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Noir Jaune Blues : "Le gouvernement aurait pu faire quelque chose pour nous aider. Il ne l'a pas fait"

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Un Belge sur deux n'a plus confiance dans les institutions et souhaite le retour d'un pouvoir autoritaire. C'est le constat interpellant dressé par l'enquête Noir Jaune Blues. Une opération menée par la RTBF et Le Soir.be avec la Fondation Ceci n'est pas une crise et Survey & Action.

En cause? Les crises successives traversées ces dernières années. Covid, guerre en Ukraine, crise économique : de plus en plus de Belges sont dégoûtés de la société actuelle. Un terrain fertile pour les discours populistes.

Pour comprendre, nous vous proposons une série de portraits de personnes qui se sentent abandonnées par le monde politique. Ici, un boucher de Flawinne qui a tout perdu à cause de la flambée des prix de l'énergie. 

Sur la vitrine, les publicités pour la viande de terroir ont laissé place à l'écriteau "commerce à remettre". C'était la dernière boucherie du village. Mais comme la plupart des autres petits commerces de Flawinne, elle ne fera bientôt plus partie du paysage. En l'espace de quelques semaines, plus de boulangerie, plus de boucherie : tous les indépendants ont fermé leurs portes . 

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Pourtant, tout avait bien commencé. En cinq ans d'existence, la boucherie de la famille Mouchart avait trouvé sa clientèle. Père, mère et fils y travaillaient ensemble. "On avait construit quelque chose de bien" se souvient Patricia Mouchart. "Notre travail était bien fait. C'est ce qui me fait le plus mal. On doit fermer notre commerce juste à cause du coût de l'énergie. Rien que ça" déplore son mari, Thierry Mouchart. 

C'est ça qui est le plus dur à avaler

De 14 000 à 58 000 euros par an, leur facture d'énergie a plus que quadruplé. Impossible de survivre dans ces conditions. "On a fermé nos portes le 31 décembre. On a très dur. On passe de très mauvaises nuits, on a du mal à trouver le sommeil." 

"Je suis fatigué, épuisé, dégoûté. Je ne vous cache pas que je dois prendre un médicament le matin pour me redonner le moral, sinon je me laisserais aller. Je suis tellement dégoûté que je n'arrive même plus à manger de la viande" raconte Thierry.  

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En fermant la boucherie définitivement, c'est toute la famille qui perd son emploi. "Je n'ai pas de mots" exprime Patricia. "Je trouve que c'est injuste. Je suis révoltée. On ne comprend pas pourquoi on est laissés de côté". La famille dénonce un manque d'aide flagrant de la part du gouvernement. 

Vous fermez votre boucherie... et tout le monde s'en fout

"On est les oubliés" lance Thierry. "On a l'impression que le gouvernement soutient les grandes succursales mais pas les petits indépendants... Mais au fond, nous, qu'est-ce qu'on leur rapporte?" 

A travers le témoignage de Thierry, on comprend comment un choc exogène peut faire basculer toute une famille vers une position de défiance envers le monde politique. 

On est les oubliés

"Le gouvernement aurait pu faire quelque chose pour nous aider. Mais il n'y a rien. Rien. On n'entend rien de nulle part" dénonce Jérôme, le fils. "Je ne sais pas où va" ajoute sa mère, Patricia. "J'ai peur, peur pour l'avenir, peur pour mes petits-enfants". 

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Et c'est bien ce sentiment de peur qui alimente le chavirage vers des idéologies populistes. "Je ne sais même pas si j'irai encore voter" avoue Thierry. "Je ne croyais déjà pas beaucoup dans le monde politique, mais là je n'y crois plus du tout" ajoute son fils. 

Est-ce que ça vaut encore la peine de voter? Je ne sais pas. 

"Oui, je suis en colère. Je ne voterai plus pour le même parti, ça c'est sûr" explique Thierry. "Je crois que l'extrême gauche va gagner beaucoup d'électeurs... Et c'est triste d'en arriver là". 

"Qu'on aille voter ou pas, on a l'impression que ça ne sert à rien. Ils font de toute façon des coalitions" ajoute-t-il. "Il faudrait que le parti gagnant décide lui-même des lois". 

"Je pense qu'il faudrait un big boss, pour ne pas que les politiciens renvoient toujours la balle à Pierre, Paul ou Jacques" renchérit Jérôme. "Il faudrait que tout le monde soit sur le même pied d'égalité". 

Je pense qu'il faudrait un big boss

Comme Jérôme, un Belge sur deux souhaite que le pouvoir soit concentré dans les mains d'un leader charismatique. C'est ce qui ressort de la dernière enquête Noir Jaune Blues. En filigrane, une méfiance vis-à-vis des institutions dans leur ensemble.

Cette tranche de la population se sent abandonnée par les élites, et aspire à une forme de pouvoir où le peuple pourrait s'exprimer directement. 

Face aux crises successives traversées ces dernières années, de plus en plus de Belges ressentent une forme d'abandon, de peur de l'avenir et de nostalgie du passé. Un ressentiment qui nourrit les idéologies populistes, et sur lequel surfent sans vergogne les partis situés aux extrêmes de l'échiquier politique. 

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