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Non, il n’y a pas de graphène dans les vaccins contre le Covid-19

Feuille de graphène, dessin sur ordinateur. Le graphène est une couche unique de graphite. Il est composé d’atomes de carbone disposés en hexagone (sphères). Le graphène est très résistant et flexible. Il transporte les électrons très efficacement et pour

© Getty Images

De nombreuses vidéos et publications circulent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois, affirmant que les vaccins contre le Covid-19, des médicaments ou encore dans des produits de la vie quotidienne contiendraient du graphène. Ce matériau synthétique aux propriétés prometteuses a été découvert au début des années 2000. Depuis, il fait l’objet d’une attention particulière des chercheurs dans plusieurs domaines, mais est aussi source de nombreuses fausses informations.

L'arrivée des vaccins contre le coronavirus a multiplié les rumeurs au sujet de la présence de ce matériau, notamment dans le Comirnaty, le vaccin à ARN messager de Pfizer.

Graphène dans les vaccins : une fausse information récurrente

Les premières traces de discussions autour de la présence de graphène dans le vaccin Pfizer remontent à la publication d’un rapport de Pablo Campra, professeur à l’université espagnole d’Almería. Daté du 28 juin, ce document fait état d’une observation au microscope de ce qui serait un échantillon de vaccin, dont la composition présenterait de fortes similitudes avec celle de l’oxyde de graphène. Partagé massivement dans les milieux antivaccins contre le Covid-19, le rapport a rapidement fait l’objet de plusieurs articles de vérifications, en espagnol et en français, qui ont mis en exergue son caractère non-scientifique et le fait qu’il ne constitue en rien une preuve de la présence de graphène dans le vaccin Pfizer.


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L’université d’Alméria a d’ailleurs tenu à expliciter sa position à travers un communiqué sur Twitter : "Il est absolument faux que l’Université d’Almería ait réalisé une étude scientifique avec les résultats publiés par ces médias, qui, d’autre part, déforment le contenu d’un rapport non officiel d’un professeur d’université sur l’analyse d’un échantillon d’origine inconnue avec une absence totale de traçabilité."

Dans les milieux francophones, la spécialiste de la santé publique, de la gériatrie et du vieillissement Astrid Stuckelberger, s’est également fait le relais de ces théories. Intervenante dans le film coronasceptique "Hold-up", elle a notamment relayé cette rumeur lors d’une intervention dans le média alternatif LaUneTv, lancé par l'ancien journaliste Richard Boutry, connu pour sa ligne éditoriale à tendance complotiste.

Plusieurs vidéos circulent également sur les réseaux sociaux, prétendant montrer du graphène et des expérimentations sur les réactions du matériau en présence d’un aimant. Comme expliqué par "Les Observateurs" de France 24, ou encore AFP factuel, ces vidéos ne montrent en réalité ni du graphène ou de l’oxyde de graphène, ni ses propriétés magnétiques.

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Qu’est-ce que le graphène ?

Le graphène est une forme allotropique de carbone, comme le graphite et le diamant. Synthétisé en 2004, il est le premier matériau bidimensionnel, c’est-à-dire constitué d’une seule couche d’atomes. De par ses propriétés uniques, il est au centre de nombreuses recherches. En 2013, la Commission européenne a crée le "Graphène Flagship", un consortium multidisciplinaire financé à hauteur d’un milliard d’euros pour développer les recherches sur le graphène et ses différentes applications.

"Le graphène est un matériau qui a des potentialités très importantes au niveau technologique, explique Jean-Christophe Charlier, professeur à l’Ecole polytechnique de Louvain (UCLouvain). Il présente des propriétés exceptionnelles dans la mesure où celles-ci peuvent être combinées : en fonction de son état, le graphène peut-être extrêmement rigide ou bien permettre une certaine flexibilité, il est un excellent conducteur électrique et thermique et est en même temps transparent. Ces propriétés, qui sont souvent antagonistes, peuvent être observées dans le graphène et dans d’autres matériaux bidimensionnels".

Le graphène pourrait donc présenter un intérêt pour une électronique du futur, dans les écrans tactiles par exemple, en remplacement des matériaux utilisés actuellement. "La physique bidimensionnelle n’est pas du tout la même que la physique à trois dimensions, ce qui offre beaucoup de possibilités", détaille Jean-Christophe Charlier.

Vidéo du CNRS (Centre national de la recherche scientifique français) sur le graphène

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Pas de présence dans les vaccins

Pour le spécialiste du graphène, la présence de graphène dans des vaccins n'a aucun sens scientifique : "Il n’y aurait véritablement aucun intérêt à introduire du graphène dans les vaccins. Le but d’un vaccin ARN type Pfizer est de mettre au point une technique pouvoir activer le système immunitaire afin de combattre le virus. Le graphène ne pourra jamais avoir ce rôle. Il pourra être utilisé à des fins optiques, électroniques, thermiques, ou encore comme membrane nanoporeuse comme un filtre."


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Au-delà du non-sens que représenterait l’introduction de graphène dans un vaccin, le niveau actuel de la recherche ne permettrait pas non plus une production à grande échelle. Pour rappel, des milliards de doses de ces vaccins ont déjà été produites. "Ça coûterait énormément d’argent à une firme d’introduire du graphène dans des vaccins avec un niveau de production industriel, et surtout cela n’aurait aucun sens rationnellement ". D’autant plus que la composition réelle des vaccins contre le Covid-19 n’est pas un secret. La Food and Drug Administration, administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments, a par exemple publié la liste des composants du vaccin Pfizer/BioNTech.

Toutefois, l’utilisation du graphène dans la lutte contre le Covid n’est pas totalement hors de propos. Reconnu pour ses propriétés filtrantes et antivirales, il a notamment été utilisé dans certains masques FFP2. Des millions d’exemplaires de ces masques avaient par ailleurs été retirés de la circulation par le gouvernement canadien en avril, suivi par la France en juin 2021, suite à des soupçons concernant la toxicité du matériau. Quatre ONG avaient notamment alerté la Commission européenne sur les potentiels risques de ces masques, dans une lettre datée du 6 avril 2021.

Un matériau source de fantasmes et d’incompréhensions

Dans plusieurs publications circulant sur les réseaux sociaux, le graphène n’est pas seulement l’apanage des vaccins. Certains internautes affirment avoir trouvé sa trace dans les bouteilles d’eau, dans des céréales pour le petit-déjeuner, dans de l’eau de pluie ou encore dans les fameux chemtrails, théorie du complot qui voudrait que les traînées laissées dans le ciel par les avions soient en réalité des déversements de produits néfastes pour la population.


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"La réalité est que le graphène est un matériau avec des nouvelles potentialités technologiques très intéressantes. Avec ces fausses informations, on essaye de faire croire au grand public toute une série de concepts complètement inconcevables au niveau technique et scientifique", conclut le professeur de l’UCLouvain.

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