Noir Jaune Blues

Noir Jaune Blues : "J’en veux à tous ceux qui n’en ont rien à faire de nous"

Un Belge sur deux n’a plus confiance dans les institutions et souhaite le retour d’un pouvoir autoritaire. C’est le constat interpellant dressé par l’enquête Noir Jaune Blues. Une opération menée par la RTBF et Le Soir.be avec la Fondation Ceci n’est pas une crise et Survey & Action.

En cause ? Les crises successives traversées ces dernières années. Covid, guerre en Ukraine, crise économique : de plus en plus de Belges sont dégoûtés de la société actuelle. Un terrain fertile pour les discours populistes.

Pour comprendre, nous vous proposons une série de portraits de personnes qui se sentent abandonnées par le monde politique. Ici, une famille expulsée de son logement à cause de factures impayées.

C’est dans le dortoir de leur abri de nuit d’urgence, au cœur de Charleroi, que nous les rencontrons. Aurore, son compagnon et leurs deux filles de 9 et 14 ans vivent provisoirement dans les locaux de l’ASBL Le Triangle, avec chaque matin l’incertitude de savoir s’ils auront encore une place le lendemain.

"On fait et défait les lits tous les jours" dépeint Aurore. "Là, c’est où dort ma petite. Là, la plus grande et là mon mari. Mais souvent, il y a une autre famille dans la même chambre".

© Tous droits réservés

"C’est super angoissant. C’est le soir que c’est le plus compliqué. C’est là qu’on craque. J’essaie de ne pas le montrer aux filles mais je suis à bout. Je ne me suis jamais sentie aussi mal" explique Aurore.

On a tout perdu

Si la famille se retrouve dans cette situation, sans domicile fixe, c’est parce que quelques mois plus tôt, Aurore, son compagnon et leurs enfants ont été expulsés de leur logement. "Avec l’augmentation de toutes les factures, on n’a pas su payer deux mois de caution pour notre loyer. En quinze jours, on s’est retrouvés avec toutes nos affaires dehors, les huissiers et un avis d’expulsion".

Je me sens abandonnée, rejetée

"On avait une vie, une maison. On a tout perdu" chuchote l’adolescente de 14 ans. "Je ne m’attendais pas à vivre ça. On n’est jamais tombés aussi bas" ajoute sa petite sœur de 9 ans. "Ce qui fait mal, c’est de voir papa et maman si tristes, de les voir souffrir. Et on ne peut rien faire pour eux".

Les deux sœurs ne cessent de se serrer l’une contre l’autre. "Quand on n’a plus rien, il ne reste que la famille. Et ici, c’est vraiment ça".

© Tous droits réservés

Venue de Liège, la famille dit avoir toqué à toutes les portes pour demander de l’aide, trouver un logement d’urgence. Mais ces portes sont restées fermées. "Voilà pourquoi on se retrouve à Charleroi, grâce au Triangle". "Mais quand on téléphonait à l’urgence sociale de Liège, personne ne savait rien faire pour nous".

On a l’impression d’être des boulets de la société

Face à ces portes fermées, un profond sentiment d’abandon. "On touche le fond. On se sent comme un poids" nous livre Aurore.

J’en veux à tous ceux qui auraient pu nous aider mais qui ne l’ont pas fait

Un sentiment de rejet qui touche aussi les enfants : "Je me sens mise sur le côté, abandonnée, rejetée. Je suis énervée contre tous ceux qui n’en ont rien à faire de nous. Tous ceux qui ont eu la chance de nous aider mais qui ne l’ont pas fait. J’en veux à tous ces gens-là" exprime la petite fille du haut de ses neuf ans.

© Tous droits réservés

Cette impression d’être laissés-pour-compte nourrit un ressentiment grandissant vis-à-vis de l’Etat et de toutes les institutions. "Les institutions, on a l’impression qu’elles sont plus là pour nous faire couler que pour nous aider" lance Aurore. "J’invite qui le veut d’ailleurs à se déplacer et venir voir la vie des gens qui le vivent au quotidien !" Et d’ajouter : "Il faudrait moins de paroles et plus d’actes. Ça manque cruellement d’humanité".

On a l’impression que les institutions sont plus là pour nous faire couler que pour nous aider

Le monde politique ? Ils le rejettent en bloc. "Pour moi, c’est caduc, c’est néant. Ils ne vivent pas notre situation !" Cette famille est en quelque sorte devenue anti-système.

"Je pense que quand on ne rentre pas dans la ligne du politiquement correct, on fait tache autant dans la société que dans notre famille" décrit Aurore.

L’enquête Noir Jaune Blues démontre que comme cette famille, à cause des crises successives de ces dernières années, de plus en plus de Belges se sentent délaissés par l’Etat. Ce ressentiment alimente une défiance vis-à-vis du monde institutionnel, politique, judiciaire ou médiatique.

Un sentiment d’abandon qui nourrit le repli sur soi, l’adhésion aux discours populistes et le succès de partis de droite ou de gauche radicale.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous