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Dans quel monde on vit

Nous, les poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans

Bruno Patino publie 'Tempête dans le bocal. La nouvelle civilisation du poisson rouge'
24 janv. 2022 à 13:39Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Nous sommes comme des poissons rouges. Enfermés dans le bocal de nos écrans. Nous avons perdu la maîtrise du temps et de l’attention. Les push et autres alertes n’arrêtent pas de nous distraire. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. C’est ce qu’observe le président d’Arte, Bruno Patino. Quelles solutions propose-t-il pour nous sortir de cette dépendance au numérique ?

Bruno Patino signe Tempête dans le bocal. La nouvelle civilisation du poisson rouge (Ed. Grasset). Deux ans après le succès de La civilisation du Poisson rouge, il poursuit son travail de recherche, le déploie et l’approfondit pour que chacun puisse se trouver une voie libre et apaisée.


Déconnecter est un leurre. Mais lutter avec souplesse, transformer nos façons de faire, de connaître, d’aimer, se chercher des rites, réformer notre langage, déjouer l’Intelligence Artificielle. Et surtout, se créer une plage de temps à soi, chambre virtuelle, mains vides, regards vers le ciel : telles sont les leçons et pistes possibles de cet essai.


 

L’écran total

Le virus nous a plongés dans l’époque de l’écran total, écrit Bruno Patino. Quelques chiffres.

  • Le temps d’écran des 6-10 ans a augmenté de 60% et celui des adolescents de 70%.
  • 74% des Français se pensent dépendants de leur téléphone portable et 23% très, très dépendants.

Avec ces deux mécanismes, le temps et l’intensité de ce rapport ou cette incapacité à décrocher de son portable, le phénomène s’est très fortement accéléré.

Avec la pandémie, les écrans sont aussi devenus notre nouveau miroir, on peut parler de la 'dysmorphie zoom' : les gens cherchent à modifier leur apparence pour renvoyer une meilleure image à l’écran quand ils sont en visioconférence.

Tous les indicateurs de fatigue augmentent petit à petit, par la dépendance, l’accélération, la fragmentation, et cette sursollicitation qui hache toutes les activités de notre vie.

On s’en rend tous totalement compte mais on manque de données pour affirmer que les écrans sont la cause principale de notre fragilité mentale, de la modification de notre cerveau et de la perte de l’attention.

"Les études scientifiques se heurtent à la différence des types de consommation d’écran, explique Bruno Patino. Elles ne s’attardent qu’au temps passé sur les écrans, sans voir que chacun utilise ce temps de façon extrêmement différente.

C’est pour cela que certains scientifiques plaident pour une publication, anonymisée bien sûr, des données précises de comportement, pour pouvoir enfin mesurer l’impact des algorithmes qui gouvernent les grandes plateformes, sur lesquelles nous passons une grande partie de notre temps d’écran."

C’est l’organisation des messages connectés, mue par un modèle économique, qui nous plonge dans cette dépendance. C’est l’alliance de l’économie de l’attention, du modèle publicitaire ciblé, et du numérique qui provoque ces phénomènes.

Tempête dans le bocal ?

La tempête dans le bocal dont Bruno Patino parle, c’est ce moment paradoxal où l’on est plongé dans l’écran total, et où, en même temps, s’amorcent des pistes de l’après, qui relèvent soit du combat, soit des solutions.

Les gens du numérique, au départ, cherchent à rendre service, à nous faire gagner du temps. Puis, petit à petit, le modèle économique prend le pouvoir. La nécessité absolue de faire croître le chiffre d’affaires, d’un point de vue publicitaire, modifie absolument tout leur rapport à nos vies quotidiennes et aux services qu’ils nous rendent.

La réintroduction au bien commun ne se fait pas toute seule. C’est la responsabilité de la collectivité, des utilisateurs, de l’espace public. Plusieurs pistes sont possibles :

  • Réparer les machines : il y a en ce moment une pression très forte pour limiter les dysfonctionnements de ces machines et leur impact négatif sur nos vies quotidiennes.
  • Gouverner les monstres : les gouvernements, les autorités qui veulent mettre des règles. Bruno Patino est favorable à la responsabilité algorithmique.
  • Construire des alternatives : ce qui était plutôt utopique fleurit un peu partout aujourd’hui.
  • Apprendre, par l’éducation et le travail, une discipline, des règles pour une connexion saine, avec des lieux et des moments de déconnexion.

Pourquoi faut-il retenir la date du 16 juillet 2021 ? Ecoutez l’entretien complet, à partir de 10'38''

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