Ecologie

Nicolas Meunier, journaliste auto : "Une voiture écologique, ça n'existe pas"

Nicolas Meunier, journaliste auto : "Une voiture écologique, ça n'existe pas"

© Daniel Latif

11 oct. 2022 à 13:30Temps de lecture4 min
Par RTBF avec AFP

Alors que tout le secteur automobile est aujourd'hui impliqué dans un grand mouvement de transition énergétique, le journaliste automobile Nicolas Meunier se montre plus nuancé dans son livre "L'arnaque de la voiture propre".

A quelques jours de l'ouverture du Mondial de l'Auto, à Paris, il revient sur les enjeux des années à venir et les bonnes décisions à prendre, tant du côté politique que de celui des automobilistes.

  • Aujourd'hui tout est fait pour pousser les automobilistes à acheter une voiture hybride ou tout électrique. Mais du fait des performances et des infrastructures insuffisantes aujourd'hui, est-ce vraiment raisonnable ?

Le problème n'est pas une question de performances. Avec le dernier Tesla Model Y, j'ai par exemple réussi à faire Paris-Rennes sans charger. On s'arrête 40 minutes, le temps de déjeuner en ville et de faire le plein, puis on repart pour 350 kilomètres. Le problème, c'est à quel prix. Aujourd'hui, la voiture la plus vendue aux particuliers, c'est la Dacia Sandero, qui est entre 14.000 et 15.000 euros, tout équipée. En face, une voiture qui rend les mêmes services en tout électrique, ça n'existe pas. Donc c'est de là que vient le problème. On n'est pas du tout au prix moyen de ce qu'est prêt à mettre un particulier aujourd'hui.

  • Et, du coup, vous pensez que le fait de réserver certains quartiers, ce qu'on appelle les zones à faible émission, aux véhicules les plus récents et donc les moins polluants, c'est aussi un peu une sorte de punition ?

Le problème vient surtout d'élus et de maires qui travaillent pour leur paroisse, c'est-à-dire les gens qui les élisent et qui n'ont pas forcément envie de voir des gens de l'extérieur arriver dans la ville. Si l'on prend l'exemple de Paris, il y a une immense majorité de Parisiens qui n'ont pas de voiture et qui n'en ont pas besoin étant donné l'offre de transports en commun. Et donc ces personnes-là votent pour des programmes qui laissent complètement de côté l'automobile puisqu'elle devient un élément perturbateur pour ces gens qui habitent dans ces zones urbaines. Le problème, c'est que les personnes qui sont impactées par ces politiques vivent principalement hors de ces villes.

Puis, avec ces zones à faible émission, on crée une date de péremption pour les voitures, une sorte d'obsolescence programmée pour des produits pourtant encore en état de marche. Or en termes d'impact écologique, mieux vaut garder plus longtemps sa voiture, même si elle pollue un peu, qu'en racheter une tous les trois ans, ce qui est un non-sens écologique.

  • Mieux vaut donc prendre soin de sa voiture pour la faire durer plus longtemps ?

Oui et ce n'est malheureusement pas un discours audible aujourd'hui. Au contraire, ça a même tendance à empirer puisque les constructeurs mettent en avant aujourd'hui leurs formules de leasing. Or,je ne suis pas sûr que les gens aient vraiment envie de changer de voiture tous les trois ans. Il y a peut-être quelques passionnés qui veulent avoir la toute dernière technologie mais je ne pense pas que ce soit le cas d'une immense majorité des automobilistes. Pour moi, le leasing, c'est la pire plaie écologique de l'industrie automobile actuellement.

  • Comment expliquer aujourd'hui qu'une voiture électrique, ça pollue aussi ?

Le degré de pollution d'une voiture électrique dépend à la fois de sa production et de l'usage qui en est fait. Quand on regarde la différence de masse entre une voiture thermique et une voiture électrique, c'est colossal. Si vous regardez des modèles équivalents qui existent à la fois en thermique et en électrique, c'est en général dans les 300 kilos d'écart. Et plus on monte en gamme, plus cet écart se creuse. Une batterie Tesla, c'est facilement 600 kilos par exemple. Plus de masse, ça veut dire plus de ressources à extraire de la terre, comme le lithium ou le cobalt. De plus, beaucoup de batteries sont aujourd'hui construites en Chine, où l'on a des usines qui tournent encore à l'électricité au charbon.

Ensuite, à l'usage, tout va dépendre du type d'électricité que vous mettez dans votre voiture et de sa consommation. Celle-ci peut quasiment varier du simple au double d'un modèle à l'autre. Si vous êtes en France ou en Norvège, vous avez une électricité qui est quand même pas trop mal décarbonée, ce qui va permettre de compenser sur l'ensemble de son cycle de vie le surcroît de CO2 qui est émis à la fabrication. Vous avez donc un réel intérêt écologique à rouler en voiture électrique. Par contre, si vous êtes dans certains pays comme la Pologne, où il existe une majorité de centrales à charbon, il vaut mieux rouler en thermique. C'est encore pire en Chine qui, paradoxalement, est le pays le plus à la pointe sur ces technologies.

  • Est-ce que la solution la plus propre, finalement, ce ne sera pas à terme l'hydrogène vert ?

Non, pas du tout. Il suffit pour cela de regarder comment est fabriqué l'hydrogène vert, à partir de l'électricité. Ensuite, on a une réaction qui s'appelle l'électrolyse de l'eau, ça sépare d'un côté l'oxygène, de l'autre l'hydrogène que vous récupérez, qui correspond environ à 30% de l'énergie déployée. Et c'est pareil ensuite, dans l'autre sens, avec la pile à combustible dans la voiture, ce qui fait qu'il ne vous reste environ que 15% de l'électricité que vous avez mise au départ qui alimente le moteur électrique. Il y a donc une énorme déperdition entre une voiture électrique et une voiture à hydrogène. Après, ça a un gros avantage, c'est que l'on peut faire le plein en 5 minutes, comme avec une voiture thermique, mais on n'est pas encore arrivé à quelque chose de cohérent entre la demande du client, le prix et les prestations.

  • Quand pourra-t-on dire d'une voiture qu'elle est réellement écologique ?

Une voiture écologique, ça n'existe pas. De toute façon, tout objet manufacturé a un impact sur l'environnement. Le tout est de raisonner, dès la phase d'achat, pour pouvoir limiter son impact et faire le bon choix en fonction de ses besoins.

Nicolas Meunier est journaliste automobile pour le magazine Challenges et auteur du livre "L'arnaque de la voiture propre" (Hugo Doc).

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