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Noyades en carrières : braver l’interdiction a conduit deux hommes à la mort

Deux hommes ont perdu la vie, ce mercredi. Par les fortes chaleurs, ils voulaient se baigner. Et pour trouver la fraîcheur de l’eau, ils ont bravé l’interdit. L’ancienne carrière Gralex de Mont-sur-Marchienne et l’ancien charbonnage à ciel ouvert du Pircha à Gosselies sont d’anciens sites industriels. Aujourd’hui inexploités, ils se sont remplis d’eau. Une eau qui attire, malgré l’interdiction de s’y baigner. Une interdiction régulièrement bravée. Les jours de fortes chaleurs, les deux sites sont pris d’assaut par de téméraires baigneurs, inconscients des risques. Car si ces sites sont interdits, c’est que le danger y est réel. Les dramatiques noyades de ce mercredi en sont la preuve.

Impossible d’empêcher l’intrusion sur le site de Mont-sur-Marchienne

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L’ancienne carrière Gralex de Mont-sur-Marchienne s’étend sur 34 hectares. Elle appartient aujourd’hui à plusieurs propriétaires privés qui font tout ce qu’ils peuvent. L’un d’eux, Jean-Georges Mathieu, détaille les mesures qu’ils ont prises pour décourager les intrusions sur le site. A commencer par le lourd portail : "Voyez la hauteur et les piques métalliques. Par-dessus, on a également mis trois rangées de barbelés. Mais regardez… Ils passent quand même par là. Ils pourraient déjà sérieusement se blesser, juste en franchissant cette barrière. Mais rien n’y fait". LEs propriétaires ont également eux-mêmes "semé" des tessons de bouteilles pour rendre le site moins accueillant. Les panneaux de rappel de l’aspect privé et de l’interdiction d’entrer sur le site n’y font rien non plus. Pas plus que les centaines de mètres de clôtures déjà installées et régulièrement cisaillées.

La police locale connaît également bien les lieux. Dès que la météo est un peu chaude, c’est par dizaines que des voitures sont garées à proximité de l’entrée, interdite, du site. Mais la police ne peut assurer une permanence et veiller à chaque instant sur l’endroit. Le 17 juin dernier, sur sa page Facebook, la Police de Charleroi rappelait l’interdiction d’accès et de baignade à la carrière. Elle est appelée à y intervenir régulièrement pour évacuer les contrevenants ou malheureusement, comme hier, pour déplorer un drame. Le jeune homme décédé hier avait 19 ans et était venu de Bruxelles. En 2018, un Louviérois de 32 ans avait aussi perdu la vie dans des circonstances similaires, à Mont-sur-Marchienne.

Le 17 juillet dernier, un nouvel habitant du quartier s'étonnait de l'affluence autour de la carrière, sur la page Facebook des habitants de Mont-sur-Marchienne. Sous sa publication, les riverains des rues des Carrières, de l'Eau d'Heure et du Pont-à-Nôle, dans leurs commentaires, ne pouvaient que déplorer et confirmaient une situation qui existe depuis bien longtemps, malgré les mesures prises par les propriétaires et l'intervention régulière de la police. 

A l’entrée de la carrière Gralex de Mont-sur-Marchienne, le 17 juillet dernier
A l’entrée de la carrière Gralex de Mont-sur-Marchienne, le 17 juillet dernier © Tous droits réservés

L’hydrocution, choc thermique fatal

Les pompiers plongeurs ont dû descendre à deux reprises sous l’eau pour localiser et extraire le corps du jeune homme des eaux de la carrière. Malgré la tentative de réanimation, il n’a pas pu être ramené à la vie. Comme l’explique le porte-parole de la zone de secours Hainaut-Est, Michel Méan, la probabilité est forte qu’une hydrocution soit la cause de la noyade : "Le jeune homme a sauté dans l’eau depuis un promontoire rocheux. Mais il faut se rendre compte que la température extérieure était de près de 40 degrés, en plein soleil. L’eau de la carrière doit à peine en faire 7". Un tel écart de température n’est pas sans effet sur le corps. Il peut mener à une perte de connaissance et même un arrêt cardiaque.

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Plusieurs heures de recherche pour extraire l’homme de l’eau à Gosselies

A la recherche du corps d’un homme, probablement noyé, dans l’étang du Pircha, à Gosselies
A la recherche du corps d’un homme, probablement noyé, dans l’étang du Pircha, à Gosselies Alexis Gonzales

L’ancien site industriel du Pircha à Gosselies est toujours propriété de la société minière qui l’exploitait, aujourd’hui en faillite. Egalement donc un site privé interdit d’accès et où on ne peut évidemment pas se baigner. Les recherches entreprises hier n’ont pas permis aux pompiers de retrouver le corps de l’homme qui s’est noyé dans le plan d’eau, hier. Ces recherches ont repris aujourd’hui à 13h30, avec l’appui de la police fédérale équipée d’un sonar venu de Zeebruges et de plongeurs de la protection civile.

Il y a énormément de végétations aquatiques. Cela a complexifié les recherches confirme David Quinaux, porte-parole de la Police de Charleroi : "les plongeurs ont eu beaucoup de peine à évoluer dans cette végétation et ont confirmé le danger qu'elle représente. Elle est abondante et dense dès quelques centimètres sous la surface. Nager là-dedans représente clairement un risque de mort". Toutefois, au bout de 2h30, le corps sans vie de l’homme a été extrait de l’eau par les plongeurs. Il était âgé de 29 ans et originaire d'Anderlecht. 

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