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Non, il n’est toujours pas avéré que l’hydroxychloroquine est un traitement efficace contre le coronavirus

Image d’illustration d’un Ddcteur montrant le médicament d’hydroxychloroquine.
16 juin 2022 à 04:00Temps de lecture12 min
Par AFP Factuel édité par Grégoire Ryckmans

La "télévision américaine" aurait finalement admis que "l’hydroxychloroquine fonctionne contre le SARS-Cov-2", prétendent des publications virales sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Ces publications sont trompeuses et toujours infondées. L’extrait vidéo mentionné avait été diffusé sur la chaîne américaine Fox News, qui laisse la parole à de nombreuses voix controversées, en juin 2021. Les arguments mentionnés alors ne permettaient pas de prouver l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le Covid, selon les autorités sanitaires et les données connues, et celle-ci n’est toujours pas avérée en 2022.

"La télévision US admet publiquement que l’hydroxychloroquine fonctionne contre le SARS-Cov-2 et que les e-mails de Fauci révèlent qu’il le savait, mais l’a sciemment décrédibilisée pendant 18 mois", prétend un article de blog, partagé près de 500 fois sur Internet depuis le 6 juin.

Le même message a été repris sur d’autres sites, dans des tweets (ici, , ) ainsi que des publications Facebook, partagées chacune plusieurs centaines de fois en moins d’une semaine.

Ces allégations se fondent sur un autre tweet, publié il y a un an par l’essayiste Idriss Aberkane, et partagé depuis plus de 5500 fois. On y retrouve un extrait vidéo d’une émission de la chaîne américaine Fox News, déjà épinglée par l’AFP (ici, ) et d’autres médias américains dont le Washington Post pour avoir permis la diffusion d’informations trompeuses liées à la pandémie de coronavirus, notamment en donnant la parole ou en citant des personnalités controversées.

Capture d’écran Twitter, prise le 13/06/2022 (AFP)

Dans la vidéo, la présentatrice Laura Ingraham donne la parole à Harvey Risch, un épidémiologiste spécialisé dans l’étude du cancer affilié à l’université de Yale, fervent défenseur de l’hydroxychloroquine, dont les propos sur la pandémie ont déjà fait l’objet d’articles de vérifications par des médias anglophones.

Il assure ainsi que "l’hydroxychloroquine, associée au zinc, à la vitamine D, aux antibiotiques, à l’aspirine, ou à d’autres médicaments dans un protocole comme l’a présenté le docteur McCullough est un bon moyen de prévention des effets graves du Covid d’au moins trois quarts, de 75 à 85% ou mieux".

Ce "protocole" auquel Harvey Risch fait référence avait été relayé très largement en 2021 dans plusieurs pays dont les Etats-Unis, la France et la Belgique, où il avait trouvé de l’écho en étant diffusé par plusieurs figures critiques de la gestion gouvernementale de la pandémie.

Cette liste de remèdes prétendument efficaces pour prévenir ou soigner le Covid-19 avait cependant fait l’objet de nombreuses critiques de scientifiques et des autorités sanitaires, qui pointaient des traitements inefficaces voire dangereux, comme le relatait déjà l’AFP en anglais et en français.

L’épisode des "mails de Fauci"

La vidéo qui circule à nouveau sur les réseaux sociaux en juin 2022 n’est pas récente : elle a été diffusée le 5 juin 2021, dans l’émission de Laura Ingraham. La présentatrice de Fox News y faisait référence aux "mails de Fauci" qui auraient démontré que ce dernier, le conseiller de la présidence américaine en matière de politiques de santé, aurait caché les bienfaits de l’hydroxychloroquine.

A l’époque, le Washington Post et BuzzFeed News avaient obtenu, et en partie publié, des courriels d’Anthony Fauci en vertu d’une loi américaine de 1967, le Freedom of Information Act (FOIA). Cette dernière permet à tout citoyen de demander un accès aux documents de "n’importe laquelle des agences fédérales" du pays, comme l’indique le site officiel qui lui est dédié.

Le Dr Anthony Fauci, le conseiller sanitaire de la Maison Blanche, qui s’exprime devant le Sénat américain le 11 janvier 2022 à Washington DC (POOL / Greg Nash).
Le Dr Anthony Fauci, le conseiller sanitaire de la Maison Blanche, qui s’exprime devant le Sénat américain le 11 janvier 2022 à Washington DC (POOL / Greg Nash). AFP

Il y a certes des restrictions à ces publications (dont font partie les documents secret-défense ou les informations commerciales confidentielles) et des blocages, mais cette loi a notamment permis de rendre publics en 2013 des documents relatifs au procès de l’ex-soldate Chelsea Manning, "taupe" présumée de WikiLeaks, et, à partir de 2015, des mails d’Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’Etat, entre 2009 et 2013.

