendez-vous sur le site de l'événement ou sur le site d'Access-I

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