Icône représentant un article video.

Belgique

"Notre immunité collective s’enrichit mais ce serait risqué de tabler là-dessus et se dire que tout va bien" explique Marius Gilbert

QR l'actu

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

17 janv. 2022 à 22:33Temps de lecture16 min
Par Hugues Angot

La moyenne des infections liées au covid poursuit son augmentation mais du côté des hospitalisations et des soins intensifs, les chiffres restent relativement stables même si une hausse semble toutefois s’amorcer. Et c’est dans ce contexte relatif que le cabinet du Premier ministre a annoncé, à l’issue d’une réunion de travail avec les ministres-présidents des entités fédérées, la tenue ce vendredi d’un comité de concertation. Alors peut-on attendre quelques allègements des règles pour la fin de la semaine ?

Au programme, il est officiellement question de plancher sur la mise sur pied du Baromètre corona, ce nouvel instrument de gestion de la crise sanitaire. Pour faire le point sur la situation, QR l’actu a invité Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB et Philippe Devos, chef adjoint des soins intensifs au CHC de liège.

Assouplissements pour la culture ?

La jauge des 200 personnes peut-elle être revue à la hausse lors du prochain codeco ? Pour Marius Gilbert, il est clair que la mesure actuelle n’est pas proportionnée. "Je suis plutôt en faveur de mesures adaptées en fonction du lieu mais les autorités semblent avoir du mal à mettre en place un tel protocole. Il faut toutefois reconnaître que la situation sanitaire est très changeante à la fois en termes de cas, d’hospitalisation ou d’admission en soins intensif".

Fin du port du masque pour les enfants ?

Pour le chef adjoint des soins intensifs, Philippe Devos, il faut comprendre que le variant Omicron est quasiment un autre virus. "Son taux de transmission est beaucoup plus élevé que le précédent, certains disent qu’il est même 4 fois plus contagieux, donc le port du masque est encore plus sensé aujourd’hui qu’hier. S’il faut alléger des mesures, je ne lèverais pas le port du masque. Nous n’avons pas encore assez de données sur Omicron et il pourrait quand même nous réserver quelques mauvaises surprises. Aujourd’hui, nous restons dans les hôpitaux sur le qui-vive. Tous les modèles et les experts nous annonçaient de possibles problèmes pour la dernière quinzaine de janvier voire pour le début févier".

Par contre pour l’épidémiologiste, Marius Gilbert, des mesures plus strictes ne changeraient pas non plus fondamentalement la donne : "On a vu que les Pays-Bas ont instauré anticipativement une sorte de semi-lockdown beaucoup plus strict que ce que nous connaissons chez nous et malgré cela Omicron s’est répandu très rapidement".


►►► À lire aussi : Coronavirus : quels sont les activités et les comportements les plus risqués ?


Baromètre "corona" trop tardif ?

L’idée de ce baromètre est assez ancienne rappelle Marius Gilbert puisqu’elle avait été lancée l’été 2020 : "Autour de ce baromètre, il y a deux questions essentielles : quels sont les périmètres épidémiologiques qui le fixent et puis toutes les mesures que l’on va faire correspondre aux différents niveaux de ce baromètre. Sur ce dernier point, il y a de nombreuses discussions parce que dès que l’on fixe une sorte d’automatisme, ça enlève de la liberté de discuter au niveau politique. Mais il est sans doute intéressant de donner un indicateur à la population du niveau de dangerosité dans lequel on se situe".

Philippe Devos ajoute à ce propos qu’il est urgent selon lui d’apporter de la nuance dans les mesures. "A mon sens il ne faut pas une règle uniforme pour tel ou tel secteur d’activité mais des règles spécifiques en fonction des lieux".

Omicron moins dangereux ?

Marius Gilbert reconnaît que l’on constate actuellement une sorte de découplage dans plusieurs pays entre les cas et les hospitalisations mais l’épidémiologiste ajoute que ces pays ont en commun une bonne couverture avec le "boost" vaccinal. A contrario, en Amérique du Nord, les hospitalisations suivent de beaucoup plus près la courbe des contaminations et dans ces régions-là, la couverture avec la troisième dose de vaccin est nettement moins bonne. "Pour moi, il est trop tôt d’affirmer qu’avec Omicron, il y a une déconnexion entre les cas et les hospitalisations. Et donc dire que l’on peut le laisser circuler en toute liberté, c’est un pas que je ne franchirais pas. Ce serait très risqué d’affirmer cela à ce stade".

Quid de l’immunité collective ?

Il est tout à fait possible que de nouveaux variants apparaissent à l’avenir et il n’est pas exclu qu’il soit potentiellement plus virulent explique Marius Gilbert. En revanche ajoute l’épidémiologiste de l’ULB, au travers des différentes campagnes de vaccination, au travers également des différentes vagues, notre socle immunitaire s’enrichit et cela nous protège vis-à-vis de n’importe quelle vague mais c’est trop risqué de tabler là-dessus et de ne plus prendre de précautions.


►►► À lire aussi : Le variant Omicron annonce-t-il la fin de l’épidémie ?


Myocardite et infertilité : effets secondaires du vaccin ?

Pour le chef adjoint des soins intensifs, il est essentiel de nuancer ce qui est dit notamment sur les réseaux sociaux : "Tous les cœurs des vaccinés n’ont pas des soucis. Il est vrai que ces effets secondaires sont constatés mais ils sont très rares. Ces myocardites sont un peu plus fréquentes avec le vaccin Moderna mais elles restent très largement en dessous des myocardites causées par la Covid-19. Être vacciné protège par rapport aux infections myocardite. La balance bénéfice risque est clairement favorable. En ce qui concerne l’infertilité, on a constaté des problèmes de règles dans les premiers mois après le vaccin mais il n’y a aucun problème d’infertilité et c’est même l’inverse. La plupart des centres qui réalisent des fécondations in vitro exigent des candidats, d’être vacciné parce que l’on sait que la vaccination diminue les fausses couches et les malformations".

Sur le même sujet

Coronavirus : Omicron est-il notre meilleur booster ?

Coronavirus

Nouvelles mesures pour les quarantaines : le casse-tête des directeurs d’école

Articles recommandés pour vous