Plus récemment, les "Pfizer documents", liés à la demande d’autorisation du vaccin anti-Covid de l’entreprise pharmaceutique, ont également commencé à être rendus publics de cette façon.

Dans leurs premiers articles sur les "mails de Fauci" parus le 1er juin 2021, le Washington Post et BuzzFeed avaient insisté sur la pression qui pesait sur l’immunologue du fait des tensions avec l’administration de Donald Trump, qui minimisait alors l’ampleur de l’épidémie.

Leur publication avait donné lieu à de nombreuses interprétations trompeuses sur la pandémie, que l’AFP avait alors vérifiées. Plusieurs médias conservateurs, dont Fox News, s’étaient montrés critiques envers Anthony Fauci, suggérant que ses mails prouvaient notamment qu’il avait dissimulé des éléments sur l’origine de la pandémie, ou sur des prétendus remèdes contre le Covid, comme l’hydroxychloroquine.

Qu’est-ce que l’hydroxychloroquine ?

La chloroquine est un médicament prescrit depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. Son dérivé, mieux toléré, l’hydroxychloroquine, abrégée HCQ et connue en France sous le nom de Plaquénil, est notamment prescrit contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde.

Graphique sur l’hydroxychloroquine, alors que les Etats-Unis ont livré 2 millions de doses au Brésil de ce médicament controversé pour lutter contre le Covid-19 (AFP / STAFF).
Graphique sur l’hydroxychloroquine, alors que les Etats-Unis ont livré 2 millions de doses au Brésil de ce médicament controversé pour lutter contre le Covid-19 (AFP / STAFF). AFP

L’hydroxychloroquine connaît depuis l’arrivée du Covid-19 une notoriété inédite. Début 2020, le professeur Didier Raoult, de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée-Infection de Marseille, avait relayé une étude chinoise, peu détaillée, affirmant que le phosphate de chloroquine montrait des signes d’efficacité chez des malades du coronavirus.

L’effervescence avait connu un regain en mai 2020, lorsque Donald Trump, alors président des Etats-Unis, s’en était fait l’apôtre, au point de dire qu’il en avait pris un temps à titre préventif. Au Brésil, le président Jair Bolsonaro, déjà épinglé par l’AFP pour avoir relayé des fausses informations liées à la vaccination, en était aussi un promoteur acharné.

Pourtant, début décembre 2021, Didier Raoult a écopé d’un "blâme" par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine, pour avoir enfreint le code de déontologie médicale en promouvant l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, malgré l’absence d’effet prouvé.

L’efficacité de l’hydroxychloroquine pas avérée

En effet, l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour traiter ou prévenir le Covid-19 n’est pas démontrée. "Des essais cliniques ont été menés à grande échelle pour tester l’efficacité de la chloroquine contre le SARS-CoV-2 et ceux-ci n’ont pas démontré d’efficacité avérée", notait en mars 2021 Marisa Peyre, épidémiologiste au Cirad, auprès de l’AFP.

Plusieurs études randomisées – la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – ont en effet conclu que l’hydroxychloroquine n’était pas efficace contre le Covid-19.

"L’OMS ne recommande pas l’hydroxychloroquine en tant que traitement contre la Covid-19. Cette recommandation est fondée sur 30 essais auxquels ont participé plus de 10.000 patients atteints de Covid-19. L’hydroxychloroquine n’a réduit ni la mortalité, ni la nécessité de recourir à la ventilation artificielle, ni la durée de cette ventilation", indique le dernier avis de l’organisation sur la question, publié le 30 avril 2021 et toujours valide aujourd’hui.

"L’OMS ne recommande pas l’hydroxychloroquine à titre prophylactique (c’est-à-dire de façon préventive, ndlr) contre la Covid-19. Cette recommandation est fondée sur six essais portant sur plus de 6000 personnes qui n’étaient pas atteintes de Covid-19 et auxquelles de l’hydroxychloroquine a été administrée. L’utilisation de l’hydroxychloroquine à titre prophylactique n’a eu que peu, voire pas d’effet sur la prévention de la maladie, des hospitalisations ou des décès dus à la Covid-19", indique encore l’OMS sur son site.

