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Non, la colombophilie n’est pas "un sport de vieux"

Portrait d'Adrien Mirabelle, colombophile "pro"

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23 juil. 2022 à 16:05 - mise à jour 24 juil. 2022 à 06:52Temps de lecture6 min
Par Charlotte Legrand

La preuve avec Adrien Mirabelle, 34 ans, parmi les meilleurs de sa discipline en Belgique. Nous l’avons suivi lors d’un concours. L'idée? comprendre sa passion (qui est aussi son métier), mais aussi comprendre tout simplement comment ça fonctionne, la colombophilie ! Qui ne s’est jamais posé la question ? En un article, vous saurez tout sur cette discipline bien de chez nous, pratiquée désormais aux 4 coins du globe.


Si Obélix est tombé dans la marmite de potion magique, Adrien Mirabelle doit être né dans un pigeonnier. A 34 ans, le Montois s’est fait un nom dans le milieu de la colombophilie. Il a déjà décroché plusieurs titres de champions de Belgique avec ses meilleures "recrues". C’est son grand-père qui lui a transmis le "virus" de la colombophilie.

Eleveur de champions

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A l’époque, Papy et ses copains incarnent un peu le cliché qu’on peut avoir du colombophile : en cache-poussière, la clope au bec, ils passent leur temps "au local" ou dans leur jardin à attendre le retour des champions. Adrien s’inscrit dans cette nouvelle génération de colombophiles, en short, casquette et tatouage. Il aimerait d’ailleurs voir plus de jeunes s’intéresser à la discipline, en Belgique. "Mais à l’étranger on peut dire qu’il y a vraiment une belle relève".

Logés comme à l'hôtel!

A l’arrière de chez lui, il élève plusieurs centaines de pigeons. Une soixantaine sont aptes à participer aux concours. Ils bénéficient d’un logement un peu plus "smart", avec un système de tapis roulant pour récupérer les fientes. Pour les résidents, le confort est maximal."Et pour celui qui nettoie, c’est moins de travail aussi", sourit notre colombophile.

L’hôtel des champions
L’hôtel des champions © Tous droits réservés

Il nous a donné rendez-vous à midi 15. Les premiers pigeons devraient arriver dans la demi-heure qui suit. "Ils sont partis ce matin, vers 10 heures, du sud de la région parisienne". Première erreur que font les novices : croire que le concours se déroule en une seule journée. "Hé non ! Les pigeons sont conduits plusieurs jours avant, chez un convoyeur. Il va acheminer tout le monde vers le lieu de départ du concours". En l’occurrence, les pigeons d’Adrien ont démarré jeudi, avec des centaines d’autres concurrents. "Un peu comme en colonie de vacances". Les propriétaires, les éleveurs, restent au pays, près des pigeonniers, pour réceptionner les volatiles.

© Tous droits réservés

Dans le domaine de la colombophilie, l’informatique a permis de sérieuses avancées. "Les pigeons sont désormais pucés. Cela permet de suivre en temps réel le déroulement du concours, et de recenser les arrivées, au fur et à mesure".

Scannés à l'arrivée

Les pigeonniers sont équipés de plaques, qui font office de "scanners" de puces. Quand le pigeon franchit la porte du pigeonnier, un petit bip retentit. C’est en quelque sorte un "accusé de réception". Le signe que le pigeon est rentré, et que son arrivée est validée pour le concours. Encore faut-il que le volatile accepte de rentrer. On le verra plus tard, ce n’est pas toujours une mince affaire.

On attend…
On attend… © Tous droits réservés

Adrien Mirabelle a installé des chaises de jardin au milieu de son terrain. Il scrute le ciel à la recherche d’un profil "familier". Les meilleurs devraient pointer le bout de leur bec d’une minute à l’autre. Incapable de rester sur sa chaise, il fait les cent pas, appelle un ami colombophile de Quaregnon. "Des nouvelles ? Non… Moi non plus. Avec la météo, ils volent à 73 km/h… Vitesse normale, quoi… Ça devrait arriver bientôt…" Le soulagement est palpable : l’ami attend, lui aussi. Dans le ciel, un épervier tournoie au-dessus du secteur. "Ça, c’est pas bon ça… Il faut qu’il parte !", peste notre colombophile. L’oiseau de proie semble comprendre et prend le large. Ouf.

