Belgique

NewB : la banque "durable" est à quelques heures d’une échéance importante pour sa survie

© Belga - Laurie Dieffembacq

29 sept. 2022 à 11:34 - mise à jour 29 sept. 2022 à 13:43Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

Il reste peu de temps à la banque coopérative NewB pour boucler sa levée de fonds de 40 millions d’euros. Depuis mai dernier, la banque durable s’est tournée vers les investisseurs institutionnels pour trouver cet argent. La Banque Nationale lui a donné jusqu’au 30 septembre pour y parvenir.

A ce stade, impossible de savoir où en est NewB dans sa recherche de fonds. La banque devrait faire le point avec la Banque Nationale la semaine prochaine.

Lancée en 2011, après la crise financière de 2009, la coopérative NewB est devenue une banque en 2020. Depuis, elle peine à recruter de nouveaux clients. Environ 120.000 coopérateurs ont soutenu le projet d’une banque différente, mais à peine 20.000 d’entre eux ont franchi le pas pour devenir client effectif de la banque.

Les pouvoirs publics sollicités

La survie de la banque est-elle sur le point d’être remise en question ? NewB trouvera-t-elle les 40 millions demandés par la Banque Nationale dans le délai imparti ? S’en rapprochera-t-elle suffisamment pour convaincre les autorités bancaires de lui laisser une chance de continuer ?

Ces 40 millions d’euros, NewB a choisi de les demander aux investisseurs institutionnels au contraire de la levée de fonds précédente où les particuliers, notamment les coopérateurs, avaient été sollicités. Démarrée au printemps dernier, la collecte des 40 millions d’euros a pris d’emblée une tournure incertaine. L’assureur français Monceau, le plus grand investisseur de NewB et partenaire de la banque pour la vente de produits d’assurance, avait décidé de ne pas participer à l’augmentation de capital de la banque.

Depuis mai dernier, où en est NewB ? La banque a sollicité les pouvoirs publics, notamment la Régions Bruxelles-Capitale et la Région Wallonne. A Bruxelles, comme le révélait l’Echo hier, la secrétaire d’Etat Barbara Trachte a proposé que la Région bruxelloise injecte un million d’euros dans NewB. Le gouvernement doit trancher. Du côté wallon, le gouvernement doit aussi statuer sur la demande de la banque.

Des contacts que notre rédaction a eus avec des proches du dossier, il apparaît que des investisseurs privés prêts à investir dans NewB conditionneraient leur intervention à celles des régions.

La banque mobilise aussi sa base

NewB appelle aussi ses coopérateurs à l’aide. Avant l’échéance du 30 septembre, elle leur demande de se mobiliser pour signer un appel en ligne afin de montrer aux investisseurs potentiels qu’il y a une base qui soutient le projet de la banque. Ce jeudi 29 septembre, à la mi-journée, 32.800 personnes avaient répondu à l’appel de la banque.

Dans sa communication, NewB explique à ses coopérateurs pourquoi elle a aujourd’hui besoin d’argent, comment elle peut être soutenue, rappelle ce qu’elle a fait ces dernières années et annonce l’arrivée de nouveaux produits, notamment un crédit "d’un genre nouveau" qui va permettre aux ménages "d’alléger la facture énergétique tout en finançant des travaux de rénovation". Bref, la banque envisage son avenir.

120.000 coopérateurs, mais peu de clients

L’histoire de NewB est loin d’être un long fleuve tranquille. En 2011, 24 organisations sociétales, telles que des syndicats et des ONG fondent la coopérative NewB. Après la crise financière de 2009, la débâcle de banques et l’intervention nécessaire des pouvoirs publics pour sauver des banques systémiques, l’heure est au changement. Les coopérateurs de la première heure font le projet d’une autre banque, éthique et durable. Dans les quelques années qui suivent, la coopérative prend de l’ampleur. D’autres organisations rejoignent le projet. Les coopérateurs particuliers arrivent à leur tour. Ils sont aujourd’hui environ 120.000.

Les coopérateurs sont avertis des étapes. Pour que NewB devienne une banque, il faudra du temps. Il y a de nombreux paliers à franchir pour satisfaire aux critères et obtenir la licence bancaire. Il faudra attendre janvier 2020 pour que la Banque Centrale européenne confirme le statut de banque de NewB. Celle-ci peut alors commencer à commercialiser des produits bancaires, notamment des comptes bancaires pour les coopérateurs existants ou pour de nouveaux coopérateurs.

