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Nino Ferrer, le Téléfon s’est tu à jamais

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07 avr. 2022 à 13:13Temps de lecture3 min
Par Viva+

Entre 1963 et 1967, la RTB propose " Format 16/20 ", un magazine destiné à la jeunesse, axé principalement sur la musique de variété et des sujets de société. De nombreuses vedettes de la chanson sont invitées sur le plateau de l’émission. Et le 28 septembre 1966, c’est au tour du jeune auteur, compositeur et interprète français d’origine italienne, Nino Ferrer de se prêter au jeu. L’artiste connaît en ce moment le succès avec des chansons qualifiées de rigolotes mais diablement efficaces grâce notamment à un vrai sens de la dérision.

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Nino Ferrer est né Agostino Ferrari en Italie, à Gênes le 15 août 1934. Son papa, Pietro est issu d’une des familles les plus fortunées de Gênes. Sa maman , Raymonde a vu le jour dans un milieu modeste, à Nouméa en Nouvelle-Calédonie. L’enfant que l’on surnomme rapidement Nino grandit dans un premier temps, sur la terre natale de sa maman et pendant la seconde guerre mondiale à Gênes, dans la demeure des Ferrari où il partage les jeux de ses cousins. A la fin du conflit, il suit ses parents à Paris. Adolescent, il s’intéresse au jazz qu’il découvre sur un poste à galène. Il loue des instruments, un banjo, une contrebasse et s’exerce en dilettante et finit par acquérir une certaine maîtrise. La contrebasse devient son instrument fétiche. Il étudie l’ethnologie et l’archéologie à la Sorbonne mais se détend à travers sa passion pour les arts. Nino pratique la musique, la peinture et la gravure, des disciplines approchées lors de nombreux voyages avec ses parents d’abord, son père ingénieur étant souvent sollicité sur des chantiers un peu partout dans le monde mais aussi grâce à son métier d’archéologue. A la Sorbonne, il rencontre Richard Bennett qui lui joue de la batterie. Avec le cousin de ce dernier, clarinettiste, il crée les " Dixie Cats " spécialisés dans le jazz New Orleans. Le musicien continue à écrire des textes de chanson mais sans réussite. La musique prend les devants. En 1960, il accompagne à la contrebasse puis à la basse électrique la chanteuse Nancy Halloway.

Les années 60 et les succès

En 1963, envieux de chanter en se différenciant de la vague yéyé et devenu Nino Ferrer, il enregistre un premier 45 tours, " Pour oublier qu’on s’est aimés " sur lequel on retrouve également le titre " C’est irréparable " qui s’exporte dans de nombreux pays. Pedro Almodovar l’intègrera dans la B.O. de son film " Talons-aiguilles " dans une version chantée par Luz Casal. A côté de l'écritre, tous les étés, Nino Ferrer anime les soirées dans divers clubs du sud de la France. Alors qu’il se produit dans un club-restaurant de Saint-Raphaël, le propriétaire des lieux perd son chien, Mirza. A l’entracte, le chanteur, désireux d’appeler à l’aide adresse une annonce au public en ces mots : " Zavez pas vu Mirza ? " et enchaîne avec " La la la la la la ". Ce qui devait être un appel à la rescousse sous forme de boutade a très bien été accueilli par le public et sous l’impulsion d’Eddy Barclay et avec le soutien de l’émission " Salut les copains ", "zavez pas vu Mirza" devient un tube en 1965 et un super tube l’année suivante. Nino Ferrer connaît enfin le succès et assure la première partie d’Hugues Aufray à l’Olympia. S’ensuivent d’autres titres comme " Les cornichons ", " Le téléfon ", " Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! ", " Mao et Moa ", tous empreints d’humour et de dérision ". Ses disques s’écoulent à des milliers d’exemplaires et  sa chanson " Les hommes à tout faire ", extraite de son album paru en 1969 " Agata " sert de générique à la série télévisée " Agence Intérim ". Auparavant, en 1967, il rentre en Italie où il connaît également la réussite et anime sur la RAI, l’émission " Io, Agata e tu ".

De retour en France,  en 1972, il enregistre l’album " Métronomie ", qui critique la société de consommation et témoigne déjà de la menace écologique. L’opus est soutenu par le titre " La maison près de la fontaine " qui se vend à plus de 500000 exemplaires. En 1973, Nino Ferrer crée son propre studio à Rueil-Malmaison. C’est là qu’il enregistre en 1975, avec la chanteuse américaine Radiah Frye, la chanson " Le Sud ", titre qui reste encore aujourd’hui le plus gros succès de l’artiste. Mais dépité par le décalage entre ses aspirations artistiques et ce qu’attendent le public et les maisons de disques, il décide d’arrêter la musique et s’adonne à la peinture. Ce qui doit arriver, arrive. Il tombe petit à petit dans l’oubli jusqu’à la sortie dans les années 90 d’une compilation de ses plus grands succès qui recueille les faveurs du public. Sa carrière remise sur les rails, Nino Ferrer enregistre de nouveaux albums et repart en tournée. Alors que l'opus " Suite et fin " est en préparation, victime d’une dépression survenue après le décès de sa mère, il met un terme à son existence le 13 août 1998, deux jours avant son anniversaire et un mois après le départ de sa maman. Ce 13 août, il avait endossé la veste qu’il portait à ses concerts dans les années 60, le chapeau qu’il arborait sur la pochette du 45 tours " Le Sud ". Il a laissé des messages à ses proches avant de rejoindre un champ et de se donner la mort d’un coup de fusil. Sa veuve, Kinou Ferrari, celle qu’il a aimée toute sa vie s’est éteinte le 17 mars dernier.

 

 

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