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Notre ciel nocturne est menacé, sous l’assaut des satellites envoyés par SpaceX et Cie, alertent les astronomes belges

16 mai 2022 à 04:30 - mise à jour 16 mai 2022 à 07:57Temps de lecture2 min
Par Adeline Louvigny, avec Sarah Heinderykx et Lucie Dendooven

Ce 16 mai est la journée internationale de la lumière, et cette date a été choisie par les astronomes belges pour lancer un cri d’alerte : le ciel nocturne, ce bien commun de l’Humanité, serait en train de disparaître au profit d’intérêts privés.

Depuis plusieurs années, les astronomes du monde entier s’inquiètent des méga-constellations de satellites envoyées dans le ciel par des entreprises comme SpaceX, Amazon ou OneWeb. Toutes ces sociétés ont envoyé ou ont prévu d’envoyer dans les mois qui viennent plusieurs dizaines de milliers de satellites en orbite basse, c’est-à-dire à quelques centaines de kilomètres d’altitude. Leur objectif est de fournir une connexion internet aux quatre coins de la planète, jusque que dans les coins les plus reculés. Mais ces satellites laissent des traînées lumineuses qui vont considérablement perturber les observations des astronomes.

Un ciel brouillé par des satellites en orbites basses

"Imaginez qu’on dise à tous les médecins et biologistes de la planète : écoutez pendant 40% du temps, on brouille vos images de microscope… Il y aurait évidemment une levée de boucliers. Et bien en fait, c’est ce qui se passe pour les astronomes. On leur brouille, on rend inutilisables leurs images du télescope pendant une fraction significative du temps d’observation" précise Sophie Van Eck, astrophysicienne à l’ULB.

AFP or licensors

Environ 40% des observations seront rendues inutilisables par les méga-constellations de satellites

"Environ 40% des observations seront rendues inutilisables par les méga-constellations de satellites"

Sophie Van Eck, astrophysicienne à l’ULB.

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Ces observations sont indispensables à la détection, notamment, d’astéroïdes géocroiseurs, ces astéroïdes dont l’orbite croise celle de la terre, comme celui qui à l’origine de de la disparition des dinosaures, et de nombreuses autres espèces, il y a 66 millions d’années. "Il est extrêmement intéressant d’arriver à suivre ces astéroïdes qui pourraient impacter la terre pour éventuellement, à l’avenir, avoir des moyens de s’en prémunir. Mais le risque est qu'on n'arrive plus à les détecter à temps, parce que ces méga-constellations de télescopes vont nous boucher l’accès au ciel durant une fraction significative du temps d’observation" alerte l’astrophysicienne.

Un autre problème est celui des débris spatiaux causés par l’envoi de ces satellites. "On sait que le nombre de ces débris va augmenter de manière exponentielle, mais ils sont extrêmement dangereux. Déjà à l’heure actuelle, il y a régulièrement des manœuvres d’évitement dans la station spatiale internationale pour que des débris ne viennent pas mettre en danger les astronautes."

"L’espace, c’est un peu le Far West"

"Ce problème va prendre une ampleur considérable à l’avenir : est-ce qu’un jour cette ceinture autour de la terre d’orbite basse sera tellement polluée que nous ne pourrons plus envoyer aucun satellite ? Même géostationnaire, même pour la météorologie ? Il faudrait que les scientifiques puissent faire entendre leurs voix et puissent sans doute discuter avec les compagnies privées et les États bien sûr de manière à ce qu’une certaine réglementation ait lieu. Parce que pour l’instant, l’espace c’est un peu le Far West. Les traités spatiaux qui datent de la fin des années 70 sont devenus obsolètes et rien ne les a véritablement remplacés."

Et de conclure : "Ce ciel appartient à tout le monde, et c’est très important qu’on continue à y avoir accès. A se rendre compte en regardant les étoiles, en regardant notre voie lactée, que finalement nous humains habitons un petit rocher, une petite planète très insignifiante dans l’univers et qu’il faut protéger."

"Il nous faut cette conscience du ciel nocturne, de notre place dans l'univers"

"Il nous faut cette conscience du ciel nocturne, de notre place dans l'univers"

Sophie Van Eck, astrophysicienne à l’ULB.

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