Noir Jaune Blues

Noir Jaune Blues : penser à se projeter dans l’avenir, ils n’en ont ni le temps, ni le loisir

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Dans le cadre de l’enquête Noir Jaune Blues, réalisée en collaboration avec LeSoir.be, des constats particulièrement préoccupants ont surgi parmi les résultats obtenus par les auteurs de l’étude.

En effet, face aux différentes crises que traverse notre pays, des tendances inquiétantes se dessinent. Notamment celle, nettement à la hausse, d’un manque de confiance dans le système politique actuel, ainsi qu’une volonté de plus en plus marquée d’arriver à un régime plus autoritaire ou populiste. Autres tendances, celle du repli sur soi et celle du retour à des valeurs traditionnelles et conservatrices.

Nous avons voulu donner la parole à des citoyens particulièrement impactés par ces crises. Pour mieux comprendre, concrètement, comment elles affectent leur vie. Direction Liège, sur le chantier du tram. Les ouvriers d’une petite entreprise s’affairent autour du pont Atlas.

Une vie compliquée malgré un emploi

Les alpinistes industriels sont à l’œuvre sur le pont Atlas qui enjambe la Meuse.
Les alpinistes industriels sont à l’œuvre sur le pont Atlas qui enjambe la Meuse. © RTBF

Nous rencontrons l’équipe d’ouvriers sous un soleil d’hiver reflété par les eaux de la Meuse, un paysage liégeois tout à fait pittoresque. Les hommes sont encordés et casqués, et ces alpinistes industriels sont occupés à placer des gaines sous le pont Atlas.

Brice Delhaye a 29 ans, il est ouvrier et chef d’équipe, dans une petite société liégeoise qui a décroché cet important contrat. Il a un beau métier en main, des rêves, mais aussi des colères. Parce que même avec un travail, la vie se complique rudement.

Il faut que je fasse attention à tout parce que sinon en fin du mois, je me retrouve vraiment à zéro.

"J’ai un peu de colère", concède-t-il, "parce que, surtout ces derniers jours, ces derniers temps on va dire, quand on voit l’augmentation des prix un petit peu partout, ça devient problématique."

Lui qui n’avait jamais dû faire attention à l’argent auparavant a dû se charger d’une nouvelle inquiétude : "Ces derniers temps, il faut que je fasse attention à tout parce que sinon en fin du mois, je me retrouve vraiment à zéro."

Difficile aussi de pointer une raison en particulier : "Est-ce que c’est la guerre en Ukraine ? Est-ce que c’est le COVID ? Est-ce que c’est un tout ? Possible, je ne sais pas", admet-il, "Mais oui, c’est vrai que c’est très compliqué en ce moment. Avec ce qui arrive, c’est pas facile, c’est moins facile qu’avant la guerre."

Le sentiment de ne pas être entendu

Brice et son patron, Frédéric Reigner, en pleine discussion sur les plannings du chantier.
Brice et son patron, Frédéric Reigner, en pleine discussion sur les plannings du chantier. © RTBF

Le voici en discussion avec son patron pour élaborer les plannings. Le patron, c’est Frédéric Regnier. Lui jongle de son côté avec le manque de main-d’œuvre, les coûts à raboter, les carnets de commandes à honorer… Un homme aux illusions perdues, parce que malgré tout, d’après lui, rien ne change jamais.

Je pense que si on ne fait rien dans les quelques prochaines années, ce sera un foutoir monstre.

Frédéric Regnier, chef d'entreprise.

"On râle, oui, mais sur le fond, on n’a pas le choix.", explique Frédéric Regnier, "Parce que je pense que ça fait des années que les gens râlent sur les mêmes points de vue, mais il n’y a quand même jamais rien qui change. Donc est-ce que râler est une solution ? Je ne sais pas. Ne rien dire, c’en n’est pas une non plus. Mais donc du coup…"

En effet, la question demeure : que faire au juste ? Ce sentiment de ne pas être entendu et d’être dépourvu de solutions, amène à un certain pessimisme. Mais Brice et Frédéric ont malgré tout décidé de tenir bon.

Brice Delhaye, 29 ans, alpiniste industriel.

Quelle attitude adopter ? "Déprimer ? Je dirais pas. Angoisser peut être.", nuance-t-il. "Surtout si ça continue dans cette spirale-là, je vais dire. Oui, je pense que si on ne fait rien dans les quelques prochaines années, ce sera un foutoir monstre.", constate-t-il avec un rire nerveux.

La famille avant tout

Son patron, de son côté, a décidé aussi de ne pas se laisser abattre : "La seule chose qui peut faire que nous, on se porte bien, c’est nous-mêmes. Donc, soit on avance et on bosse et on s’adapte, ou alors on se laisse dépasser et on reste dans un talus et c’est terminé."

Comme un profond sentiment d’être dans une solitude noire, de ne pas être entendu par les politiques, de ne pouvoir compter que sur soi-même.

Face aux aléas de l’époque, une des solutions de bon sens pour eux : se battre d’abord pour la famille.

Brice Delhaye, suspendu au-dessus de la Meuse, s’accroche, dans tous les sens du terme…
Brice Delhaye, suspendu au-dessus de la Meuse, s’accroche, dans tous les sens du terme… © RTBF

"Ma famille compte avant tout" affirme Brice. "Et je pense qu’avoir une bonne entente avec le voisinage, c’est important parce que s’il y a un problème chez les voisins, ils peuvent compter sur moi et inversement, j’espère que si un jour j’ai un problème chez moi, je pourrai compter sur eux. Oui, la solidarité… Sans la solidarité je pense qu’on fonce tout droit dans le mur. Mais c’est d’abord la famille."

Brice et Frédéric partagent l’idée que le travail est la valeur essentielle pour garder la tête hors de l’eau. Mais penser à se projeter dans l’avenir, ils n’en ont pas vraiment le temps ni le loisir

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