Dix minutes plus tard. Cette fois, ce n’est pas une fausse alerte : un premier pigeon rentre au bercail. L’arrivée est parfaite. Un vol piqué qui se termine quasiment la tête dans le pigeonnier. Adrien l’encourage avec des petits sifflements. Le timing est prometteur : il tient peut-être là une première victoire ! Comment a-t-il fait pour se repérer, depuis le lieu de départ ? "Ah ça… C’est le grand mystère. Plusieurs théories circulent. On ne sait pas avec certitude. On pense que les pigeons se repèrent grâce au magnétisme terrestre. Qu’ils ont, en quelque sorte, un sixième sens. On les entraîne également à se repérer et retrouver leur pigeonnier. Je pense qu’à force d’entraînement, ils trouvent des repères : les canaux, les autoroutes par exemple…"

© Tous droits réservés

Une autre piste, peut-être ? La technique du veuvage. En gros, dans le pigeonnier, les mâles vivent séparés des femelles toute la semaine. Mais au retour du concours, ils ne doivent plus faire chambre à part. Les sportifs peuvent retrouver leur dulcinée. "Mais franchement, je pense qu’ils préfèrent retrouver leur territoire plutôt que leur compagne".

Des concours jusqu'à Barcelone

D’autres pigeons arrivent, au compte-goutte. Le colombophile reconnaît la plupart de ses volatiles. Du plus jeune au plus expérimenté, en passant par le plus "paresseux", "qui ne se foule pas sauf quand il revient de Barcelone ! Il lui faut des grosses distances". Hé puis il y a les "intrus", appartenant à d’autres propriétaires, un peu perdus, ou les opportunistes (qui ne participent pas au concours mais ont juste soif). Enfin, il s’énerve contre ceux qui "font n’importe quoi", et préfèrent se poser dans un arbre, sur le toit, plutôt que de rentrer. Et sans franchir le seuil du pigeonnier, pas de "scan", donc pas d’arrivée "officielle" au concours ! "Qu’est-ce qu’il fout, celui-là, mais regarde-moi ça ! Il fait n’importe quoi… Ce que ça peut être con, parfois, un pigeon".

© Tous droits réservés

Il y aura trois arrivées ce samedi, la journée sera longue. "C’est très fatigant. Comme tous les mois de juillet, là, je suis au bout du rouleau". Impossible de partir longtemps en vacances. "C’est comme avec une équipe de foot, ou des coureurs cyclistes : si tu stoppes tout pendant trois semaines, tu dois tout recommencer de zéro". Un de ses amis est dans le même état de fatigue. "Pire même, il se lève tous les matins à 5 heures, il frôle le burn-out…" A chaque début de saison, Adrien est remonté à bloc. Mais à l’approche de la fin de la saison (septembre), il décompte les jours.

Les champions rentrent au bercail

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Hormis les concours et son élevage de pigeons, il travaille comme intermédiaire dans le secteur colombophile. En gros, il achète et vend des pigeons, pour le compte de clients (la plupart du temps fortunés).

Des pigeons qui voyagent de plus en plus loin

La firme pour laquelle il travaille (Pipa) organise des ventes aux enchères en ligne, qui réunissent des colombophiles du monde entier. "C’est incroyable comme cela s’est internationalisé. On voit désormais des pays comme le Sénégal, l’Iran, l’Inde sur le marché. La Chine, bien évidemment, et bien d’autres contrées qui, jusqu’ici semblaient ne pas s’intéresser aux pigeons…"

© Tous droits réservés

Quel prix peuvent atteindre les grands champions ? Les records en vente aux enchères dépassent largement le million d’euros. Adrien a plusieurs fois négocié "des ventes à six chiffres" pour des clients du Moyen-Orient ou de Chine. "On en pense ce que l’on veut. Je sais qu’il y a des critiques. Mais ce type de transaction fait parler de la colombophilie, dans le monde".

Et lui, quel est son intérêt, lorsqu’il participe à des concours ? Les gains sont-ils importants ? "C’est surtout le palmarès du pigeon qui est recherché. Plus un pigeon va remporter de titres, plus il va prendre de la valeur". Jusqu’à être revendu, au plus offrant ? "Cela peut arriver. Je l’ai déjà fait. Mais je préfère vendre les fruits de l’arbre, plutôt que l’arbre", sourit le jeune Montois.

"Tu deviens addict"

Ce qu'il préfère dans sa discipline: l'adrénaline, sans aucun doute. "Voir les pigeons arriver. Je trouve ça beau, en plus...Et voir aussi que tu fais des bons résultats. Tu deviens addict un peu aussi, c'est normal. C'est ta récompense". Tous les sacrifices à consentir commencent à lui peser. Les pertes font aussi partie de la discipline. "C'est difficile de perdre un pigeon. J'ai déjà fait 15, 20 allers-retours dans une journée pour voir si un pigeon était rentré". Il se souvient aussi de ce pigeon revenu après 4 jours seulement, qui l'attendait sur le seuil du pigeonnier. Les changements climatiques lui font peur aussi, car il voit combien ses volatiles en souffrent. "Ils ne transpirent pas, c'est comme les chiens. Alors vous les voyez rentrer des courses le bec ouvert, vraiment pas bien. Ca fait mal au coeur!"

Adrien Mirabelle a plusieurs centaines de pigeons chez lui, à Ghlin près de Mons. Ce samedi, ils étaient près de 40 engagés dans des concours au départ de la France. Les plus endurants démarraient de la région de Cahors.

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