La difficulté pour Newb, c’est que le nombre de clients ne décolle pas. Même les coopérateurs ne font pas massivement le choix des produits bancaires "NewB". Sur près de 120.000 coopérateurs, environ 20.000 ont franchi le pas. "Ce qui est inquiétant, c’est le rapport entre le nombre de coopérateur et le nombre de clients. Ce qui me frappe c’est qu’il n’y a pas vraiment eu d’évolution dans ce rapport-là depuis le début de la banque", nous explique Mikael Petitjean, spécialiste du secteur bancaire et professeur à l’UCLouvain et à l’IESEG. "C’est quand même étonnant de voir qu’une banque comme celle-là n’arrive pas à convaincre ses coopérateurs de devenir clients", ajoute-t-il.

Pourquoi les coopérateurs n’ont-ils pas franchi le pas ? "Beaucoup de coopérateurs ont été dans une démarche de soutien liée à ce qu’on peut faire à l’égard d’une ONG ou d’une œuvre caritative", avance comme hypothèse Mikael Petitjean.

La lourdeur du processus pour devenir une banque explique aussi peut-être cela. Depuis ces débuts, Newb communique à ses coopérateurs sur les développements et l’évolution du projet. Les communiqués, les mails de sensibilisation, les convocations d’assemblées générales n’ont pas manqué d’année en année. "La direction a fait tout ce qu’elle a pu pour essayer de communiquer du mieux qu’elle pouvait", estime Mikael PetitJean.

Mais l’information est-elle bien passée auprès de tous, notamment celle de la création effective de la banque ? "Je suis coopératrice depuis le début. Je suis bombardée de mail de NewB mais je ne les lis plus", nous explique Marie, une coopératrice qui pensait même que son statut de coopératrice faisait d’elle, de facto, une cliente de la banque et qu’elle "recevrait un jour une carte de banque"…  Cet exemple ne vaut bien évidemment pas pour tous les coopérateurs, mais il révèle une certaine complexité des rapports et de la communication entre la base et ceux qui pilotent le projet de NewB. Un certain nombre de coopérateurs observent aussi de loin et attendent de voir ce que le projet va donner avant de changer de banque. Depuis les soubresauts de la crise financière de 2009, de l’eau a coulé sous les ponts, qui a peut-être aussi emporté les résolutions que ces coopérateurs avaient prises de tourner le dos aux banques traditionnelles.

La difficile conquête de parts de marché

Lancer une banque, trouver des clients, c’est se frotter à la concurrence. "Il faut faire son trou. Il faut aller chercher des parts de marché. Ce n’est pas évident parce qu’il faut des fonds, pour mettre en place une politique de marketing et diffuser une image dans le marché", résume Mikael PetitJean, de l’UClouvain et l’IESEG.

Le défi était est reste important pour NewB "surtout qu’elle a voulu se positionner dans un axe bien particulier. Et toutes les banques maintenant se positionnent sur le plan de la soutenabilité et de la durabilité", ajoute Mikael Petitjean. "Si NewB avait pu être lancée plus tôt, aux alentours des années 2010, au moment où on était en pleine crise financière et où des regards critiques ont été jetés sur la manière dont les banques privées étaient gérées, elle aurait d’avantage pu développer sa niche et trouver à l’égard des potentiels clients et coopérateurs une légitimité plus forte", estime Mikael Petitjean.

Dans l’entourage de NewB, on confirme que le développement de la Banque est plus lent que ce qui avait imaginé. Les taux d’intérêt bas n’ont pas aidé. La crise du Covid n’a pas non plus facilité les premiers pas de la banque.

Les produits bancaires proposés par NewB à ses clients sont encore assez maigres par rapport à l’offre de la concurrence. Pour développer les produits et les activités d’une banque, il faut de l’argent. Pour en avoir, NewB doit aujourd’hui convaincre des investisseurs. Ceux-ci ont besoin de voir que des coopérateurs et des clients croient au projet. Tout est lié et c’est pour cela aussi que la situation de NewB est aujourd’hui compliquée.

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