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Nouveaux coups durs pour Boris Johnson : cette fois, va-t-il pouvoir s’en remettre ?

Boris Johnson, Premier ministre britannique

© Getty Images

06 juil. 2022 à 06:50Temps de lecture5 min
Par Agences de presse & Daphné Fanon

Près de trois ans après sa victoire triomphante dans les urnes, le 23 juillet 2019, le Premier ministre britannique Boris Johnson enchaîne les bourdes et les scandales. Johnson est toutefois parvenu à rester solidement ancré à son poste, démontrant sa capacité à se sortir des situations les plus délicates.

Mais cette fois, les membres de son gouvernement en ont assez ! Lassés de ces dérapages à répétition, plusieurs de ses ministres ont annoncé leur démission. Un coup dur pour le Premier ministre. Cette fois, va-t-il pouvoir s’en remettre ?

Johnson : envers et contre tous !

L’annonce de ces démissions mettent fortement la pression au Premier ministre Boris Johnson, alors qu’il était déjà fragilisé par le vote de défiance auquel il a survécu le mois dernier. 

Johnson garde cependant la tête hors de l’eau, puisque dans l’immédiat, ces démissions ne le forcent pas à partir. La situation risque toutefois de devenir critique si d’autres ministres, avec des postes-clés, décident eux aussi de claquer la porte. Car seul, Boris Johnson aurait bien du mal à gouverner.

Et pendant que l’autorité du Premier ministre s’étiole d’heure en heure, lui, s’accroche au pouvoir. "Nous allons continuer à remplir le mandat qui m'a été confié", a-t-il déclaré. Résultat : seul un vote de défiance lancé par son propre parti pourrait l’obliger à partir. Or, souvenez-vous, Johnson a déjà survécu à un vote de défiance de son propre camp, il y a quelques semaines.

Un vote qui avait montré les divisions profondes au sein du parti conservateur, mais qui, paradoxalement, lui a permis de se tirer d’affaire pour au moins une année. Car pour rappel, selon les règles actuelles du parti conservateur, il est interdit de procéder à deux votes de défiance dans la même année.

Sa dernière victoire a ainsi conforté l’hypothèse de son maintien jusqu’à la prochaine échéance. Pour cette raison, plusieurs élus conservateurs réclament un changement du règlement intérieur du parti, pour leur permettre d’enclencher une nouvelle motion de méfiance contre lui.

Boris Johnson
Boris Johnson © Getty Images

Qui pour le remplacer ?

Pour le moment, aucun favori ne se dégage pour remplacer Boris Johnson. Cependant, quelques noms sortent du lot :

Rishi Sunak
  • Rishi Sunak

Le Chancelier de l'Échiquier, premier hindou à ce poste, a démissionné mardi avec fracas du gouvernement. Sa démission le replace du côté des favoris pour remplacer M. Johnson. Il est devenu député en 2015. Ce défenseur du Brexit âgé de 42 ans est devenu en 2020 ministre des Finances mais a été critiqué pour son action insuffisante contre l'envolée des prix.

  • Sajid Javid 

Le ministre de la Santé a lui aussi quitté le gouvernement mardi. Il avait déjà démissionné en 2020 de son poste de ministre des Finances. M. Javid, 52 ans, a voté en 2016 pour rester dans l'Union européenne mais s'est ensuite rallié à la cause du Brexit. 

Ben Wallace
  • Ben Wallace

Le ministre de la Défense, 52 ans, est plus populaire que jamais dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine. S'il a toujours démenti s'intéresser au leadership du parti conservateur, il est perçu par les Tories comme une figure franche et compétente.

Penny Mordaunt
  • Penny Mordaunt

Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Penny Mordaunt, 49 ans, a été une figure de la campagne en faveur du Brexit en 2016 et œuvre depuis à négocier des accords commerciaux. Selon certains sondages, elle est récemment montée en popularité parmi les conservateurs et est vue comme une option sérieuse si le Premier ministre devait être remplacé.

Jeremy Hunt
  • Jeremy Hunt 

Ancien ministre des Affaires étrangères et de la Santé, Jeremy Hunt, 55 ans, a perdu face à Boris Johnson lors de l'élection en 2019 pour la direction du parti. Il est l'une des rares personnalités à avoir ouvertement défié le Premier ministre lors du vote de défiance le mois dernier. Il est cependant jugé peu charismatique.

Liz Truss
  • Liz Truss

Son franc-parler et sa volonté de s'immiscer dans les guerres culturelles ont rendue la ministre des Affaires étrangères Liz Truss plutôt populaire auprès de la base des Tories.

Nadhim Zahawi
  • Nadhim Zahawi 

Le tout nouveau ministre des Finances est respecté parmi les Britanniques après le succès de la campagne de vaccination anti-Covid qu'il avait supervisée. Il avait été nommé en septembre 2021 ministre de l'Education.

Tom Tugendhat
  • Tom Tugendhat 

Le président de la commission des Affaires étrangères à la chambre des Communes a été le premier à annoncer qu'il avait l'intention de se présenter si Boris Johnson était chassé du pouvoir. 

Des scandales qui poursuivent Boris Johnson

Depuis son élection à la tête du parti conservateur, Boris Johnson enchaîne les dérapages. En témoignent : son implication avérée dans les histoires des fêtes organisées dans sa résidence officielle au 10, Downing Street, l’amende dont il a dû s’acquitter, ou encore, la démission récente d’un membre de son gouvernement, après des accusations d’attouchements.

Des scandales qui ternissent toujours un peu plus l’image de Boris Johnson, sans jamais l’abattre. Mais cette fois, c’est différent. En moins de 24 heures, plusieurs membres de son gouvernement ont décidé de lui claquer la porte au nez, dont deux ministres : le ministre de la Santé Sajid Javid et des Finances Rishi Sunak.

Les démissions chocs ont été annoncées, alors que le Premier ministre venait de présenter des excuses après un énième scandale, reconnaissant avoir fait une "erreur" en nommant en février dans son gouvernement Chris Pincher, en chef adjoint chargé de la discipline parlementaire des députés conservateurs. Ce dernier ayant démissionné la semaine dernière après avoir été accusé d’attouchements sur deux hommes.

Se sont dès lors ajoutées plusieurs affaires à caractère sexuel au Parlement : un député soupçonné de viol a été arrêté puis libéré sous caution mi-mai, un autre a démissionné en avril pour avoir regardé de la pornographie à la Chambre sur son téléphone portable en avril et un ancien député a été condamné en mai à 18 mois de prison pour l’agression sexuelle d’un adolescent de 15 ans.

Le départ de ces deux derniers députés a provoqué des élections législatives partielles et de lourdes défaites pour les conservateurs. Et, ce, alors que le parti avait déjà essuyé un très mauvais résultat aux élections locales de mai. De quoi exaspérer les Britanniques qui font face à une inflation au plus haut depuis quarante ans, à 9,1% en mai sur douze mois.

Une popularité en berne

Fragilisé, mais déterminé à rester, Boris Johnson défend son poste coute que coute au Parlement. Lors de la séance hebdomadaire de questions au Premier ministre, il a affirmé : "le travail d'un Premier ministre dans des circonstances difficiles, quand un mandat colossal lui a été confié, est de continuer, et c'est ce que je vais faire".
 

Selon un sondage de l’institut YouGov mardi soir, 69% des électeurs britanniques estiment que Boris Johnson devrait démissionner. Plus de la moitié (54%) des électeurs conservateurs de 2019 pense que le Premier ministre doit quitter son poste.

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