Noir Jaune Blues

Noir Jaune Blues : "Nous ne sommes pas de joyeux naïfs au pays des Bisounours"

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22 janv. 2023 à 23:02 - mise à jour 26 janv. 2023 à 09:11Temps de lecture3 min
Par Maurizio Sadutto avec Françoise Baré

L’un des enseignements de l’opération Noir Jaune Blues, en partenariat avec LeSoir.be, c’est que l’âge des répondants était déterminant sur leur positionnement. Plus on est âgé, plus on a tendance à aspirer à la "retribalisation", c’est-à-dire souhaiter une société repliée sur elle-même, pour se protéger d’un monde que l’on subit. Et inversement : plus on est jeune, plus on préfère fonder des sociétés ouvertes comme réponse aux défis lancés par notre époque.

Ceci peut s’expliquer par le fait que chaque génération a en commun d’avoir vécu dans un contexte particulier. Par exemple, la nostalgie d’un passé n’a pas vraiment de sens pour les jeunes, qui ont par ailleurs toujours évolué dans la société très perturbée que l’on connaît aujourd’hui. Cela laisse donc une voie ouverte sur le futur. Un futur où l’on peut raisonnablement se projeter malgré toutes les difficultés annoncées.

Pour illustrer ce constat, nous avons suivi un groupe d’élèves en visite aux Territoires de la mémoire, à Liège. Il s’agit d’un centre d’éducation à la résistance et à la citoyenneté. Un endroit tout approprié pour lancer des débats.

Interroger le passé pour mieux comprendre le présent

C’est donc un jour de visite pour les étudiants de l’Athénée de Beaumont, dans le Hainaut. Ils ont entre 17 et 18 ans et avec les professeurs d’histoire, ils jettent un regard sur un passé troublé pour parler d’un présent qui leur semble angoissant. 

Au menu de cette immersion dans les archives de la Seconde Guerre mondiale : réflexion, attention et discussions. Aujourd’hui, ces jeunes ressentent parfois de l’inquiétude, parfois de la résignation, ou encore de la colère face à au monde que leur ont légué leurs parents.

Luca Desormes, 17 ans. Elève de 6ème technique en animation à l'Athénée S.Veil, à Beaumont.

Lucas, 17 ans, est l’un d’entre eux, il est élève en 6ème technique en animation. En ce qui le concerne, le sentiment qui domine est plutôt la déception : "Je ne suis pas en colère, mais je suis déçu de leurs décisions. Je suis déçu de leur comportement, de leurs décisions, alors qu’ils pourraient faire changer les choses."

Des raisons d’espérer, ils en offrent cependant, comme Nora et Elia. Agir et participer aux changements de la société, elles s’y voient bien. C’est aussi pourtant une pression folle qu’elles ressentent de devoir sauver en quelque sorte le monde.

Nora Verduyck, 17 ans, Athénée S.Veil, Beaumont.

"Je ne sais pas si je me qualifierais de résistante," explique Nora, 17 ans, "mais c’est vrai que je préférerais plutôt ne pas uniquement être spectatrice ou regarder le monde sans changer. J’aimerais au contraire participer, donner mes idées, dire le changement."

On nous en demande beaucoup

Elia Noël, 17 ans, Athénée S.Veil, à Beaumont.

Quand on demande à Elia, 17 ans elle aussi, si c’est à sa génération d’agir, elle l’affirme sans détour : "Oui, on nous en demande beaucoup. Mes parents aussi me disent que c’est nous qui allons devoir gérer ça plus tard et que c’est à notre tour de prendre ça en charge, ça fait une grosse pression en plus."

Nicolas Kurevic est responsable pédagogique des Territoires de la mémoire. Il explique à ses jeunes visiteurs pourquoi il est essentiel pour lui et son équipe de les rencontrer. Le but est d’impliquer, de verbaliser les pensées, d’échafauder un futur et de s’y projeter. Et cela fonctionne. On voit dans ce moment de discussions libres des doigts qui se lèvent, on entend des questions qui fusent, des idées qui s’échangent… C’est comme un bain d’optimisme malgré un avenir qu’on leur promet obscur.

Nicolas Kurevic, responsable pédagogique des Territoires de la mémoire, à Liège.

"Il y a une adhésion, une implication.", constate Nicolas Kurevic, "Il y a peut-être une désillusion par rapport à certaines structures, par rapport à un état des lieux sociétal, mais il n’y a pas de découragement et ça, je ne le sens absolument pas. Il y a notamment une indignation, une utopie, de l’enthousiasme. Il y a beaucoup, beaucoup de choses."

Augustin Cassart, 18 ans, Athénée S.Veil, à Beaumont.

En témoigne cette intervention d’Augustin, 18 ans : "Moi je suis plutôt à voir le positif. J’aimerais qu’on soit guidé tous par des valeurs communes de liberté, de liberté d’expression, la liberté d’être. J’aimerais beaucoup qu’on soit plutôt unis, qu’il n’y ait pas de différence, qu’il n’y ait pas, justement, de distinction entre les hommes. C’est ça que je cherche à l’avenir."

Ces jeunes ne cachent rien de leurs angoisses. Mais qu’importe, disent-ils, "nous avons un rêve, et n’allez pas imaginer que nous soyons pour autant de joyeux naïfs au pays des Bisounours"…

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