Noir Jaune Blues

Noir Jaune Blues, cinq ans après : un Belge sur deux souhaite une gouvernance autoritaire

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22 janv. 2023 à 23:01 - mise à jour 23 janv. 2023 à 05:10Temps de lecture3 min
Par Alain Lechien

En 2017, l’enquête "Noir Jaune Blues" publiée par Le Soir et la RTBF révélait une société belge très fragmentée, et qui n’avait pas confiance dans les institutions. Cinq ans plus tard, les auteurs de cette enquête ont tenté de savoir quels effets la pandémie de Covid-19, les chocs climatiques, la guerre en Ukraine et l’inflation élevée avaient eu sur les aspirations des Belges.

Cette nouvelle étude a été réalisée en trois vagues (février 2020, octobre 2021 et juillet 2022) et est publiée par LeSoir.be et la RTBF. Elle révèle que les citoyens de 2022 aspirent à une gouvernance autoritaire : le modèle parlementaire traditionnel n’a plus la cote. L’idée que le peuple décide directement lui-même de tout ce qui le concerne et qu’il exprime sa volonté par des référendums plaît à 70% des personnes interrogées (contre 59% en février 2020). Elles n’ont plus confiance dans les professionnels de la politique, qui ont de plus en plus de difficultés à prendre des décisions. Il faut un "vrai chef" qui remette de l’ordre et qui comprenne vraiment le peuple : cette proposition a les faveurs de 69% des personnes sondées (contre 62% avant la pandémie).

De plus en plus de Belges souhaitent "un vrai chef"
De plus en plus de Belges souhaitent "un vrai chef" © Rapport "Noir, jaune, blues", … 5 ans après. Fondation Ceci n’est pas une crise – Survey & Action

Les tenants de ce désir d’autoritarisme ne souhaitent plus de corps intermédiaires : le "vrai chef" ne devrait pas être gêné dans son action par des gens non élus (des fonctionnaires, des journalistes, des juges, des lanceurs d’alerte, des intellectuels critiques ou encore des activistes) : cette idée plaît à 59% des personnes interrogées (contre 45% avant la pandémie). Les élites syndicales ou religieuses sont aussi rejetées.

L’étude montre aussi que, à cet attrait pour l’autoritarisme se mêle un souhait d’avoir une nation homogène et ethniquement pure. Et que, si le monde va mal, c’est à cause de boucs émissaires. On constate un repli sur soi où la famille serait le seul combat qui vaille la peine d’être mené.

Selon l’étude, juste avant les confinements liés à la pandémie de Covid-19, à peine 22,9% des individus aspiraient à des sociétés ouvertes, contre 45,5% qui souhaitaient des sociétés fermées et près d’un tiers de la population (31,6%) se disait indécise. Après les confinements, l’aspiration à des sociétés ouvertes avait nettement progressé, pour diminuer par après, suite aux chocs causés par la guerre en Ukraine, les inondations et l’inflation des prix.

Après les confinements, ceux qui se disaient indécis, aspirent à une société fermée.
Après les confinements, ceux qui se disaient indécis, aspirent à une société fermée. © Rapport "Noir, jaune, blues", … 5 ans après. Fondation Ceci n’est pas une crise – Survey & Action

L’avenir

Les auteurs de l’étude considèrent que la société belge continuera à l’avenir à subir d’autres chocs : les coûts de l’énergie augmenteront, l’inflation ne va pas s’arranger, le dérèglement climatique va empirer, la destruction de la biodiversité va s’accentuer, d’autres pays seront gouvernés par des populistes qui déstabiliseront l’Europe. Tout cela laisse à penser que les citoyens ressentiront des peurs multiples et aspireront à plus de protection, donc à une gouvernance plus autoritaire, et qui désigne des coupables.

Pour contrer cette tendance, il est recommandé d’éviter les discours catastrophistes et le vocabulaire guerrier. Un discours culpabilisant ne convaincra pas, surtout celles ou ceux qui vivent déjà dans une certaine précarité.

Des crises telles que la pandémie de Covid-19 ou le dérèglement climatique apparaissent comme mal gérées en termes de politique de prévention, alors que les scientifiques alertaient depuis longtemps. Cela a mis en évidence le fait que les gouvernants étaient incapables de mener une politique de prévention. Les auteurs de l’étude préconisent plutôt de se mettre à l’écoute de la population et de comprendre les peurs exprimées. Il faut tenter de convaincre que des sociétés plus ouvertes protègent mieux contre les gouvernances autoritaires. Ensuite il faut créer un imaginaire dans lequel la planète sera habitable : cela donne envie de se projeter dans le futur et de rester mobilisé. Et le plus difficile sera peut-être de reconstruire la confiance en la démocratie en évitant d’imposer "d’en haut" un catalogue de mesures. Il faut plutôt développer des projets à partir "d’en bas" et créer un désir d’agir.

La méthodologie

Cette enquête a été réalisée en trois vagues (février 2020, octobre 2021 et juillet 2022). Les résultats de la troisième vague (réalisée du 1er au 20 juillet 2022) proviennent des interviews de 1059 personnes représentatives de la population des 18 ans et plus vivant en Belgique. Selon la méthode des quotas : genre, niveau d’études, langue, nationalité, type d’urbanisation, Région (n d’enquêtes : Flandre : 417, Wallonie : 402 et Bruxelles : 240, puis post-pondérés). La marge d’erreur maximale pour un pourcentage de 50% et un taux de confiance de 95% est de ± 2,7% pour l’échantillon total.

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