Dernière pluie

Ned Rorem, compositeur et diariste américain excentrique

Le compositeur Ned Rorem, janvier 1983.

© Jack Mitchell/Getty Images

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Par Victoria De Schrijver et Hélène Michel

Le 18 novembre 2022, le compositeur et écrivain américain Ned Rorem (1923-2022) nous quittait. Hélène Michel revient sur son œuvre dans Musiques de la dernière pluie.

Né en 1923, Ned Rorem était un compositeur d’origine américaine prolifique et respecté du vingtième siècle. Parmi ses professeurs, des personnalités comme Aaron Copland (1900-1990) ou encore Arthur Honegger (1892-1955), qui ont pu l’aider à développer un style bien à lui, loin du sérialisme qu’il semblait fuir à tout prix, mais empreint de nombreuses influences, lui qui se passionnait notamment pour la musique française à travers Maurice Ravel (1875-1937), Claude Debussy (1862-1918) ou Francis Poulenc (1899-1963) du Groupe des Six qu’il côtoiera lors de sa vie parisienne dont il fait un rapport dans The Paris Diary. Il dit d’ailleurs de Ravel que "sans son art, mon monde ne serait pas le même".

Musiques de la dernière pluie

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A côté de la composition, Ned Rorem publie ses essais et ses "diaries", ses journaux intimes qui font preuve d’une libération de la parole pour ce compositeur excentrique et affirmé qui ne semblait pas effrayé par les codes rigides des sociétés de l’époque. Sa première publication est The Paris Diary en 1966 où il conte et raconte sa vie dans les milieux culturels et artistiques parisiens.

Si le Time le décrit comme "le plus grand compositeur de mélodies au monde", c’est ironiquement — comme il aime le rappeler en 1978 dans An Absolute Gift : A New Diary — qu’il gagne un Prix Pulitzer de musique en 1976 avec Air Music : dix variations pour orchestre, une commande pour l’Orchestre Symphonique de Cincinnati. L’œuvre de près de trente minutes a été conçue par le compositeur en pensant toujours la musique "vocalement", lui qui était plus connu pour ses 500 art songs que pour ses pièces orchestrales.

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Personnalité ouvertement homosexuelle dès la seconde moitié du vingtième siècle à une époque où une telle façon de parler publiquement de sa vie était encore inconcevable, il déclare dans Setting the Tone de 1983 préférer le terme "queer" et il fait partie des pionniers d’une certaine libération de la parole. Sincères, comiques et très souvent incisives, ses publications sur la musique ainsi que sur sa vie permettent de mieux saisir ce personnage fascinant.

Je crois en l’importance de ce qui n’est pas important — dans le pathos quotidien.

S’il confie lui-même dans ses journaux que se relire peut l’embarrasser, il affirme son attachement pour chaque "mot banal" qu’il a pu avoir et précise avoir un "dégoût pour le sérieux". Le compositeur Ned Rorem, personnage brillant et captivant, s’est éteint à 99 ans, un peu plus d'un mois après son anniversaire.

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