L’utilisation de l’hydroxychloroquine "pas recommandée" en Belgique depuis 2020

En Belgique, un avis officiel avait été émis quelques mois avant le début de la pandémie concernant le traitement des personnes hospitalisées suite à une infection au Covid-19 avec l’hydroxychloroquine. En effet, l’Institut scientifique de santé publique Sciensano déconseille fortement, depuis mai 2020, l’hydroxychloroquine pour soigner les personnes hospitalisées pour le Covid-19.

En août 2020, Sciensano a également publié une étude des données comparatives des patients hospitalisés en Belgique, dont certains ont reçu un "régime "à faible dose" de sulfate d’hydroxychloroquine".

Celle-ci a indiqué que sur les 8000 patients qui répondaient aux critères d’inclusion de l’analyse, environ 4500 ont reçu un traitement à base d’hydroxychloroquine. L’analyse statistique multivariée (pour corriger le maximum de facteurs confondants) montrait alors que le traitement par une faible dose d’ hydroxychloroquine, tel qu’il fut prescrit dans les hôpitaux belges, était associé à une mortalité hospitalière moins élevée que les patients n’ayant pas reçu ce traitement. Cette étude est publiée dans la revue scientifique "International Journal of Antimicrobial Agents".

Cependant, suite aux résultats d’autres études et aux recommandations internationales basées sur d’autres essais, l’hydroxychloroquine n’est depuis plus recommandée en Belgique pour le traitement du Covid-19, excepté dans le cadre d’essais cliniques enregistrés.

En France, en octobre 2020, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait refusé d’accorder une recommandation temporaire d’utilisation (RTU), qui permet "d’encadrer des prescriptions non conformes à l’autorisation de mise sur le marché (AMM), sous réserve que le rapport bénéfice/risque d’un médicament dans l’indication considérée soit présumé favorable", à l’hydroxychloroquine, suivant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique.

L’agence française avait justifié ce choix dans un communiqué, expliquant qu'"à ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d’un bénéfice de l’hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19". L’ANSM a cependant précisé que cette décision pourrait "être révisée à tout moment, notamment si de nouveaux résultats d’études cliniques venaient modifier le constat fait à ce jour".

La Haute Autorité de Santé (HAS) française tient également une "veille des études cliniques publiées pour certains médicaments du Covid-19", incluant l’hydroxychloroquine, et concluait dans sa dernière analyse de février 2021 que "l’hydroxychloroquine seule n’a pas été associée à un impact significatif sur la mortalité chez les patients Covid-19 hospitalisés".

Sur une page dédiée aux questions liées à l’efficacité de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine contre le Covid et mise à jour le 25 octobre dernier, la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique (SFPT) indique que "les données disponibles concluent que l’hydroxychloroquine n’est pas associée à une réduction de la mortalité à 28 jours, de l’aggravation de la maladie, ni à une amélioration des symptômes".

"Les données disponibles suggèrent également que la chloroquine ou l’hydroxychloroquine utilisées en association avec l’azithromycine ne sont pas cliniquement efficaces pour traiter le Covid-19, ni pour prévenir l’infection chez les sujets à risque", ajoute encore la page de la SFPT, se fondant sur plusieurs méta analyses d’études, dont "le projet Covid-NMA, porté par l’AP-HP et la collaboration Cochrane, ou le projet meta-evidence.org, porté par l’Université et le CHU de Lyon".

Des possibles effets secondaires

Dans la vidéo de Fox News, Harvey Risch assure que "455.000 vies ont été perdues inutilement" car l’hydroxychloroquine n’a pas été mise en avant par les autorités sanitaires pour traiter le Covid-19. Pourtant, des experts interrogés par l’AFP avaient, dès le début de la pandémie, mis en garde contre les possibles effets secondaires de la chloroquine et de son dérivé.

"Il faut faire attention car la chloroquine […] a un certain nombre d’effets indésirables […] : affections du système immunitaire, affections gastro-intestinales, nausées, vomissements, des troubles au niveau hépatique voire hématologique", expliquait à l’époque le professeur Jean-Paul Giroud, l’un des spécialistes les plus reconnus en pharmacologie et membre de l’Académie nationale de Médecine.

"La marge thérapeutique de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine est étroite, cela veut dire que la quantité qu’on donne pour être efficace n’est pas loin de la dose toxique", notait ainsi en mars 2021 Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l’Académie nationale de médecine, auprès de l’AFP.

