Belgique

Nucléaire : danser comme Engie siffle

Philippe Walkowiak

© RTBF

 

Le gouvernement fédéral belge se retrouve mis sous pression par une multinationale française. En jeu : l’approvisionnement électrique de tout le pays après 2025 et les dizaines de milliards d’euros que coûteront un jour ou l’autre le démantèlement des vieilles centrales nucléaires et la gestion des déchets radioactifs sur… des milliers d’années.

Pression

Cette fois, c’est la big boss de la multinationale, en personne, qui tient à expliquer à nouveau au gouvernement belge ce que ce dernier peine à comprendre et qu’Engie répète depuis deux ans : la prolongation du nucléaire, des centrales dont elle est propriétaire, ne l’intéresse pas. Point. Ou alors ces conditions !

La patronne d’Engie, la française Catherine McGregor, propose une association au gouvernement belge : partager la gestion du parc nucléaire, en proposant dès lors, de s’associer pour se répartir gains et pertes financiers.

Il ne faut cependant pas être naïf : quand une multinationale, soucieuse des dividendes de ses actionnaires, vous propose ce genre de deal, c’est rarement pour partager des bénéfices !

Les négociations devaient aboutir pour ce début du mois de juin. On reste loin du compte et le gouvernement se retrouve acculé.

Bras-de-fer

Le gouvernement belge ne cédera pas au chantage de la multinationale, affirmait-on déjà en… juillet 2012 !!

Le constat demeure. Par leur incurie et leur manque de vision au-delà du cours d’une législature, la question de l’approvisionnement électrique n’a jamais été anticipé par nos gouvernements successifs.

Le problème est ancien. Le secteur électrique (uniquement privé) a très longtemps bénéficié d’un monopole de fait. Après-guerre, pour éviter une nationalisation comme en France, Italie ou Grande-Bretagne, les sociétés Unerg, Intercom ou Ebes (où l’on retrouvait la Générale ou GBL notamment) ont su se concilier les bonnes grâces des partis politiques.

Toutes les communes ou provinces touchaient d’importants dividendes de leurs participations dans ces sociétés. C’est aussi ce monopole de fait qui allait faire des prix de l’électricité en Belgique, l’un des plus élevés d’Europe. Avec la crise pétrolière de 1973, la Belgique basculait dans le nucléaire (le taux le plus élevé après la France). Les autorités laissaient un blanc-seing au secteur privé. Les problèmes sont apparus avec la prise de contrôle de la Générale par Suez en 1988 et ensuite par la stratégie du groupe français qui est venu perturber le compagnonnage entre le monde politique belge et son secteur électrique.

La Belgique se retrouve ainsi à la merci d’une multinationale.

Aujourd’hui comme hier, avant-hier et donc demain.

@PhWalkowiak

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