"La prise d’hydroxychloroquine en traitement contre la Covid-19 peut augmenter le risque d’arythmie cardiaque, de troubles sanguins et lymphatiques, de lésions rénales, ainsi que de troubles et d’insuffisances hépatiques", indique en outre l’avis de l’OMS d’avril 2021. L’organisation liste les caractéristiques et les effets indésirables de la chloroquine.

Le 2 mars 2021, un comité d’experts internationaux de l’OMS avait conclu dans une note publiée dans le British Medical Journal (BMJ) que l’hydroxychloroquine "ne doit pas être utilisée comme traitement préventif pour les personnes qui ne sont pas atteintes du Covid".

Les experts se sont fondés sur les résultats de six essais randomisés incluant plus de 6000 participants, qui montrent que le recours à l’anti-inflammatoire ne diminue pas le risque de décès ou d’admission à l’hôpital pour une infection au Covid-19, notant à l’inverse que la molécule "augmente probablement le risque d’effets indésirables".

En conséquence, l’OMS avait considéré que ce médicament n’était plus prioritaire pour de nouvelles recherches et que les moyens mis à sa disposition devaient être redirigés pour évaluer d’autres médicaments, plus prometteurs pour prévenir le Covid-19.

Fox News, Laura Ingraham et Idriss Aberkane

C’est au cours de l’émission de la présentatrice de Fox News Laura Ingraham qu’ont été relayées les allégations liées à l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. La présentatrice, qui a déjà diffusé des fausses informations sur son compte Twitter, a, depuis le printemps 2020, donné la parole à de nombreuses personnalités véhiculant des allégations parfois trompeuses ou infondées sur la pandémie.

Parmi eux, plusieurs défenseurs de l’hydroxychloroquine ont vanté les mérites de cette molécule sur la chaîne américaine. Dans l’extrait de l’émission devenu viral sur les réseaux sociaux, Laura Ingraham mentionne notamment Stephen Smith, un médecin du New Jersey, auteur en juin 2021 d’une "nouvelle étude" qui aurait "démontré" que l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine "empêche absolument" les complications sérieuses.

Pourtant, comme le notaient des médias de vérification américains (ici, ), cette étude observationnelle réalisée en 2021, prenant en compte 225 patients atteints de Covid-19 pris en charge dans le New Jersey, n’avait alors pas été révisée et validée par des pairs – et ne l’a toujours pas été depuis. Elle présente plusieurs faiblesses méthodologiques, dont le fait de ne pas prendre en compte de groupe test, et ne peut "en aucun cas être comparée aux essais contrôlés randomisés", considérés comme la méthode la plus fiable pour tester un traitement, pointent des spécialistes.

Laura Ingraham n’est pas la seule présentatrice controversée de la chaîne Fox News. Cette dernière est en effet connue pour donner la parole à des voix polémiques véhiculant des idées ultra-conservatrices, jusqu’à parfois donner de la place à l’antenne à des théories complotistes. Tucker Carlson, un autre présentateur emblématique de la chaîne Fox News, est ainsi accusé de populariser des thèses complotistes et racistes susceptibles, selon certains, d’entraîner des drames comme la récente tuerie de Buffalo.

Idriss Aberkane, qui avait relayé l’extrait vidéo de la chaîne en 2021 sur son compte Twitter, s’y présente comme un "hyperdoctor", diplômé de "trois doctorats dont un de l’Ecole polytechnique à 29 ans" et y est suivi par plus de 223.000 personnes à ce jour. L’essayiste français a été très médiatisé en 2016, pour ses conférences sur le développement personnel et après la publication d’un livre, classé cette année-là au cinquième rang des meilleures ventes, selon l’Express.

Après la parution de son portrait élogieux dans Le Monde cette même année, plusieurs scientifiques ont cependant émis des doutes sur ses qualifications, soulignant la maigreur de ses publications scientifiques, un CV gonflé et des liens rompus avec des structures dans lesquelles il prétendait enseigner. Selon une enquête menée par Le Parisien en janvier 2022, l’école d’ingénieurs CentraleSupélec a ainsi assuré ne plus avoir "aucun contact avec lui depuis cinq ans."

Depuis le début de la pandémie, les prises de position de ce chercheur sur l’épidémie de coronavirus ont aussi trouvé de l’écho dans les mouvements complotistes et anti-vaccins. En décembre 2021, il avait faussement sous-entendu dans un tweet devenu viral qu’un patient non vacciné décédé du Covid-19 connu sous le nom de "Karim", était un faux patient, comme détaillé dans cet article de vérification de CheckNews. Plusieurs de ses tweets ont par ailleurs déjà été vérifiés par l’AFP (ici, ici, ).

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